Nicolai de Cusa De conjecturis liber II, cap. \IY
Au livre III des dialogues de l'Idiot1, Nicolas de Cues décrit le procédé par lequel la sensation se produit en nous ; il y rapproche le goût de l'odorat et admet que celui-là, comme celui-ci, peut se produire à distance :
« De même que l'ouïe se produit au sein d'un air très subtil, l'odorat se produit au sein d'un air épais, ou mieux d'un air chargé de fumées; cet air pénètre dans les narines; sa nature fumeuse retarde l'esprit, afin d'exciter l'âme à saisir l'odeur de ses fumées. Si le même air pénètre au contact des parois humides et spongieuses du palais, il retarde l'esprit et excite l'âme à goûter... »
N'est-ce pas chez les animaux qui suivent leur proie à la piste et la dégustent d'avance par l'odorat que cette assimilation se trouve surtout justifiée? Et ce passage de Nicolas de Cues n'appelle-t-il pas tout aussitôt la remarque de Léonard : « L'odorat mène avec soi le goût chez le chien et les autres animaux pourvus de gueule » ?
Ajoutons que Léonard partage en toutes choses les opinions, la plupart du temps fort justes, que Nicolas de Cues a émises touchant le mécanisme de la perception; témoin ce fragment2, où la pensée du grand peintre s'exprime à peu près comme s'est exprimé l'Évêque de Brixen dans le passage que nous venons de citer :
(( Les sens ne reçoivent pas la ressemblance des choses au moyen d'une certaine vertu qu'ils projetteraient hors d'euxmêmes, mais bien par l'intermédiaire de l'air; celui-ci, qui se trouve entre l'objet et le sens, incorpore les espèces émises par les choses et, par le contact qu'il a avec le sens, il lui apporte ces espèces. S'il faut, pour qu'il y ait odeur ou son, que les objets envoient leurs puissances spirituelles à l'oreille ou au nez, comment ne serait-ce pas nécessaire lorsqu'il s'agit de la lumière?... »
Nous voyons par cet exemple que la lecture des œuvres de Nicolas de Cues permet d'interpréter telle pensée obscure de