Nicolai de Cusa Idiotœ liber III : De mente; cap. VIII
■>.. Léonard de Vinci, Codice Atlantico, fol. 89 a. — Cf.: .T. P. Richter, The literary H orks of Leonardo da Vinci, Londres, 1 883 ; t. II, 5 834.
Léonard, de justifier tel rapprochement d'aspect incohérent; elle permet aussi de restituer leur sens véritable et complet à des passages qui, pris en eux-mêmes, sembleraient réflexions sans importance, voire même plaisanteries de goût douteux.
De ce nombre est le passage suivant, que nous reproduisons tel que Léonard l'a écrit1 :
« Demetrio solea dire, non essere diferentia. dalle parole e voce dellinperiti ignioranti chessia da soni e strepidi. causati dal ventre ripieno di superfluo vento. »
« Ecquesto non senza cagion dicea imper ochellui non reputava. esser diferentia da quai parte costoro mandassino. fuora la voce o dalle parte inferiori o dalla bocha chelluna ellaltra era di pari valimento. e substantia. »
Qu'est-ce là? Une grossière boutade, singulièrement déplacée en ce cahier dont toutes les notes, hors celle-là, ont trait aux sujets les plus relevés? Nous le pourrions croire si nous ne recourions à Nicolas de Cues.
En son Dialogue sur la Genèse2, Nicolas de Cues veut expliquer quels sont les trois degrés qu'il établit en la connaissance humaine : La connaissance sensible, la connaissance rationnelle, la connaissance intellectuelle ; voici l'ingénieuse comparaison qu'il développe :
a La parole que le maître prononce implique elle même trois ordres distincts. »
« Tout d'abord cette parole est sensible. Elle peut être recueillie par le simple organe de l'ouïe, par des gens qui ignorent absolument le sens des mots dont elle se compose. C'est là la manière bestiale de la recevoir. Toutes les bêtes, en effet, sont en cela semblables à l'homme qui ignore le sens des mots; elles entendent seulement des sons articulés. »
u Après cela vient la parole rationnelle, celle qu'entendent les hommes instruits du sens des mots. La raison seule comprend le sens des mots, en sorte que la parole rationnelle du maître est entendue par les hommes, et non par les bêtes. »
« Mais il peut arriver qu'un grammairien entende le dis-
i. Léonard de Vinci, Codice Trivulzio, folio 16. verso, a, \ieolai de Cusa Dialogus de Genesi
cours du maître et ne saisisse pas la pensée même de ce maître, si celui-ci, par son discours, s'efforce d'expliquer une idée mathématique ou théologique. Vous voyez donc que la parole du maître est encore rationnelle, mais d'un ordre supérieur. » C'est Tordre intellectuel.
Comprend-on maintenant le sens profond de la pensée de Léonard? IN 'est-elle pas une comparaison, brutale assurément, mais bien capable de mettre en lumière ce qu'il faut entendre par la parole purement sensible ?