ibid
exécuté son projet d'attaquer le pape. Qu'il fasse la guerre au roi de Naples, on ne peut Ten empêcher. Ce sera un bien ou un mal, mais c'était inévitable. Garibaldi retenu par la violence serait devenu dangereux à Tintérieur. Aprésent, qu'arrivera-t-il ? Il est impossible de le prévoir. L'Angleterre Taidera-t-elle? C'est possible. La France le contrariera-t-elle ? Je ne le crois pas. Et nous, le seconder ouvertement ne se peut, et non plus comprimer les efforts individuels en sa faveur. Nous avons donc décidé de ne pas permettre qu'il parte de nouvelles expéditions des ports de Gènes et de Livourne, mais de ne pas gêner les envois d'armes et de munitions pourvu qu'ils s'exécutent avec une certaine prudence. » Garibaldi, qui voyait les effets de cette politique qu'il ne comprenait pas et qu'il n'aurait jamais comprise, qui trouvait plus de sympathie chez les officiers des navires anglais et américains en rade dans les ports de Sicile que dans la marine nationale, Garibaldi éclate sans cesse en invectives contre « les armées cavouriennes ». Le parti que peuvent prendre la France, l'Angleterre, la Russie, l'Autriche, il n'en a cure. Il combat pour la liberté et pour le bon droit, cela lui parait une force suffisante : « L'Autriche est puissante, ses armées sont nombreuses. Quelques voisins formidables sont contraires, pour de misérables visées dynastiques, au relèvement de l'Italie. Le Bourbon a cent mille sol-
dats! Et qu'importe? Le cœur de vingt-cinq millions d'hommes palpite, frémit d'amour pour la patrie! La Sicile, qui les résume tous, impatiente de Tesclavage, a jeté le gant à la tyrannie. Elle la défie partout, combattant dans les murs des monastères et sur les sommets de ses volcans toujours en action. Mais ils sont peu ! Les phalanges des tyrans sont nombreuses, et les patriotes sont chassés de la capitale, obligés de se cacher dans les montagnes. Les montagnes ne sont-elles pas l'auberge, le sanctuaire de la liberté des peuples! Les Américains, les Suisses, les Grecs ont occupé les montagnes quand les cohortes des tyrans les ont chassés de la plaine. La liberté ne manque pas « à ceux qui la veulent ». Et ces fiers insulaires le prouvent bien en entretenant le feu sacré dans les montagnes ! Fatigues, peines, privations, qu'est-ce que cela, quand on combat pour la sainte cause de son propre pays et de l'humanité? » D'ailleurs, les Mille avançaient de succès en succès : Calatafimi, Palerme, Milazzo, Garibaldi rappelle tous ces noms avec une dramatique émotion. Cette fois, la victoire lui était fidèle, il marchait de succès en succès, les populations l'acclamaient, il pouvait croire que cet enthousiasme se communiquait dans le pays et que l'heure de la libération sonnait enfin pour toute l'Italie. De fait, quelques-uns de ceux qui d'abord n'avaient pas cru à l'expédition se ravi*
saient et s'enflammaient à leur tour ; c'était, par exemple, le cas de Ricasoli*. Cavour lui-même changeait d'attitude : « Pour faire l'Italie à l'heure qu'il est, écrivait-il à un ami intime^ le 9 août 1860, il ne faut pas mettre en opposition Garibaldi et Victor-Emmanuel. Garibaldi a une grande puissance morale, et il exerce un immense prestige, non seulement en Italie, mais surtout eu Europe. Si demain j'entrais en lutte avec Garibaldi, il est probable que j'aurais pour moi la majorité des vieux diplomates, mais l'opinion publique européenne serait contre moi. Et l'opinion publique aurait raison, car Garibaldi a rendu à l'Italie les plus grands services qu'un homme pût lui rendre. Il a donné aux Italiens confiance en eux-mêmes; il a prouvé à l'Europe que les Italiens savaient se battre et mourir sur le champ de bataille pour reconquérir une patrie. wEtle mouvement s'étendait, Garibaldi passait le détroit de Messine, faisait à Naples une véritable entrée triomphale, gagnait la bataille du Volturne, et ses proclamations et ses menaces d'attaquer les Français dans les États du pape inquiétaient de nouveau le gouvernement. Après s'être en partie rallié à lui, en voyant que l'expédition de Sicile ue provoquait pas les complications redoutées, on s'en écartait de nouveau, par crainte