Le temps et le continu géométrique
Il serait téméraire d'affirmer que ces pensées ont été suggérées au Vinci par telle ou telle lecture ; elles se trouvaient déjà en substance dans la Physique d'Àristote1, à propos de laquelle tous les commentateurs de l'École les avaient développées à l'envi.
Il semble, d'ailleurs, que Léonard ait tenté de parler du temps en l'isolant de son image géométrique : « Décris, » dit-il a, « la qualité du temps séparé de la Géométrie. » Nous ignorons quel fut le résultat de cette tentative.
D'autres pensées émises par Léonard touchant l'espace et le temps portent plus nettement la trace de l'influence exercée par les doctrines de Nicolas de Cues.
En tout ordre de choses, le minimum absolu, identique au maximum absolu, est la synthèse de toute existence concrète; celle-ci n'est que le développement du minimum. Le point, minimum absolu de longueur, complique en lui toute longueur; la longueur de la ligne n'est que le développement du point. De même, l'instant présent est la synthèse de toute durée ; de même encore le repos est la synthèse de tout mouvement. De cette doctrine, nous avons donné3 le résumé d'après le traité De docta ignorantia. Empruntons maintenant à un autre ouvrage, à l'écrit dont l'auteur prend cet étrange pseudonyme : l'Idiot, deux passages4 qui ont trait à la même doctrine.
« Penses-tu, » dit le Philosophe, « que le point soit divisible?» Et l'Idiot de répondre : « Je pense que le point qui termine une ligne ne saurait être divisible; ce qui est un terme ne saurait avoir de terme ; or, s'il était divisible, il aurait un terme; il ne serait donc point terme de la ligne. Le point n'est pas quantité; on ne saurait avec des points composer une quantité, car une quantité ne peut être formée d'éléments non quantitatifs. » — « Ton avis, » reprend le Philosophe, « s'accorde avec celui de Boëce; celui-ci disait: «En ajoutant un
i. Aristote, fajmwrfe àxpoassto; to A, ay; Physicse auscultationis liber II, cap. III. ■i. Léonard de Vinci, ms. cit., fol. 176, recto.— J. P. Richter, Op. cit., t II,
S. Vide supra, III, G.