VI. Jean de Bassols
Nous venons de voir l'influence exercée sur Burley et sur ses successeurs par la décision théologique de 1277, affirmant que Dieu peut créer plusieurs mondes. Nous avons vu également dans le corps de cet ouvrage que Guillaume d'Ockam * avait pleinement accepté, sur ce point, l'opinion des docteurs de Paris.
En cette circonstance comme en plusieurs autres, Ockam semble avoir été précédé par Jean de Bassols.
Celui-ci enseigne2 que « Dieu peut faire un autre univers que le nôtre, soit que cet univers-là ait même espèce que celui-ci, soit qu'il appartienne à une autre espèce. En second lieu, » ajoute Bassols, « je ne vois aucun inconvénient à ce que Dieu crée une infinité de mondes de même espèce que celui-ci. En troisième lieu, je ne vois non plus aucun inconvénient à ce qu'il crée un très grand nombre de mondes spécifiquement différents de celui-ci. »
Ces conclusions se heurtent à diverses objections dont plusieurs ont été formulées par Aristote; citons en seulement quelques-unes, avec les réponses par lesquelles F « Auditoire » de Duns Scot prétend les résoudre. Voici la première :
S'il existait un second monde, il faudrait nécessairement qu'il fût de même nature que celui-ci, et alors la terre de chacun de ces deux mondes se porterait vers le centre de l'autre.
« Il n'est pas nécessaire, » répond Jean de Bassols 3, uque la terre de l'un de ces deux mondes se porte naturellement vers la terre de l'autre monde, ni même qu'elle puisse se mouvoir ainsi vers l'autre terre ; la
t. Voir pp. 76-78.
2. Opéra Joannis de Bassolis in quatuor sententiarum libros; libri primi dist. XLlY, quiiest. unica; éd. cit., fol. ccxiv, col. a.