Nicolai de Cusa De docta ignorantia lib. III, cap. VI
3. Nicolai de Cusa De docta ignorantia liber III, cap. VI et cap. VII.
en est indépendant; le sens, au contraire, dépend du temps et de l'espace ; il est soumis au mouvement, tandis que l'intellect plane dans une région plus élevée où s'exerce son intuition.
Approfondissons davantage cette union de l'intellect et du sens par l'intermédiaire de la raison1.
Nous devons, pour concevoir l'âme humaine, imaginer l'intellect comme l'unité et le sens comme la diversité (alteritas). La lumière intellectuelle descend en l'ombre sensuelle, tandis que le sens monte vers l'intellect; et par ce double mouvement, un troisième degré est produit, la raison, qui est intermédiaire entre le sens et l'intellect.
Cette raison elle-même, produite par un mouvement de descente et par un mouvement d'ascension, est double; elle se compose d'une partie supérieure, qui est la plus voisine de l'intellect et qu'on peut nommer la faculté appréhensive, et d'une partie inférieure, plus rapprochée du sens, à laquelle on peut attribuer le nom de fantaisie ou d'imagination ; nous avons ainsi, en l'âme humaine, quatre facultés qui en sont comme les quatre éléments. De ces quatre facultés2 « il en est deux, la sensibilité et l'imagination, qui s'exercent dans le corps, tandis que les deux autres, la raison et l'intelligence s'exercent hors du corps».
Ainsi l'unité de l'intellect descend en la diversité (alieritas) de la raison appréhensive ; l'unité de la raison en la diversité de l'imagination; l'unité de l'imagination en la diversité du sens ; et, en même temps que ce mouvement de descente, se produit un mouvement d'ascension de chaque faculté vers la faculté supérieure.
Pourquoi cette descente de l'intellect vers le sens? L'intention de l'intellect est-elle de devenir sens? Non pas, mais d'acquérir sa perfection en devenant intellect en acte. L'intellect est la puissance de connaître; il ne peut devenir connaissance actuelle qu'en s'unissant au sens, qu'en devenant sens ; il se fait sens afin de pouvoir passer de la puissance à l'acte. L'intellect ne sort donc de lui-même en descendant
i. Nicolai de Gusa De conjecturis lib. III, cap. XVI. 2. Nicolai de Cusa De ludo globi lib, I.
vers le sens que pour revenir à lui-même par une ascension qui ferme le cycle de ce mouvement.
Ce mouvement, nous l'avons dit, a pour objet la perfection même de l'intellect; lorsque l'intellect comprend, sa puissance passe à l'acte, sa perfection augmente ; lors donc que l'intellect se fait intelligible, il progresse dans l'ordre de l'intellect, il se féconde lui-même.
Plus la lumière de l'intellect pénètre profondément au sein des espèces multiples du sens, plus à leur tour ces espèces sont absorbées et unifiées dans la lumière intellectuelle; la diversité (alteritas) de l'intelligible tend de plus en plus à se fondre dans l'unité de l'intellect ; en sorte que cette unité de l'intellect devient de plus en plus parfaite au fur et à mesure que la puissance intellectuelle tend à l'acte; le mouvement intellectuel tend au repos.
C'est en vue de sa propre perfection que l'intellect descend vers le sens pour remonter vers lui-même; c'est aussi en vue de la perfection de la vie sensitive que le sens monte vers l'intellect. Ainsi l'intellect ne descend point vers le sens, si ce n'est pour que le sens monte vers lui; et de même, le sens ne monte point vers l'intelligence, si ce n'est pour que l'intelligence descende vers le sens. Par là, la descente de l'intelligence vers le sens et l'ascension du sens vers l'intelligence ne sont qu'un seul et même mouvement; les contraires sont identiques, selon les principes de la Métaphysique de Nicolas de Cues.
Ce double mouvement par lequel l'intellect descend et le sens monte pour se rencontrer en la raison intermédiaire explique tout le mécanisme de la connaissance humaine. Rien ne peut se trouver dans l'intellect1 qui ne descende aussitôt en la raison; rien ne peut tomber sous le sens qui ne monte en la raison ; et ainsi se doit comprendre le fameux axiome péripatéticien : Nihil est in intellectu quod non prias fueril in sensu.
M. La charité, anion de Diea et de l'âme hamaine. — Nicolas de Cues nous a décrit de quelle manière l'intellect et le sens se