VIT
Les réflexions de Léonard de Vinci touchant
LA PHILOSOPHIE DE NlCOLAS DE GUES (suite). Les FACULTÉS
de l'Ame.
Le Codice Trivalzio renferme diverses réflexions relatives aux facultés de l'âme humaine; moins nettement, peut-être, que les précédentes, elles portent le sceau de la philosophie de Nicolas de Cues; il en est qui s'adapteraient sans peine à des doctrines plus générales; il n'en est toutefois aucune qui ne se puisse fort exactement appliquer à celle-là; nous Talions voir tout à l'heure.
Pour Nicolas de Cues1, l'intelligence humaine est formée par l'union de deux éléments, l'un d'essence supérieure et spirituelle, qu'il nomme Y intellect, l'autre d'essence inférieure et participant du corps, qu'il nomme le sens; de leur union naît la raison, qui participe à la fois de l'intellect et du sens.
Le sens dépend du temps et de l'espace; l'intellect au contraire est indépendant du temps et de l'espace; il plane dans une région plus élevée, où il voit.
N'est-ce pas ce fondement essentiel de la doctrine de l'Evêque de Brixen que Léonard de Vinci entend exprimer lorsqu'il écrit2 :
« Les sens sont terrestres ; la raison se tient en dehors des sens lorsqu'elle contemple » ?
Cette connaissance contemplative n'est pas la connaissance naturelle à l'homme ; la raison humaine participe à la fois du sens et de l'intellect; aussi point de connaissance qui ne soit venue à la raison à partir du sens (nihil est in intellectu quod non prius Juerit in sensu); point de connaissance, non plus, où l'intellect ne prenne part. Cette doctrine de Nicolas de
i. Vide supra, III, L.