‹ Études sur Léonard de Vinci (volume 2)Chapitre 117 sur 126 · SUR LES PETITS MOUVEMENTS DE LA TERRE · texte numérisé non relu

SUR LES PETITS MOUVEMENTS DE LA TERRE

La terre est animée de mouvements petits, mais incessants. Imaginée ou, plutôt, précisée par Albert de Saxe, cette hypothèse a été constamment admise, jusqu'au temps de Léonard de Vinci, par les Nominalistes parisiens et par ceux qui subissaient l'influence de ces philosophes; à l'appui de cette affirmation, nous avons cité de nombreux témoignages » ; à ces témoignages, nous aurions pu joindre celui de Pierre Talaret.

Pierre Tataret, en la seconde partie du xve siècle, a composé des commentaires sommaires aux divers écrits physiques, logiques, métaphysiques et moraux d'Aristote; la réunion de ces commentaires forme une sorte de manuel de Philosophie qui a eu grande vogue; sous des titres divers, il a été imprimé un très grand nombre de fois; sept éditions sont antérieures à l'an i5oo, et on en donnait encore au xvne siècle.

Tataret se déclare scotiste ; mais, né à Paris, il fait aux doctrines parisiennes de fréquents emprunts.

Au huitième livre des Physiques, Tataret se demande : Si tout corps se meut? Tout aussitôt, il écrit ceci : « La terre se meut continuellement d'un mouvement local de descente. On le prouve : Parce que le centre de gravité de la terre est continuellement hors du centre du Monde, la terre descend continuellement. La conséquence est évidente; en effet, comme, par nature, le terre se meut vers le centre du Monde, elle tend à ce que de tous les côtés autour de ce centre, il y ait une pesanteur égale; lors donc qu'il n'en est pas ainsi, et s'il n'existe, d'ailleurs, aucun empêchement, la terre se meut de telle sorte que son centre de gravité soit au centre du Monde ; et d'autre part, à l'égard d'un poids aussi considérable que l'est le poids de la terre, il ne peut y avoir d'empêchement naturel. Quant à la supposition faite, elle est évidente, car la partie découverte s'allège continuellement ; le centre de gravité de la terre vient donc hors du centre du Monde ; supposons, en effet, qu'il y ait autour du centre une pesanteur égale de tous côtés, puis qu'un certain poids soit ôté à l'une des moitiés et non à l'autre; alors, il y aurait autour du centre une pesanteur inégale. L'antécédent va de soi, car les rayons solaires allègent sans cesse les parties découvertes de la terre. On fera peut-être cette objection : Bien qu'une partie de la terre devienne plus légère et l'autre plus lourde, un si faible excès de pesanteur ne suffit pas à mouvoir la terre entière. Nous répondrons que cet argument n'est pas concluant; ce n'est pas

i. Léonard de Vinci et les origines delà Géologie, § \II, pp. 3/43-347.

seulement le léger excès de pesanteur ainsi ajouté qui tend à mouvoir la terre, mais la terre entière qui tend à être logée de la sorte. On peut conclure de là que la terre entière ébranle les châteaux et les tours, mais la lenteur de ce mouvement nous empêche de le percevoir; c'est pourquoi beaucoup ont prétendu que la terre ne se mouvait pas. »

Cette théorie des petits mouvements de la terre a été, nous l'avons dit, fort mal accueillie des Averroïstes italiens ; nous avons vu Alessandro Achillini nier le principe même sur lequel elle repose, la tendance du centre de gravité de la terre à se placer au centre du Monde; au texte que nous avons cité *, nous aurions pu joindre celui-ci 2 :

« Dire que la terre est au centre du Monde de telle sorte que si d'un côté quelconque on lui ajoute un certain poids, ce poids fera mouvoir toute la terre ou l'obligera à changer de place, c'est un rêve purement imaginaire; les parties sphériques superposées de la terre qui ont pour centre le centre du Monde ont une résistance tellement grande que tous les dieux, unissant leurs efforts, ne pourraient ébranler la terre; Aristote l'a dit, et aussi Averroès, au cinquième chapitre du traité De substantia orbis; par dieux, il faut comprendre les intelligences qui meuvent les cieux. »

i. Voir p. 35 1.

2. Alexandri Achillini Bononiensis De distributionibus ac de proportione motuum. Bononie, per Benedictum Hectoris, 1/49^. Cet écrit n'a pas été compris dans la réimpression des Opéra d' Achillini donnée à Venise, sans nom d'éditeur; mais il se trouve dans les éditions données à Venise, par Hieronymus Scotus, en i545, i55i, i558. En l'édition de i5/j5, où nous l'avons consulté, il porte ce titre: Alexandri Achillini Bononiensis De proportionibus motuum quaestio. Le texte cité est au fol. Lg3, col. d. — Nous savons que Léonard de Vinci a eu en mains cet écrit d'Achillini, que Fazio Gardano lui avait prêté. (Léonard de Vinci, Cardan et Bernard Palissy. Études sur Léonard de Vinci, première série, p. 227.)

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