IV. Walter Burley
Walter Burley croit qu'il n'est pas possible aux chrétiens d'admettre le pouvoir créateur de Dieu, sans admettre en même temps la réalité du vide. Il appuie2 cette opinion de plusieurs raisons; voici la dernière :
« Il me paraît difficile d'éviter cette conséquence : Ceux qui parlent conformément à notre religion et qui admettent la création du Monde sont tenus de supposer que le vide existe hors de ce Monde. Ils admettent en effet que Dieu, qui a créé ce Monde, en peut tout aussi bien créer un autre. Supposons donc que Dieu crée un second monde. Je pose alors la question suivante : Entre les surfaces convexes qui limitent ces deux mondes, y a-t-il ou n'y a-t-il pas une certaine distance? S'il y a quelque chose entre ces surfaces, c'est le vide, car c'est un espace divisible qui ne renferme pas de corps, bien qu'il soit susceptible de recevoir un corps. Si, au contraire, il n'y a aucun intermédiaire entre ces surfaces sphériques, c'est donc qu'elles se touchent soit en un seul point, soit tout le long d'une étendue divisible. Elles ne sauraient se toucher seulement en un point; alors, en effet, entre un point de la première sphère et un point de la seconde, il y aurait quelque chose de divisible qui ne
i. Cette argumentation contre la raison par laquelle le Philosophe prétendait établir l'impossibilité de deux Mondes, Richard de Middleton la reprend presque textuellement en l'une de ses Questions quodlibétales*.
2. Burleus Saper octo libros physicorum. Golophon : ... Impressa arte et diligentia Boneti Locatelli Bergomensis, sumptibus vero et expensis nobilis viri Octaviani Scoti Modoetiensis... Venetiis, Anno salutis nonagesimo primo supra millesimum et quadringentcsimum. Quarto nonas decembris. Physicorum liber IV, fol. 7S (nou paginé), col. c.
&) Quodlibela Doctoris eximii Hicardi de Media Villa ordinis minorum, (/u.vstioiies octuaqinta continentia. Brixiae, de consensu superiorum, HDXCL Quodlibetuin II, art. 11, quaest. I : L trum plures muudos esse includat conlradiclioncm.
pourrait être que le vide; d'où la conclusion. Dira-ton qu'elles se touchent tout le long d'une aire divisible? Cela ne saurait être; un corps sphérique ne saurait toucher un autre corps sphérique tout le long d'une aire divisible; si une surface touche une surface convexe tout le long d'une aire divisible, c'est que celte première surface est concave dans la région où le contact a lieu ; or il est impossible que la surface sphérique qui termine un monde soit concave. On voit donc que ceux qui parlent selon notre religion sont tenus d'admettre le vide. Nous avons traité plus longuement cette question au premier livre du Ciel. »
Walter Burley avait composé des commentaires au De Caelo et Mundo; cette citation nous le montre; nous n'avons pu trouver aucun indice de l'existence actuelle, sous forme imprimée, de ces commentaires; mais ils sont conservés, sous forme manuscrite, ainsi que les commentaires du même auteur sur les Météores d'Aristote, à la Bibliothèque de l'Université d'Oxford1.