‹ Études sur Léonard de Vinci (volume 2)Chapitre 106 sur 126 · Voir: Première série, pp. i34-i · texte numérisé non relu

Voir: Première série, pp. i34-i

6. Ricardi de Media Villa Qaaestiones super quatuor libros Sententiarum; lib. II, dist. XIV, art. III, quaest. IV; éd. cit., tomus secundus, p. 180. Les premières phrases, brouillées dans le texte au point de devenir peu compréhensibles, ont été rétablies ici et rendues, croyons-nous, conformes aux intentions de l'auteur.

plus ils se mouvraient rapidement, car ils seraient plus fortement atteints par la cause qui les meut; or il est certain que le mouvement des corps graves ou légers est plus rapide vers la fin qu'au commencement.

)> D'autres disent que la cause de leur mouvement est une vertu attractive émanée du lieu naturel, en sorte que le mouvement des éléments vers leur lieu propre est un mouvement de traction.

» Mais à l'encontre de cette opinion, on peut produire l'argument que voici : Le Commentateur dit qu'une attraction en laquelle le corps attirant demeure immobile tandis que le corps attiré est seul en mouvement n'est pas une attraction réelle et véritable; en ce cas, le corps attiré se meut de lui-même vers le corps attirant, afin d'atteindre sa perfection, tout comme la pierre se meut vers le bas et le feu vers le haut.

» Voici donc, à mon avis, ce qu'il faut dire : Bien que les divers éléments aient été déterminés par ce qui les a engendrés aux mouvements qui leur sont naturels, cependant c'est par leur propre vertu, et [non pas] par la participation de quelque influence siégeant en leurs lieux naturels, qu'ils exécutent les mouvements auxquels la cause génératrice les a déterminés Mais l'efficacité de ce mouvement est aidée par l'ébranlement du milieu même, ébranlement produit par le corps grave ou léger qui se meut, comme l'expérience nous l'enseigne. Prenons, en effet, deux corps de même poids et de même figure ; faisons commencer la chute du premier d'un lieu élevé et la chute du second d'un lieu plus bas, et cela de telle sorte qu'au moment où le second (celui qui part du lieu le plus bas) commencera à descendre, le premier (celui qui part du lieu le plus élevé) soit déjà parvenu à une distance du sol égale à celle à partir de laquelle le second commence à se mouvoir. Le grave qui est parti du lieu le plus élevé viendra à terre plus rapidement que l'autre grave; et cependant, lorsqu'ils se trouvaient à égale distance du sol, ces deux corps se comportaient de même à l'égard de l'influence du lieu. »

Buridan va raisonner exactement de même que Richard de Middleton pour prouver que l'accélération de la chute des graves ne s'explique pas par une influence du lieu naturel, influence d'autant plus puissante que le corps pesant serait plus voisin du centre. Mais à l'hypothèse du Franciscain anglais touchant la cause de cette accélération, il substituera une hypothèse autrement heureuse. Écoutons -le1 :

a A cela, je réponds que, toutes choses égales d'ailleurs, un grave ne tombe pas plus vite lorsqu'il est voisin du lieu inférieur, lorsqu'il en est, par exemple, distant de trois pieds ou de dix pieds, que

i. Jean Buridan, loc. cit.

lorsqu'il en est éloigné et séparé par cent pieds ou par mille pieds. Supposons, en effet, qu'un homme se trouve au sommet de l'une des tours de Notre-Dame, et qu'une pierre, située à dix pieds au-dessus de lui, tombe sur lui; cette pierre ne blesserait ni plus ni moins cet homme que s'il se trouvait au plus bas lieu d'un puits profond, et que cette même pierre lui tombât dessus de dix pieds de haut. On voit bien par là que la pierre ne se meut pas plus vite en ce lieu-ci, qui est si bas, qu'en ce lieu-là, qui est si élevé.

» Partant, il est manifeste que si un grave se meut plus vite ou plus lentement, ce n'est pas parce qu'il est plus proche ou plus éloigné de son lieu ; mais, comme nous le dirons plus loin, c'est parce que le corps pesant acquiert de soi-même un certain impelas qui se joint à sa gravité pour le mouvoir; le mouvement devient ainsi plus rapide qu'au temps où le corps pesant était mû par sa seule gravité; plus le mouvement devient rapide, plus ïimpetus devient vigoureux; au fur et à mesure donc que le poids continue à descendre, son mouvement devient de plus en plus rapide, parce qu'en continuant à descendre, il s'éloigne de plus en plus du point à partir duquel il a commencé de tomber; que cette chute se produise, d'ailleurs, en un lieu plus haut ou en un lieu plus bas, il n'importe. »

Les discussions relatives à la pluralité des mondes et à la nature de la pesanteur conduisent ainsi Buridan à développer les idées les plus fécondes touchant la chute accélérée des graves.

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