Nicolai de Cusa De conjecturis lib. II, cap. IV
Bien qu'il contracte en lui-même la pluralité des quatre éléments, un mixte peut s'approcher plus ou moins de la simplicité de l'un d'entr'eux qui est, en sa composition, l'élément dominant et qui lui donne son nom; ainsi, un mixte, tout en contenant en lui de l'air, du feu, de l'eau et de la terre, peut s'approcher plus ou moins de l'air élémentaire; on donne alors à ce mixte le nom d'air.
Les quatre corps auxquels nous donnons les noms de feu, d'air, d'eau et de terre sont constitués de la sorte; en chacun d'eux se trouvent les quatre corps élémentaires; chacun d'eux prend le nom de l'élément qui prédomine en sa composition ; les quatre corps dont nous venons de parler ne sont donc plus des éléments premiers, mais des mixtes principaux ou généraux.
Dieu, d'ailleurs, par une mathématique admirable1, a minutieusement fixé les proportions des quatre éléments premiers qui concourent à former chacun des mixtes généraux; il les a fixées de telle sorte qu'aucun d'eux ne puisse intégralement se convertir en quelqu'un de ses congénères.
Ces mixtes généraux peuvent2, à leur tour, se combiner entre eux pour former des mixtes spéciaux qui sont les corps individuels.
Le mixte spécial est le dernier degré de cette contraction qui est issue de l'élément universel et qui, par l'intermédiaire de l'élément principal et du mixte général, s'est élevée jusqu'à l'individu. L'universalité élémentaire s'élève vers l'individu en qui elle reçoit l'existence actuelle, et l'individu descend vers l'élément universel sans lequel il ne pourrait subsister, non plus que l'acte sans la puissance.
Cette théorie chimique porte, profondément gravée, l'empreinte de la Métaphysique de Nicolas de Cues; il ne faudrait pas croire, cependant, que le Cardinal Allemand l'eût inventée de toutes pièces; ce qu'elle contient de proprement physique était, avant lui, d'usage courant; toute l'École enseignait, notamment, que le feu, l'air, l'eau et la terre, tels que nous les
i. Nicolai de Cusa De docta ignorantia lib. II, cap. XIV. 2. Nicolai de Cusa De conjecturis lib. II, cap. V.
connaissons, ne sont pas des éléments; que ce sont des mixtes et qu'en chacun d'eux, un élément prédominant, dont le mixte prend le nom, se trouve uni aux trois autres; l'originalité de Nicolas de Gués est de s'être emparé de ces enseignements et de les avoir incorporés à son système philosophique.
K. L'homme; l'union de l'âme et du corps. — Le microcosme est constitué comme le macrocosme; ce qu'on a dit de l'union de l'Ame du Monde avec la Matière, on peut le répéter presque textuellement de l'union de l'âme humaine avec le corps humain.
C'est encore1 l'amour qui forme le lien entre l'âme et le corps, et qui maintient la vie.
L'âme, qui a puissance de donner la vie au corps, désire mettre cette puissance en acte, être dans le corps pour le vivifier; en sorte qu'elle aime le corps. Le corps, qui ne pourrait demeurer en vie sans l'âme, aime cette âme et désire lui être uni. Cette mutuelle aspiration, cet amour qui cherche la connexion de l'âme et du corps, est un esprit qui leur est commun à tous deux; ce commun esprit participe de la nature de l'âme, en ce que l'âme descend pour vivifier le corps; il participe de la nature du corps, en ce que le corps monte pour se préparer à recevoir la vie.
Lorsque la vigueur de cet esprit vient à manquer, le corps cesse de vivre.
L. Les facultés de l'âme humaine. — L'âme humaine nous offre en ses facultés, elle aussi, l'image de la Trinité. Elle se compose, en effet2, de l'intellect (intellectus) , du sens (sensus) et de la raison (ratio) qui est intermédiaire entre l'intellect et le sens, et qui les unit l'un à l'autre. L'ordre de prééminence place la raison au-dessus du sens et l'intellect au-dessus de la raison. L'intellect3 n'est ni dans le temps, ni dans l'espace; il
i . Nicolai de Cusa Excitationum ex sermonibus lib. III ; ex sermone : Confide, filia; fides...