‹ Etudes sur lécole FrançaiseChapitre 34 sur 42 · NICOLAS POUSSIN · texte numérisé non relu

NICOLAS POUSSIN

revendiquer, avec un égal orgueil, la même justice et le même hommage pour Nicolas Poussin. II existe, d'ailleurs, pour le « père » de l'Ecole française une tradition à maintenir, un exemple à suivre, l'exemple d'un long passé de reconnaissance envers cette grande mémoire. En i85i, la statue de Brian évoquait aux regards la ressemblance de Poussin; depuis, son esprit revit dans un monument aussi définitif, aussi durable, élevé par un maître de la critique, par le mieux renseigné et le plus ardent défenseur de l'art national, Philippe de Chennevières '.

Nulle existence n'est mieux connue que celle de Poussin ; nulle n'a été plus souvent dite et nulle ne fut plus simple; mais, comme l'œuvre du maître, sous les dehors de la simplicité elle cache l'enseignement des plus fortes et des plus profitables leçons. Les faits s'y succèdent avec logique, comme régis par une volonté supérieure. Poussin ne se plie pas aux événements, il leur commande; en dépit des traverses, des entraves sans cesse renaissantes, sa carrière est l'accomplissement strict de son dessein.

La promesse du faste, l'attrait du succès, ne savent pas le troubler; il vit et il peint comme il l'entend, selon un idéal très particulier, tout individuel. A ces signes, à cette nature énergique, armée pour la résistance et résolue à triompher, on reconnaît bien les privilèges du tempérament normand. Or donc, tout paraît aller à l'encontre des projets du Poussin, et toujours ces projets s'exécutent; dès la première heure, après les essais tentés aux Andelys sous la direction de Quentin Varin, Rome obsède son esprit; à deux reprises il se met en route, sans parvenir au terme de son voyage, tant sa santé est débile et sa pauvreté grande; pourtant il finit par atteindre la ville des Césars et par s'y établir à sa guise. On voudra l'arracher à son volontaire exil, on le ramènera en France. Louis XI 11 le nommera son premier peintre, le surintendant de ses travaux; peine perdue : rien ne vaut pour Nicolas Poussin « la douceur et la paix de sa petite maison » ; deux années ne se sont pas écoulées à Paris qu'il regagne sa chère demeure du Monte Pincio pour ne la plus quitter jamais. Ainsi éclate la fermeté de ce caractère inaccessible à la

1. La monographie qui est ici visée fait partie des "Essais sur l'histoire Je la peinture française publiés par Philippe de Chennevières dans ÏJlrtiste. Ces "Essais ont été depuis réunis en un volume (in-8 de 33o pages; aux bureaux de ]'Artiste, Paris. 1894). En réalité, et malgré le titre générique, c'est à l'étude de la vie et des enivres dz Nicolas Poussin (p. 78 — p. 3i i I qu3 U livre est consacré presque dans son entier.

vanité de la fortune et des honneurs, asse^ bien trempé pour ne priser que la satisfaction de la conscience et que la liberté.

L'indépendance étant la marque souveraine de cette fière nature, l'œuvre devait se jouer des influences ambiantes, trancher sur le maniérisme des écoles en vogue des deux côtés des Alpes. Contre le goût affadi de ses contemporains. Poussin n'a pas craint de s'inscrire en

Page 1