‹ Etudes sur lécole FrançaiseChapitre 39 sur 42 · VASES ET MEUBLES EN EMAUX CLOISONNES ET EN BRONZE PATINE ET NIELLE · texte numérisé non relu

VASES ET MEUBLES EN EMAUX CLOISONNES ET EN BRONZE PATINE ET NIELLE

DE STYLE JAPONAIS (i8;8)

remise en honneur du génie extrême-oriental. Les expéditions, les traités de commerce, l'ouverture de plusieurs ports aux Européens, contribuent à répandre une notion moins inexacte de ce génie dont tant de manifestations demeuraient insoupçonnées, et l'époque de ces révélations est la même où commencent à s'établir quasi scientifiquement les différences qui séparent les ouvrages de l'empire du Milieu de ceux du Nippon. 11 fait bon célébrer aujourd'hui la découverte de l'art japonais, sa prise en considération par les esthètes, sa sortie du domaine de la curiosité où le confinaient, sous prétexte de bizarrerie, l'ignorance et le préjugé ; en attendant que le Louvre s'ouvre à lui ' , il sied de rappeler quels rapprochements il a provoqués de la part des archéologues, comment les plus dignes de crédit l'ont comparé à ces arts classiques auxquels personne n'entend mesurer l'admiration et le respect ^. Dans les deux mondes, quarante années durant, une vaste enquête s'est trouvée tenue à jour : aucun sujet que la critique n'ait abordé, traité avec le secours des savants japonais; point de voyageur qui ne publie, au retour d'une excursion au pays du Soleil levant, quelque explication inconsciente de l'art par le milieu, — significatif apport aux études partielles, préliminaires, d'où devaient sortir les beaux travaux de synthèse vulgarisatrice des Anderson, des Brinckmann. Parallèlement, voici la diffusion imputable aux expositions universelles ou particulières; par malheur, l'abondance des importations n'intéressera plus que les statistiques commerciales lorsque le Japon, dépouillé des chefs-d'œuvre de ses vieux maîtres et gagné par l'appétit du lucre, en arrivera à déchoir et à se profaner. C'est la période où des fabriques se créent, où l'adresse de mains s'assouplit au gré des exigences étrangères, où la personnalité s'abdique. On croirait la sève inventive pour jamais tarie, tant l'industrie se contente d'imitations exécutées en grande hâte, à bas prix, répandues à foison, converties à tous les usages, sans autre but que d'obtenir en Europe, en Amérique, droit de cité dans le home.

Une telle prédilection de l'élite et du populaire, qui se porte snr de sublimes inventions ou s'égare sur des copies dégénérées, ne saurait uniquement résulter de l'atavisme et d'une esthétique mieux avertie; son autorité vient encore des satisfactions offertes par le génie japonais aux aspirations modernes. Notre âge ne hait rien tant que les répé-

1. Cette admission a été obtenue depuis la publication de la présente étude.

2. Voir Edmond Pottier, Grèce et Japon (Gazette des 3eaux-J{rts. 1890, t. 11, p. io5).

titions, les recettes héritées dupasse; il est tourmenté par l'appétence de l'inédit; il convoite le «frisson nouveau». Echappera la hantise du ressouvenir, bannir ce qui est voulu, enseigné, telle est son ambition, sinon sa règle. Comment n'aurait-jl pas été invinciblement conquis par un

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