‹ Études sur Léonard de Vinci (volume 2)Chapitre 23 sur 126 · Nicolaide Cusa Idiotœ liber tertius : De mente; cap. IX · texte numérisé non relu

Nicolaide Cusa Idiotœ liber tertius : De mente; cap. IX

» point à un autre, tu ne fais rien de plus qu'en ajoutant rien )) à rien. »

Un peu plus loin, l'Idiot émet cette assertion : « Le mouvement est le développement du repos; dans le mouvement, on ne trouve rien qu'une série d'états de repos. De même, le présent se développe dans le temps; dans le temps on ne trouve rien que des instants présents. Et ainsi du reste. » — a Comment peux-tu dire, interroge le Philosophe, qu'on ne trouve rien dans le mouvement, si ce n'est le repos?» — «Se mouvoir, répond l'Idiot, c'est passer d'un état à l'autre; tant que l'objet persévère dans un même état, il ne se meut point, mais se repose. Il est clair, alors, qu'on ne trouve dans le mouvement que des repos. Le mouvement consiste à sortir d'un état; se mouvoir, c'est cesser d'être dans un état pour se trouver dans un autre état; en d'autres termes, c'est passer d'un repos à un autre repos. Le mouvement, ce n'est donc qu'une succession de repos développée en série. »

De ces deux passages, rapprochés l'un de l'autre par Nicolas de Gués, comparons ces phrases que Léonard écrit « l'une au-dessous de l'autre :

« Le point n'est pas une partie de ligne. »

« L'eau que tu touches dans le fleuve est la dernière partie de la masse d'eau qui s'en va et la première partie de la masse d'eau qui vient. Il en est de même du temps présent. »

Il est possible que ces courtes réflexions aient été jetées sur le papier à propos des théories de l'Évêque de Brixen ; ce qui nous le fait supposer, toutefois, c'est bien plus le recueil où elles se trouvent, ce Codice Trivulzio où, si souvent, se marque l'inspiration de Nicolas de Gués, que leur contenu même; ce contenu ne porte pas, d'une manière particulièrement nette, l'empreinte des doctrines du Cardinal Allemand; on le pourrait tout aussi bien comparer à certains aphorismes purement scolastiques.

Ouvrons, par exemple, un écrit qui semble avoir eu grande vogue à la fin du xve siècle, et dont certains indices nous font soupçonner la présence aux propres mains de Léonard : les

i. Léonard de Vinci, Codice Trivulzio, fol. 3i, recto

MCOLAS DE CUES ET LÉONAkjD DE VINCI 10";

Abréviations du livre des Physiques composées par Marsile d'Inghen ; nous y lisons * la formule suivante, donnée comme expression de la pensée d'Aristote : « Tout présent est la fin du passé aussi bien que le commencement du futur. »

Les réflexions de Léonard que nous venons de citer sont immédiatement suivies de cette simple phrase : « La vie bien remplie est courte. » Cette pensée peut fort bien, elle aussi, avoir été suggérée au grand peintre par les écrits du Cardinal Allemand; à plusieurs reprises, celui-ci énonce2 que le temps, instrument au moyen duquel l'esprit mesure le mouvement, ne saurait mesurer l'activité de ce même esprit. Mais la proposition formulée par Léonard peut bien avoir d'autres origines ; Marsile d'Inghen n'écrit-il pas 3, au livre que nous citions tout à l'heure : « Le plaisir fait paraître le temps court et la tristesse le fait paraître long » ?

Les pensées dont nous venons de parler peuvent donc avoir été notées par Léonard de Vinci alors qu'il lisait les œuvres de l'Évêque de Brixen ; mais nous ne saurions affirmer qu'il en soit ainsi; l'empreinte de Nicolas de Cues n'y est pas assez nettement gravée.

Cette empreinte va se montrer, autrement reconnaissable, en d'autres réflexions du Vinci.

Le point complique en lui le continu géométrique ; ce continu n'est que le développement du point, qui est le principe de toute grandeur; et cependant ce point, dont l'étendue de l'Univers créé est issue par voie de développement, est aussi près qu'on peut l'être du néant : a Le Créateur4... a fait le point, qui est presque le néant, car entre le néant et le point, il n'y a pas d'intermédiaire. Le point est si voisin du néant qu'en ajoutant un point à un point, on ne fait rien de plus qu'en ajoutant rien à rien... Et cependant, en ce point unique est la synthèse de l'Univers entier. »

i. Subtiles doctrinaque plene abbreviationes libri physicorurn édite a prestantissimo philosopho Marsilio lnguen doctore Parisiensi (sans aucune indication typographique— antérieur à i5oo); trente -neuvième feuillet, non numéroté, verso.

2. Nicolai de Cusa Idiotœ liber tertius : De mente; cap. XV. — De ludo globi, lib. 11.

3. Marsile d'Inghen, loc. cit., quarante et unième feuillet, verso.

'4. Nicolai de Gusa Complementurn theologicum figuration in complementis mathematicis, cap. IV

l58 ÉTUDES SUH LÉONARD DE VINCI

De même, le temps est tout entier impliqué dans le nunc, dans l'instant présent; le mouvement est tout entier impliqué dans le repos, dont il est le développement; et l'instant, le repos, sont immédiatement voisins du néant.

Le point, minimum absolu d'étendue, l'instant, minimum absolu de durée, le repos, minimum absolu de mouvement, ne peuvent avoir d'existence actuelle en la Nature contractée; en cet Univers créé, tout minimum absolu se présente comme une impossibilité.

Le minimum absolu n'a d'existence actuelle qu'en Dieu ; ou mieux, identique au maximum absolu, il est Dieu lui-même. L'instant présent, en même temps qu'il est infiniment voisin du néant, est identique à l'éternité, c'est-à-dire à Dieu lui même; étant Dieu, il ne peut être absolument réalisé en aucune des choses créées. Écoutons Nicolas de Cues développer ■ ces propositions :

« Le lieu naturel du temps est l'éternité, autrement dit le nunc, le présent, de même que le lieu du mouvement est le repos, que le lieu du nombre est l'unité. De quoi constatonsncus l'existence au sein du temps, si ce n'est du présent? Le temps coule, et son flux a pour origine son être même, et cet être est le nunc, le présent; aussi disons -nous que du temps nous ne possédons que le présent. Le présent est unique et non multiple, car il ne passe point dans le passé, et du futur on ne saurait dire : maintenant. Ce nunc qui est le point de départ et le point d'arrivée de l'écoulement du temps, est l'essence ou l'être du temps; nous le nommons Y aujourd'hui, ou Y éternité, ou le nunc qui demeure dans une perpétuelle immobilité. Le nunc de l'éternité est donc l'éternité elle-même; c'est proprement l'être qui est l'essence du temps ; c'est Dieu éternel, identique à son éternité... Or Dieu est en toutes choses, et il n'est dans aucune; il est en chaque chose, en tant qu'être absolu; il n'est en aucune chose, en tant qu'elle est tel être particulier... Dieu n'est donc point, sinon en l'être absolu; dès lors, comme le dit Maître Eckehart, il n'est point dans le

i. \icolai de Cusa Excitationum ex sermonibus liber Vil; ex sermone : Ubi est qui nalus est rex .Imbrorum.

NICOLAS DE GUES ET LEONARD DE VINCI l5f)

temps, ni dans ce qui est susceptible de division, ni dans le continu, qu'on nomme aussi la grandeur, ni dans aucune chose capable de plus ou de moins, ni dans ce qui présente des distinctions, ni dans aucune créature. »

Le présent n'a donc d'existence actuelle qu'en Dieu; mais il est susceptible d'une autre existence l, purement intellectuelle, en l'esprit qui conçoit les formes des choses, détachées de toute union avec la nature contractée.

En effet, les grandeurs continues qui, seules, existent actuellement dans la Nature créée, l'intellect les saisit par l'intermédiaire de ce minimum en lequel elles ont leur synthèse et dont elles sont le développement. Il n'a pas l'intujtion du continu géométrique, mais du point; il ne l'a pas de la durée, mais de l'instant présent ; il ne l'a pas du mouvement, mais du repos.

«L'âme rationnelle2 est une force synthétique qui enveloppe en elle tous les concepts déjà synthétiques. Elle enveloppe la synthèse du nombre et la synthèse de la grandeur, savoir l'unité et le point. Faute de l'unité et du point, elle ne pourrait faire aucune distinction au sein du nombre et de la grandeur. Elle enveloppe en elle la synthèse des mouvements, et cette synthèse se nomme le repos; dans le mouvement, le repos seul lui apparaît, car le mouvement va d'un état de repos à un autre état de repos. Elle enveloppe la synthèse du temps, qui se nomme maintenant ou le présent; car dans le temps, elle ne trouve rien que le présent. On en peut dire autant de toutes les synthèses; l'âme rationnelle est la simplicité où se réunissent toutes les notions synthétiques. »

L'intellect, donc, « ne voit pas3 les choses temporelles dans le temps, c'est-à-dire dans une succession instable; il en a l'intuition dans un indivisible présent. Le présent, en effet, le niinc même, synthèse de toute durée, n'appartient pas au monde sensible, car le sens ne saurait l'atteindre; il. appartient au monde intelligible. De même, l'intellect n'a pas l'intuition

i. Nicolai de Cusa De docta ignorantia liber II, cap. VII. 2. Nicolai de Cusa De ludo globi liber II. .H. Nicolai de Cu<a De Jiliatione Dei libellus.

lÔO ÉTUDES SUR LÉONARD DE VUVCI

des grandeurs en une étendue corporelle et divisible, mais en un point indivisible, qui est la synthèse intelligible de toute quantité continue. »

En résumé, dans la Nature créée, les développements continus, l'étendue, le temps, le mouvement possèdent seuls l'existence actuelle; les synthèses unes et indivisibles, le point, le présent, le repos, y sont de pures impossibilités. D'autre part, ces synthèses, immédiatement contiguës au néant, ont seules accès dans l'intellect ; c'est par elles seules que celui-ci saisit la Nature concrète.

Telle est la doctrine de Nicolas de Cues, doctrine très audacieuse, très originale, fort différente de la théorie péripatéticienne ; doctrine dont il serait aisé de relever les analogies avec certaines opinions de la moderne École Bergsonienne. Or, cette doctrine, Léonard l'avait faite sienne, si nous en croyons le passage suivant ' :

« Toute quantité continue est, par Ja pensée, divisible à l'infini. »

« En toutes les grandeurs qui sont en nous-mêmes, l'existence de la grandeur nulle tient la place principale; son office s'étend à toutes les choses qui sont privées de l'existence [actuelle]. En ce qui concerne le temps, son essence réside entre le passé et le futur, et la grandeur nulle est en possession du présent. En cette grandeur nulle, la partie est égale au tout et le tout à la partie; elle est à la fois divisible et indivisible; elle donne le même résultat par multiplication que par division, le même par addition que par soustraction, comme les mathématiciens le démontrent de leur dixième chiffre, qui représente cette grandeur nulle. Mais sa puissance ne s'étend pas aux choses de la nature. »

« C'est seulement dans le temps et dans le discours que se rencontre ce que l'on nomme néant; dans le temps, il se trouve entre le passé et le futur, et la grandeur nulle retient le présent; dans le discours, il est représenté par les choses dont on dit qu'elles ne sont pas ou qu'elles sont impossibles. »

i. Léonard de \ inci, ins. Arundel 203 de ta bibliothèque du Brtiish Muséum, fol. 101 . recto.— J, P. Uichtcr, The literary Works of f.fonardo du Vinci, t. II, $ tai6.

NICOLAS DE CUES ET LEONARD DE VINCI l6l

« En ce qui concerne le temps, la grandeur nulle réside entre le passé et le futur, et le néant est en possession du présent; en ce qui concerne la nature, la grandeur nulle est la compagne des choses impossibles, comme nous l'avons dit, et le néant n'y a pas d'existence. En effet, si le néant était donné dans la nature, le vide y serait donné. »

Les réflexions de Léonard de Vinci

TOUCHANT LA PHILOSOPHIE DE NlCOLAS DE CuES (SUltej. La CRÉATION ET l'aMOUR CRÉATEUR.

uL'Ame universelle,» avait dit l'auteur de la Théologie d'Aristote1, «est le principe de toute forme spirituelle ou corporelle; elle-même est une forme privée de toute matière; l'influx qu'elle a reçu de l'Intelligence lui donne de refléter en elle-même toute forme. Son œuvre, qui est la Nature, apparaît par l'imposition de la forme à la Matière première. »

« Les procédés de l'art emploient les corps qui existent, formés, dans la Nature; aussi en imitent-ils la génération. Si un artisan voulait produire une certaine œuvre et s'il ne pos sédait pas, pour la fabriquer, une matière déjà pourvue d'une certaine forme, lui serait- il possible de suspendre la figure artificielle qu'il conçoit dans une matière jusqu'alors dépourvue de forme? ou de la réduire à une forme exempte de toute matière? Cela ne se peut faire. »

« Si, par exemple, un potier veut réaliser une marmite ou tout autre vase dont il a conçu le projet, il commence par pétrir de l'argile; il lui donne alors la figure de la marmite telle qu'il veut l'obtenir; puis il la cuit pour la durcir. Il n'est point douteux que l'argile, que l'air, que le feu sont la matière de la marmite. »

« Ainsi procède l'art. L'Ame universelle procède autrement;

i. Aristotelis Theologiœ liber tertius decimus, cap. VI. Éd. i5ig, fol. 80, recto; éd. 1572, fol. 182, verso, et i33, recto.

p. DUHEM. 1 1

elle est douée du pouvoir d'imposer une forme à ïa Matière simple et jusqu'alors non informée; et c'est seulement en cette Matière simple et incréée qu'elle produit des formes. »

Il n'est guère douteux que Nicolas de Gués ait lu ce passage et qu'il s'en soit inspiré dans celui-ci1, où il explique comment le Créateur informe la matière première, pure possibilité qui n'a encore reçu aucune forme, mais qui est apte à les recevoir toutes :

« Conrad. — Donne-moi, je te prie, une explication plus complète de cette doctrine. »

« Nicolas. — Très volontiers. ...Tu as vu, sans doute, fabriquer des vases de verre? »

« Conrad. — Je l'ai vu. »

« Nicolas. — Voilà un exemple très propre à te faire comprendre cette doctrine. »

« Le verrier, en effet, réunit une certaine quantité de matière; puis, dans un fourneau, à l'aide du feu, il la rend propre à son travail; ensuite, avec une canne de fer à laquelle la matière adhère, le verrier, par son souffle, va lui donner la forme du vase que le maître a conçu; dans ce but, il insuffle de l'air; cet air meut la matière selon l'intention du maître, et ainsi, par l'action du maître, un vase de verre se trouve fait au moyen d'une matière qui n'avait aucunement la forme d'un vase. »

« Cette figure du vase informe la matière de telle sorte qu'elle soit tel vase de telle espèce; et tant que la matière demeure sous cette figure, elle perd son universelle capacité à recevoir n'importe quelle forme de vase; sa possibilité universelle est alors spécifiée et particularisée par l'acte. »

« Imaginons maintenant que de ce vase de cette espèce, le maître se propose d'en faire un autre d'une autre espèce. M ce vase ni ses fragments ne sont capables de ce qu'il désire ; car ce vase est un tout un et parfait, et ses fragments ne sont que les parties de ce tout. Alors le verrier ramène ce vase ou les fragments de ce vase à la matière première; il leur ôte

i Nicolai <l<> Cusa Dialogua de Genrsi.

NICOLAS DE CUES ET LEONARD DE VlISCl l63

la forme actuelle, en laquelle ils étaient figés; et lorsque la matière est redevenue fluide, qu'elle a repris la possibilité universelle, il emploie cette matière à faire un nouveau vase. »

Il est très vraisemblable que ce passage de Nicolas de Gués a suggéré à Léonard de Vinci la pensée suivante ■ :

« Comparaison. — Un vase brisé peut être restauré en sa forme s'il est cru, mais non s'il est cuit. »

Tout auprès2 de cette pensée, nous en lisons une autre qui est conçue en ces termes :

« Souvent une même chose est tirée par deux violences, savoir la nécessité et la puissance. L'eau de la pluie, la terre l'absorbe par nécessité et le soleil la pompe non par nécessité, mais par puissance. »

Prise isolément, cette pensée semble passablement obscure; son véritable sens transparaît si on la rapproche de la philosophie de Nicolas de Gués.

L'Évêque de Brixen distingue, en toute substance, la possibilité indéterminée et l'acte qui détermine cette possibilité; à cet acte, il donne souvent le nom de nécessité. 11 regarde le mouvement de la nécessité, de l'acte qui informe la puissance, comme une descente; il le compare à l'effet d'une force dirigée de haut en bas. Au contraire, le mouvement de la puissance est une ascension; il trahit une aspiration vers le haut.

Ne semble-t-il pas que l'intention de Léonard ait été de trouver une comparaison propre à éclairer cette doctrine?

Le mouvement qui fait descendre l'acte vers la puissance qu'il doit déterminer, le mouvement qui fait monter la puissance vers l'acte dont elle attend sa forme sont dus à un mutuel amour, semblable à celui qui abaisse l'époux vers l'épouse et qui élève l'épouse vers l'époux; et c'est l'acte même qui engendre en la puissance le désir de la forme et, par conséquent, le mouvement par lequel la puissance se meut vers lui. L'union de l'acte et de la puissance, de la forme et de la matière, en engendrant une substance, donne satisfaction à

i. Léonard de Vinci, Codice Trivulzio, fol. 38, recto. ■i. Léonard de Vinci, Codice Trivulzio, fol. 3g, recto.

ifi/j ÉTUDES SUR LÉONARD DE VINCI

cet atnour mutuel ; le double mouvement qu'il engendrait aboutit au repos.

Ce rôle de l'amour, intermédiaire entre la puissance et l'acte, est essentiel en la Métaphysique qu'expose l'auteur de la Théologie d'Aristole; il caractérise cette Métaphysique et la distingue des autres philosophies néo-platoniciennes. Nicolas de Gués a emprunté à cet auteur l'idée de cetle trilogie partout présente, la puissance, l'acte et leur mutuel amour; il en a fait comme la clé de voûte de la doctrine qu'il a édifiée. Léonard, à son tour, paraît s'être vivement intéressé à cette doctrine. C'est à elle, sans doute, qu'a trait cette réflexion » :

« Aucune action ne peut s'exercer que par le mouvement. »

Elle est d'ailleurs la traduction presque textuelle de cette phrase écrite par l'Évêque de Brixen3 : « Naturae opéra requirunt motum ut perficiantur. »

C'est à cette théorie de la Théologie d'Arislote et de "Nicolas de Cues que se rapporte assurément cette suite de formules5, où la doctrine dont il s'agit est parfois exprimée d'une manière saisissante :

« Le sujet, à l'aide de la forme, meut celle qu'il aime, qui aspire vers la chose aimée, de même que le sens nous meut au moyen de l'objet sensible ; et le sujet s'unit avec elle et ne forme plus avec elle qu'une seule chose. »

« L'œuvre est la première chose qui naît de l'union ; si la chose aimée est vile, l'amant se fait vil 4. »

« Quand la chose qui est unie convient à celui qui s'unit à elle, il en résulte délectation, plaisir et satisfaction. »

« Quand l'amant est joint à l'objet aimé, il se repose; quand le poids est placé sur un support, il se repose. »

i. Léonard de Vinci, Codice Trivulzio, loi. 30, verso.

2. Nicolai de Cusa Excitai ionu m ex sermonibus liber V: ex sermone : Non in ^olo pane vivit homo.

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