‹ Études sur Léonard de Vinci (volume 2)Chapitre 119 sur 126 · II. L'opinion d'Henri de Gand touchant l'infini · texte numérisé non relu

II. L'opinion d'Henri de Gand touchant l'infini

En admettant que Dieu peut créer plusieurs mondes, en attribuant au vide une possibilité, au moins per accidens, le Docteur Solennel rompait avec la Physique péripatéticienne beaucoup plus complètement que n'avaient osé le faire, avant lui, les plus illustres docteurs de la Scolastique, les Albert le Grand, les Bonaventure, les Thomas d'Aquin; il rompait avec cette Physique exactement comme le faisaient, au même moment, les décisions portées par Etienne Tempier ; il s'efforçait, toutefois, de garder de renseignement du Stagirite tout ce qu'il en pouvait sauver sans restreindre la toute-puissance de Dieu.

Henri de Gand a été beaucoup moins audacieux lorsqu'il s'est proposé de répondre à cette question : Dieu peut- il produire une grandeur infinie? Comme saint Bonaventure1, comme saint Thomas d'Aquin, il a dénié à Dieu le pouvoir de produire une grandeur infinie soit en acte, soit en puissance; comme eux, en effet, et avec Aristote, il a regardé l'existence actuelle ou potentielle d'une telle grandeur comme une contradiction.

Pour bien comprendre l'argumentation que le Docteur Solennel développe en cette circonstance, il nous faut remonter jusqu'à une pensée émise par Aristote au sujet de l'infini.

Aristote cherche en quel ordre de causes l'infini doit être rangé : a L'infini, dit-il2, est une cause de même espèce que la matière, car l'essence de l'infini est la privation. »

Cette courte indication a vivement attiré l'attention d'Averroès qui l'a ainsi commentée 3 :

a II est manifeste que la matière est la cause de l'infini; si l'infini est regardé comme cause, il sera cause en tant que matière ; l'essence de l'infini, en effet, c'est la privation de toute fin, et la matière est la cause de toute privation. »

« L'essence de l'infini, dit encore Averroès 4, est d'être seulement en puissance, et, par là, elle est semblable à l'essence de la matière, et non pas à l'essence de la forme ; en effet, l'essence de la matière et de

1. D. Bonaventurae, Doctoris Seraphici, Scriptum in IV libros Sententiarum, lib. J, dist. XLIII, quaest. III.

2. Aristote, <ï>v<7cxyi; àxpoâ«7£w; to F, ç (PJiysicae auscultationis, lib. III, cap. VI).

3. Aristotelis De physico aaditu libri octo cnm Averrois Gordubensis variis in eosdem commentar iis, ; lib. III, comm, 72.

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