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monde et l'ordre qui y règne est ou non éternel, c'est l'affaire du raisonnement; et comment s'assurer que le raisonnement est droit, quand le cœur conspire pour le fléchir? Les liommes se bercent enc ore-de la pensée que leur âme, iodépendante du corps, lui sur- ¥iTra. Comme cette pensée a des cbarmes! Comme nous Toilà tout d'un coup distingués des bétes et tiréa hors de pair! Comme cette existence conlinuée imite l'élernité ! Trêve de ces désirs qui nous sédaisent, et que la logique parle; qu'elle seule nous apprenne si la vie présente a ou non besoin d'un suppléent.
C'est le cri unanime et perpétuel de la philosophie : il but foire taire le sentiment et n'écouter que la raison. Si nous tenons à savoir la vérité sur notre être, il I&ut nous désintéresser de nous-mêmes, traiter de nous comme nous traiterions d'un élnuiger, d'une abstraction, nous iateiroger froidement sur l'existence de notre âme, de notre liberté, de notre Dieu, de notre immortalité, comme nous nous demandons si les plantes ont une âme, si les animaux sont libres, si la matière s'est organisée elle-même, si elle durera éternellement.
Une lois l'homme devenu insensible, nos philosophes opèrent sur lui à leur aise; ils lui enlèvent, au nom de la raison, un membre, puis un antre -, tout y passe : libre arbitre, spiritualité, immortalité, idée du beau absolu el de l'absolue justice, notre personnalité même.
Les écoles diverses des philosophes s'accordeni en ce point. Les deux doctrines contraires que Rousseau
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trouve devant lui, le 8|>inluaUsiiie du xvu* siècle et l'empiriflne du xvm'. rivalisent de zèle pour dé- . pouilier l'homme, l'un au profil de Dieu, l'autre au (proâl de la matière.
^~l.a grande éccde apiritualiste de Descartes, travaillée de ce vice profond, tte perd dans de pareils excès. Le pouvoir que je m'attribue de mouvoir mou corpa est une illusion : je veux le remuer, et Dieu le remue. Ma liberté n'est pas ce que je crois, une puissaace maltresse, active, toujours dans ma main; elle se confond avec le désir, qui ualt sans moi ou malgré moi et meurt de même. Mais quoi I mon désir aussi m'éciiappe. L'amour du bien, père de toute vertu, n'est pluâ que l'amour infini de Dieu pour la justice communiqué à l'homne, un ruisseau de cet océan immense. Enfin ma raison m'abandonne pour retourner à Dieu et se rejMndre à son foyer. Je possède bien une sorte de raison, celle qui ignore, doute et se trompe; mais la raison qui voit la vérité, la raison universelle n'esl qu'à Dieu seul, ou plutôt elle est Dieu même. Vienne maintenant un philosophe qui renonce à toutes les timidités de l'école et qui livre bravement un suprême combat au sentiment. Le voici, c'est Spinosa, et voici ce qu'il proclame au nom de la Ic^que contre l'inatinct : Dieu seul existe; le reste des êtres n'est qu'apparence, mensonge décevant.
Tel est l'état où le spiritualisme du xvu* siècle a réduit l'homme. L'empirisme, né pour le combaUre, mlntitue le monde à Dieu, mais il ne rend à l'homme .
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rien de ce qu'il a perdu, ni la liberté, ni la raison, ni rimmorlalilé. Notre être est une des combinaisons intlnies de la matière ; notre volonté, la matière agissant |nr les instrumenls qu'elle a formés; notre inlell^ence, l'écho des bmîte du monde; notre instinct le plus bas et le plus élevé, un itccident de l'attraclion nniverselle.
Que l'homme se réveille donc, qu'il reprenne le sentiment : et si on toucbe imprudemment à sa personne, le sentiment l'avertira, la nature confondra les philosophes. Que ceci est fort contre les sophismes qui nient la liberté de r&me agissante dans le corps humain :
Voua me(l) demanderez comment je sais donc qu'il y a des monvemeQts spontanés ; Je vous dirai que Je le sais paire queje le sens. Je veux mouvoir mon bras et Je le meus sans que ce mouvement ait d'autre cause immédiate que ma volonté. C'est en vain qu'on voudrait raisonner pour détruire en moi ce sentiment, il est plus fort que toute évidence ; autant vaudrait me prouver que je n'existe pas.
Que le matérialisme, au nom de ce qu'il appelle la raison, avilisse l'homme et abolisse Dieu, je ne <»iiini rien de lui ; tous ses arguments échoueront contre le soiliment profofad et exalté de ma dignité et de la bimlédhine.
Qu'on me (2) montre un autre animal sur la terre qui sache faize usage du feu, et qui sacbe admirer le soleil . (OltotaKhmdetol, atc, -(ijIUd.
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Quoi! )e puis observer, wonfdtre te» êtres et leurs rapports; je puis sentir ce que c'est qu'ordre, lieauté, vertu ; je puis contempler l'uniTera, m'élever à la main qui le gouverne ; je puis aimw le bien, le faire ; et Je me comparerais aux bètesl... Content de la place où Dieu m'a mis, je ne vois rien, après lui, de meilleur que mou espèce ; et si j'avais à choisir ma place dans l'ordre des ttres, que pourraif-je cboisir de plus cfue d'être homme? Cette réO^on m'enorgueillit moins qu'elle ne me touebe ; car cet état n'est pas àa. mon choix, et il n^était pas dû au mérite d'un être qui n'existait pas encore. Puis-|& me voir ainsi distingué sans me féliciter de' remplir t» poste honorable, et sans bénir la main qui m'j' a placél Pe mon premier retour sur moi naît dans mon cœur un sentiment de reconnaissance et de bénédiction pour l'auteur de mon espèce, et de ce sentiment mon premier hommage à la Divinité bienfaisante. J'adore la puissance suprême, et j,e m'attendris sur ses bienfaits.
Je laisse de pauvres gens, qu^ se craient plus savants que la nature, combailre l'immortelle dislinctÎDD du bien çl du mal, du beau et du laid; te cœur humain m'es} moins suspect que leur sagesse.
Quel spectacle nous flatte le plu^, celui des tourments ou du bonheur d'autrui? Qu'est-ce qui nous est le plus ijoux h faire, et nous laisse une impression plus agréable après l'avoir fiùt, d'un acte de bienfaisance ou d'un acte de méchanceté? Pour qui vous intéressez-vous sur vos t^é&tresî Est-ce aux forfaits que vous prenez plaisir?
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Est-ce k lenrs auteurs punis que tous donnez des larmesT Tout noua est indifférent, diseot-ils, hors notre intérêt ; et, tout au contraire, les douceurs de l'amitié, de l'humanité, nous consolent dans nos peines ; et, même dans nos plaisirs, nous serions trop seuls, trop misérables, si nous n'ayions avec qui les partager. S'il n'y a rien de moral dans le cœur de l'homme, d'oii lui viennent donc ces transports d'admiration pour les actions héroïques, ces ravissements d'amour pour les grandes âmesî Cet enthousiasme de la vertu, quel rapport a-t-il avec notre intérêt privé* Pourquoi voudrais-je être Calon qui déchire ses enirailles, pJutOt que César triomphant? Otez de nos cœurs cet amour du beau, vouRôtez tout le charme de Ja vie. Celui dont les viles passions ont étouffé dans son ime étroite ces sentiments délicieuz ; celui qui, à force de se concentrer au dedans de lui, vient à bout de n'aimer que lui-même, n'a plus de transports : son cœur glacé ne palpite plus de joie, un doux attendrissement n'huraecle jamais ses yeui, il ne jouit plus de rien; le malheureux ne sent plus, il ne vit plus ; il est déjà mort.
Il faut relire enfin, il faut transcrire avec respect ces lignes impérissables où respire le sentiment le plus énergique de la dignité humaine.
Consciencel consciencel instinct divin, immortelle et céleste voixj guide assuré d'un être ignorant et borné, i mais intelligent et libre ; juge infaillible du bien et du mal, \ qui rends l'homme semblable à Dieu 1 c'est toi qui fais ) l'excellence de sa nature et la moralité de ses actions; sans /
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toi je uesens rm eu mot qui m'élève au-dessus des bétes, que le Insle privilège 4e m'égarei d'eneuis en erreurs à l'aide d'un entendemeol sans règle et d'une raisoa sans principe.
Dans la célèbre Profession âe foi, comme dans la belle letire à un matérialiste qui l'interrc^eait [i], il I n'y a pas un dogme nouveau, pas ud que ne ren- ' fenne le sens commun, la raison vulgaire est à cette hauteur; mais ces dogmes ancieDS y reçoivent une confirmation nouvelle et puissante. Kousseau appelle à leur secours des témoins inattendus : l'admiration, l'estime, le mépris, le remords, la satisfaction morale, l'amitié, la pillé, l'espérance et les larmesj voilà le cœur qui conspire avec la raisoa , tout l'homme jeté daus le parti de la vérité éternelle. L'unité, la constance, l'éloquence de ces témoins défient désormais tous les aveuglements de la logique, toutes les audaces des systèmes.
C'est déjà beaucoup; mais l'originalité de la phi- /iosophie de Rousseau est ailleurs. Dans la raison \ vulgaire se trouvent toutes les vérités qu'admet Rousseau ; elles y sont éparses : la liberté est un ressort de l'âme; Dieu, l'être inflni au-dessus du monde; la beauté et la justice, des caractères attachés aux objets et aux actes; la vie future, un point du temps. Dans la pensée de Rousseau, toutes ces vérïlés se pénètrent par une sympathie puissante, s'ancrent au plus profond de notre âme, se transfor-
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ment en notre propre être : le libre arbitre est mon ":; boDDeur; Dieu mon père, mon modèle^ mon appui; la morale mon (nii<le; la vie future mon espérance; ces croyances sont ma fortune, mon avenir. On ne peut en toucher une seule sans que tout en moi se réTolte; on na peut me l'arracher sans me déchirer, et m'en séparer saas me séparer de moi-même.
Lisez cette belle profession de foi du vicaire savoyard ; placez - la dans la scène où Rousseau l'a placée, sur les hautes collines que baigne un fleuve awL rjves fertiles; dans l'éioignement , l'immense chaîne des Alpes; à l'horizon, le soleil levant. C'est bien là le lien qu'il fallait choisir : les magniflcences de la nature répondant aux magnificences de la pensée. Tandis que le soleil des cwps se lève sur le monde visible, se lève sur le monde invisible le soleil des esprits. «Salut, sainte lumière I »
I^ spiritualisme de Rousseau n'est pas le ^iritualisme des écoles, c'est celui de l'humanité. Les discutions sur l'âme ont leur prix ; les savants qui combattent le matérialisme fout œuvre utile ; mais, grâce à Dieu, pour connaître qu'wi a une âme , disons mieux, qu'on est une âme, il ne faut p&s tant de science, il suffît de se sentir vivre. La plus simple conscience en dit plus que la pins haute raison. Quoi ! je serais purement un corps t Mais ce plaisir de l'amitié et de la vertu, cette douleur de la haine et du crime, est-ce un plaisir et une douleur du corps? Et cette passion pour la vérité et la justice, cette ardente poursuite des biens invisibles; et cette ima-
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glnation qui, au milieu du monde réRl, en dépit des seas, crée un monde à sa guise; ce sacrifice de la vie à l'hoDDeur; cette puissance des pensées, deâ passions immatérielles qui abattent le corps ou le relèvent; cette force de la volonté qui le dompte, réprime ses violences et ranime ses langueurs ;*iifin cette chaîne invisible des sentiments qui unit les âmes malgré le temps, l'absencft et la mort! Une bonne pensée, un sentiment désintéressé, lu moindre soupir vers le ciel , si on y prend garde , ea apprennent plus sur l'&me que tous les raisODoements- En vain vous la niez ; je réponds, avec la foi de (ialilée : « Et pourtant elle se meut, a En vain Lucrèce dépense une magnifique imagination à la combattre; ce travail même de soit imagination se tourne contre lui, et le convainc de l'eiistence d'un être M qui souffre quaud le corps jouit , qui jouit quand il soutfi%, et agit quand il dort. » Restez en vous - mêmes et surtout restez maîtres de vousmêmes, vous serez spiritualistes. Milton croyait à l'esprit quand il chantait la lumière intérieure, plus brillante encore dans la nuit des sens. Rouleau y croyait comme lui : il avait tant éprouvé, par l'expérience de toute sa vie, combien est vrai le mol du poète : a L'esprit est son propre lieu, et il peut, au dedans de lui-même, faire de l'enfer le ciel ou du ciell'enfer! n
n sert de peu qu'on habite le monde de l'âme si on n'y trouve Dieu. Le spiritualisme de Rousseau, OB le sait, va jui^que-là. Notre philosophe est pro-
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fondement religieux; mais il l'est à sa façon, et reste original jusque dans cette croyance où se rencontrent tous les liommes qui ont une conscience pour . se voir penser, et des yeux pour contempler l'ordre admirable de l'univers.
Les savants dans la science de Dieu chercheBl de son existence des démonstrations plus él^nuites, disposent ses attributs dans un ordre plus flatteur, ils dissèquent patiemment l'idée d'infini, comme le malbématicien l'idée d'une figure mathématique. Dans toute cette science divine, il ne muique qu'une seule chose , Dieu. On croit voir un géomètre à genoux devant un triangle. Voltaire, moins métaphysicien, observe le monde, machine industrieuse, et conclut à un ouvrier industrieux, comme, à la vue d'un édifice , on conclut à un architecte. L'œuvre est présente, l'ouvrier absent. Ce qu'on voit est quelque chose de lui ; ce n'est pas lui assurément. Même quelquefois il demeure uo problème. Je lis et j'admire l'Qiade, mais j'en ignore l'auteur, incertain s'il faut l'attribuer à un ou à plusieurs esprits, à la foule des rapsodes ou au vieillard aveugle de Cbio. Heureusement pour nous, il y a dans notre âme une puissance plus forte que cette induction ; l'univers fait mieux que nous démontrer son auteur, il nous le montre, et s'efface pour nous le révéler. Devant la nature, plongé dans une muette extase, je perds de vue le spectacle qui m'y a jeté, et Je me sens soulevé vers un monde plus beau encore, le pionde désert de couleurs L't dç formes
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qu'habitent, au sein de l'élernelle lumière, la sa gasae, la puissance, l'amour inflni.
Le mysticisme de Rousseau n'est plus ce mouvement d'une âme qui, repoussant la création, s'envole vers le ciel pour se perdre dans les abîmes de la mbetance, au sein du Dieu caché. La scholastique morte a emporté avec elle son Dieu mort. Les mystiques modernes ont beau faire , ils sont de leur temps. C'est toujours dans Rousseau l'impatience du mouvement, le dédain de la matière, l'aspiration sublime; mais le Dieu vers lequel il tend n'est plus l'être abstrait, renfermé dans son infinité, et retenant la puissance d'où jailliront les mondesj c'est le Dieu TÏvaDt, source éternelle et inépuisable de la vie. U parcourt l'espace sur l'aile des vents, agile sous l'écorce de la terre les germes ensevelis, il respire dans les agitations et les apaisements de la ma, il est la majesté de la lumière qui envahit ou abandonne le monde, le mystère des ténèbres, l'art magique dans le voile des nuits étoilées, la grâce irrésistible dans la fleur , l'amour sur les lèvres qui prient, la force qui renverse tes trônes, le génie des grandes pensées, l'inspiration qui souffle rhéroïime, la douceur dans le contentement moral, l'aiguillon dans le remords, l'étonnement de Newton devant l'attraction univers^le.
Je me levais (t) tous les matins avaot le soleil, je montais par un verger voisla dans un très-joli chemin qui était
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au-4esBus d« la vi^M, et suivait la câte jusqu'à Cbambéry. lA, tout en me promenant, je foigats ma prià«, qui ne consistait pas sn un vain balbutiement de lèvres, mais dans une sincère élévation de cœur à l'auteur de cette aimable nature dimt les beautés étaient sous mes yeux. Je n'ai j amais aimé à prier dans la chambre ; il me semble que les murs et tous ces petits ouvrages des hommes s'interposent entre Dieu et moi. J'aime à le contempler dans ses œuvres taudis que mon c<But s'élève k lui. Mes prières étaient pures, je puis le dire, et dignes par là d'être exaucées. Je ne denuuidjûs pour moi et pour celle tout mes vœux ne me séparaient jamais, qu'use vie innocenta et tranquille, exanpte du vice, de la douleur, des pénibles besoins, la mort des justes, et leuf sort dans l'avenir. Du reste, cet acte se passait plus en admiration, en omitemplaUon qu'en demandes, et je savais qu'auprès du dispensateur des vrais biens» le meilleur moyen d'obtenir ceux qui nous sont nécessaires est moins de les demandw que de les mériter. Je revenais en me promenant par un assez grand tour, occupé à eonudérer avec intérêt et volupté les objets champêtres dont j'étais environné, les seuls dont l'cBil et le cœur ne se lassent jamais.
te divorce entre le sentiment religieux et le sentiment de la nature a cessé. Séparés ailleurs ou ennemis, ils s'allient dans la grande âme de Rousseau, n était assurément religieux, l'auteur de la Profession de foi el des dernières lettres de la JVouvellt Hélmte; mais il aimait aussi et savait goûter la
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nature, celui qui, entre tant d'aatres pa^es, a écrit la page suivante :
Quand le soir approchait (1), je descendais des dmes de rile, et j'allais vcdontiere m'asseoir au bord du lac, sur la grève, dans quelque asile caché ; là, le bruit des vagues et l'agitation de l'eau fixant mes sens et chassant de mon &me toute autre agitation, la plongeaient dans une rêverie délicieuse, où la nuit me surprenait souvent sans que je m'en fusse aperçu. Le flux et le reflux de cette eau, son bruit continn, mais renflé par intervalles, frappant sans relâche mon oreille et mes yeux, suppléaient aux mouvements internes que la rêverie éteignait en moi, et suffisaient pour me faire sentir avec jdaisir mon existence, sans prendre la peine de penser. ])e tempsà autre naissait quelque faible et courte réflexion sur l'instabilité des choses de ce monde, dont la surface deseaux m'oftrait l'image; mais bientôt ces impressions légères s'efiàçaient dans l'uniformité du mouvement continu qui me berçait, et qui, sans aucun secours actif de mon âme, ne laissait pas de m'attacber au point qu'appelé par l'heure et par le signal convenu, je ne pouvais m'arrai^er de là sans efforts.
Bonheur d'entendre les grondements de U mer se brisant sur les rochers, le munnure du vent dans les feuilles et le mugissement de la tempête dans les grands arbres! Bonheur de suivre du regard
(1) Réveriei, cin<]u<ème ^menade.