Les Rayons et les Ombres
Sépalcres ! j'entends l'orgue effrayant de l'ombre Formé de toits les cris de la nature sombre
Et du bruit de tous les écueils ; La mort est au clavier qui frémit dans les branches, Et les touches, tantôt noires et tantôt blanches,
Sont vos pierres et vos cercueils ^
Ou encore, sans parler d'inoubliables morceaux tels que l'entrée de Gwynplaine dans la prison, la tempête de neige qui engloutit Tourquebiscayenne, la fuite éperdue de Jean Valjean, et tant d'autres — des pages comme celle-ci, consacrée aux religieuses de Picpus :
« Quant à nous, qui ne croyons pas ce que ces femmes croient, mais qui vivons comme elles par la foi, nous n'avons jamais pu considérer sans une espèce de terreur religieuse et tendre, sans une sorte de pitié pleine d'envie, ces créatures dévouées, tremblantes et confiantes^ ces âmes humbles et augustes qui osent vivre au bord même du mystère, attendant, entre le monde qui est fermé et le ciel qui n'est pas ouvert, tournées vers la clarté qu'on ne voit pas, ayant seulement le bonheur de penser qu'elles savent où elle est, aspirant au gouffre et à l'inconnu l'œil fixé sur Tobscurité, immobiles, agenouillées, perdues, stupéfaites, frissonnantes, à demi soulevées à de certaines heures par les souffles profonds de l'éternité. »