V. Gaétan de Tiène
Nous avons vu qu'au xve siècle, Paul de Venise reproduisait l'argumentation de Michel Scot, de Roger Bacon, de Walter Burley et en tirait conclusion contre la pluralité des mondes; nous avons vu également (p. 92) que l'écossais Jean Majoris avait refusé d'admettre la validité de cette argumentation. Il avait été précédé par Gaëtan de Tiène.
Voici, en effet, ce que nous lisons dans les commentaires de Gaëtan de Tiène sur la Physique d'Aristote2.
« Burley... prétend que les chrétiens, parle fait qu'ils admettent la création du Monde, sont tenus d'admettre également la réalité du vide hors du Ciel. Dieu pourrait en effet, au delà des confins de ce Monde, en engendrer un second. Admettons, par exemple, qu'il l'ait fait ; on demandera alors si ces deux mondes sont distants les uns des autres ou s'ils se touchent. S'ils sont distants, il y aurait le vide entre eux, car il y aurait entre eux un espace divisible, capable de recevoir un corps et, cependant, n'en contenant aucun. S'ils se touchaient, ce ne serait pas par quelque aire divisible, car ils sont terminés par des convexités parfaitement sphériques ; ce serait donc seulement en un
1. Houzeau et Laucaster, Bibliographie générale de V Astronomie, t. I, n°' 17,'n et 1742.
3. Recollecte Gaietani super octo libros physicoram cum annotationibus tcxtuum. Colophon : Impressum est hoc opus Venetiis per Bonetum Locatcllum jussu et expensis nobilis viri domini Octaviani Scoti civis Modoetiensis, anno salutis 1&96, nonis sextilibus. Liber IV, in principio ; fol. 28, col. d.
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point indivisible; alors dans l'espace divisible qui se trouve entre eux, il y aurait encore le vide, comme précédemment.
» Mais rien de tout cela n'est nécessaire.... On peut dire que ces deux mondes ne sont certainement pas séparés l'un de l'autre par de la matière, car entre eux il ne se trouve aucun corps. Ils ne sont pas, non plus, séparés par le vide; le vide, en effet, est un lieu privé de corps; or, entre ces mondes, il n'y a aucun lieu, ni vide, ni plein. Leur distance est purement formelle; elle consiste en certains rapports qui sont causés en ces mondes. Et cela demeure vrai lors même qu'ils se toucheraient. D'ailleurs, il y aurait peut-être lieu d'admettre que deux mondes peuvent être entièrement extérieurs l'un à l'autre sans que l'on puisse dire ni qu'ils sont séparés, ni qu'ils se touchent... »