‹ Études sur Léonard de Vinci (volume 2)Chapitre 40 sur 126 · Léonard de Vinci, ibid · texte numérisé non relu

Léonard de Vinci, ibid

23o ÉTUDES SUR LEONARD DE VINCI

particulièrement le second, celui que Léonard nomme le mouvement de disette.

Ce mouvement est celui d'un corps qui, placé par contrainte dans un état opposé à sa nature, et redevenu libre, retourne à cette nature; c'est le mouvement que les Péripatéticiens nomment naturel; pour Nicolas de Gués, répétant l'enseignement d'Aristote et de toute l'École, ce mouvement fait passer la matière de la forme imparfaite qui lui avait été artificiellement imposée aune forme plus parfaite; «la matière, » disait Nicolas de Cues1, « étant apte à recevoir cette forme, éprouve une sorte d'appétit à l'acquérir, de même que ce qui est mauvais désire ce qui est bon, que ce qui est privé d'une chose à laquelle il est accoutumé souhaite cette chose. » Le mouvement naturel est bien le mouvement de disette dont parle le Vinci.

Le type de ces mouvements naturels est la chute d'un poids. Selon Aristote, le poids, tiré hors du lieu naturel où sa forme atteint sa perfection, tend à retourner à ce lieu. Selon les Pythagoriciens, auxquels Aristote oppose sa doctrine, le grave terrestre, détaché de l'astre auquel il appartient, tend à revenir à son tout et à en reconstituer l'intégrité. C'est à cette dernière doctrine que Léonard semble parfois donner la préférence : « Toute partie, » dit-il2, « a une tendance à se réunir à son tout pour échapper à son imperfection. » En tout cas, le mouvement naturel causé par le poids s'oppose au mouvement violent engendré par l&forza.

Cette opposition, Léonard la marque avec netteté dans ce fragment3, dont toutes les propositions trouvent leur explication dans les remarques précédentes :

« Tout poids désire descendre au centre par la voie la plus courte; et où il y a plus de pesanteur, il y a un plus grand désir, et la chose qui pèse le plus, laissée libre, tombe le plus vite... Mais le poids passe par nature dans tout son sup-

i. Nicolai de Cusa De docta ignorantia liber II, cap. X.

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