‹ Études sur Léonard de Vinci (volume 2)Chapitre 39 sur 126 · Nicolai de Cusa De ludo globi liber primus · texte numérisé non relu

Nicolai de Cusa De ludo globi liber primus

circonscrite en un certain lieu, de telle sorte qu'elle n'est nulle part ailleurs qu'en ce lieu; mais elle n'occupe aucun lieu, car elle est esprit; sa présence n'a pas pour effet d'écarter l'air qui entoure le corps; elle ne prend pas un certain espace, de telle sorte que le même volume contienne, du corps, une part moindre que par le passé. »

« Jean. — Cette comparaison me plaît fort, qui assimile le globe au corps et le mouvement du globe à l'âme. L'homme fabrique le globe; il crée aussi le mouvement qu'il lui imprime au moyen de Y impelas; et ce mouvement, comme notre âme même, est invisible, indivisible; il n'occupe aucun lieu... »

La forza diffère de l'âme en un point essentiel; l'âme est immortelle parce que naturelle ; la forza est essentiellement périssable; elle tend spontanément à sa destruction; en effet, son action consiste à produire le mouvement violent et la forza s'épuise par cette production même : « Le mouvement naît de la mort de la forza l . »

« Si la chose qui meut une autre chose est la forza2, cette forza accompagne la chose mue par elle, et elle la meut de telle sorte qu'elle se consume elle-même. »

Si la forza s'épuise et se corrompt par son acte même, c'est qu'elle est contraire à la nature ; c'est que son rôle consiste à lutter contre le mouvement naturel alors que, nous Talions voir, elle est engendrée par ce même mouvement naturel; elle lutte donc contre sa propre cause; elle est donc « de peu de vie, parce que toujours elle désire vaincre sa cause et, celle-là vaincue, se tue. »

Wous venons de parler de la cause de la forza; comment la forza est-elle engendrée? « Cette forza peut naître de deux différents mouvements3. » De ces deux mouvements, Léonard désigne souvent le premier par le nom d'opulence (divizia) et le second par le nom de disetle (careslla). Voici comment ils sont caractérisés 4 :

« Et d'abord la forza peut venir par l'accroissement subit

i. Léonard de Vinci, loc. cit., fol. 3/j, verso, a. Léonard de Vinci, loc. cit., fol. ai, verso. 3. Léonard de Vinci, loc. cit., fol. 34, verso. h. Léonard de Vinci, ibid.

d'un corps rare dans un corps dense, comme la multiplication du feu dans la bombarde. Ce feu, ne se trouvant pas dans un vide qui reçoive son accroissement, court avec furie dans un lieu plus ample, en expulsant tout ce qui s'oppose à son désir... »

« En second lieu, vient ce qui se crée dans les corps plies et tordus contre leur nature, comme l'arbalète ou autres machines semblables, qui ne se laissent pas volontiers ployer et qui, quand elles sont chargées, désirent se redresser et expulsent avec fureur, aussitôt que la liberté de le faire leur est donnée, la chose qui s'opposait à leur course. »

A ces deux manières d'engendrer la forza, il conviendrait d'en joindre une troisième : « Souvent la forza1 engendre ellemême, moyennant le mouvement, une nouvelle forza. »

C'est ce qui arrive dans le choc, par exemple : « Si la chose frappée est semblable à celle qui frappe 2, elle en reçoit coup, poids [c'est-à-dire gravité accidentelle, forza] et mouvement; elle s'enfuit de sa place en y laissant celle qui l'a frappée privée en tout de toute sa puissance. »

La forza peut donc naître ainsi dans un choc, qui n'est luimême que la destruction du mouvement violent produit par une autre forza : « Le coup3 est le terme du mouvement causé par la forza et opéré par des corps sur des objets résistants. » « Le coup h naît dans la mort du mouvement et le mouvement naît de la mort de la forza. »

De quelque manière que naisse la forza, elle est engendrée par un mouvement : « La forza** est causée par le mouvement et infuse dans le corps pesant; et pareillement le coup est causé par le mouvement infus dans le corps pesant. — ha forza est cause du mouvement et le mouvement est cause de la forza. Le mouvement infuse la forza et le coup dans le poids, moyennant l'objet. »

Parmi ces mouvements qui engendrent la forza, considérons

Page 1