‹ Études sur le xixe siècleChapitre 21 sur 32 · Idemi · texte numérisé non relu

Idemi

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compliquée de rhomme est résumée en ce vers :

Tout homme sur la terre a deux faces, le bien Et le mal...

Généralement, ses personnages n'en ont qu'une: ils sont tout bons, comme Tévêque Myriel et Dea, ou tout mauvais, comme les Thénardier et Barkilphedro, correspondant le plus souvent à une notion abstraite très ordinaire ^ Quand ils ont deux faces, ce sont deux faces opposées, qui s'appellent en quelque sorte Tune Tautre: Lucrèce Borgiaest courtisane et mère; Triboulet, dépourvu de tout sentiment humain, adore sa fille; Ursus, qui affecte la misanthropie, est le plus bienveillant des hommes, etc. Quand ils se transforment, leurs changements sont instantanés: « Jean Valjean, peuton lire, n'était pas, nous l'avons vu, d'une nature

1. Voici comment M. E. HennequiQ s'exprime à ce sujet dans rétudo déjà citée : a Quand on dit, sans trop y songer : un héros, un vieillard, une jeune fille, une mère, nous apercevons vaguement quelque chose de fort net et de fort simple. Un héros est un beau jeune homme brave et rien de plus, une jeune fille est un être chaste, joli et timide. Qu'un héros n'est souvent ni beau, ni jeune, ni môme brave; qu'une joune fille peut être laide, sensuelle et hardie et tous deux par-dessus cela posséder une cervelle compliquée et retorse, les mots ne nous le disent pas et l'analyse seule nous l'apprend. M. Hugo s'en lient aux moLs^ de là l'air de famille de ses créatures similaires, et leur psychologie cc^ourtée, qui se borne à assignera chaque type les tendances convenables et conventionnelles, à rendre les vieillards vénérables eljles mères tendres, les traîtres fourbes et Iss amantes éprises, sans nuance, sans complication et sans individualité, sans rien de ces contradictions abruptes et de ces hésitations ftâmiisantei qu@ présente tout être vivant, jj

mauvaise. Il était encore bon lorsqu'il arriva au bagne. Il y condamna la société et sentit qu'il devenait méchant; il y condamna la providence et sentit qu'il devenait impie. » Ruy-Blas n'éprouve aucune difficulté à devenir grand ministre. Voyez encore Gwynplaine entre Josiade et Déa.

Ce goût pour la généralité persiste dans la partie sentimentale de l'œuvre de Victor Hugo. Il n'a par exemple jamais traduit l'amour que par des accumulations d'images concrètes dont la splendeur même semble exclure toute idée de passion; et cela dès le début de sa vie, à l'âge où l'on peut s'attendre à trouver lamoureux derrière le poète. Dans les Odes et Ballades, les deux pièces intitulées A toi et Encore à /02 sont caractéristiques. La première, datée de 1821, débute par une invocation à la « lyre longtemps oisive » et se termine par une sorte de paraphrasé delà Chute des feuilles.

Voici les premiers vers de la seconde :

A toi! toujours à toi ! que chanterait ma lyre? A toi l'hymne d'amour ! à toi l'hymne d'hymen 1 Quel autre nom pourrait éveiller mon délire?

Ai-je appris d'autres chants? sais-je un autre chemin?

Jamais classique ne célébra plus froidement son « amoureuse flamme ». Plus tard, sous l'agencement plus habile des métaphores, sous la splendeur des variations plus brillantes, c'est toujours la même absence de sentiment réel. On peut citer

presque au hasard parmi les chants d'amour, et toute la froideur de leur rhétorique apparaîtra si on les compare à n'importe quelles stances amoureuses de Musset. Le même sentiment qui inspire à celui-ci la communicative éloquence des Stances à ^inon ne donne à celui-là que des oppositions artificielles dans ce goût-ci :

... Je bénissais Dieu, dont la grâce infinie Sur la nuit et sur toi jeta tant d'harmonie, Puis, pour me rendre calme et pour me rendre heureux, Vous fit, la nuit et toi, si belles et si pures, Si pleines de rayons, de parfums, de murmures, Si douces toutes deux^.

Dans Hernani, la musique des vers empêche heureusement d'apprécier l'inopportunité du bavardage des deux amants ; mais dans les Misérables, il faut subir la déclaration de Marins, et entendre Cosette répondre à ce discours échevelé : . « ma mère ! »

C'est sans doute à cette propension aux idées et aux sentiments généraux que nous devons le vague htimanitarisme dont tous les livres de Victor Hugo sont imprégnés. Certes, nous n'entendons aucunement interdire au poète le vaste champ de la misère sociale, et nous ne sommes pas de ceux qui croient qu'une œuvre perd de sa valeur parce qu'elle

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