‹ Études sur Léonard de Vinci (volume 2)Chapitre 41 sur 126 · Léonard de Vinci, Codice Atlantico, fol. 69, recto · texte numérisé non relu

Léonard de Vinci, Codice Atlantico, fol. 69, recto

3. Les manuscrits de Léonard de Vinci, ms. A de la Bibliothèque de l'Institut, fol. 35, recto.

port; et ainsi, pénétrant de support en support, il pèse et alourdit en passant de corps en corps jusqu'à ce qu'il satisfasse son désir. La nécessité l'attire et l'opulence le chasse. Il est tout dans toute son opposition perpendiculaire et tout dans chacun de ses degrés... Dans son office de presser et alourdir, il est semblable à la forza. Le poids est vaincu par la forza comme la forza par le poids. On peut voir le poids sans la forza, mais on ne voit pas la forza sans le poids. Si le poids n'a pas de voisin, il en cherche un avec furie; la forza le chasse avec furie. Si le poids désire une position immuable, la forza la fuit volontiers. Si le poids désire la stabilité et si la forza est toujours en désir de fuite, le poids est par lui-même sans fatigue, tandis que la forza n'en est jamais exempte. Plus le poids tombe, et plus il augmente, et plus la forza tombe, plus elle diminue. Si l'un est éternel, l'autre est mortelle. Le poids est naturel et la forza accidentelle. Le poids désire stabilité, et puis immobilité; la forza désire fuite et mort d'ellemême. Le poids, la forza et le coup se ressemblent entre eux dans la pression qu'ils exercent. »

Au peu de durée de la forza, Léonard se plaît à opposer l'éternité du poids ; au premier abord, il semble que le poids, lui aussi, n'ait qu'une existence éphémère; le grave, tiré hors de son lieu naturel et abandonné à lui-même, tombe; mais sa chute s'arrête bientôt, car il rencontre le sol ou un support; que l'on ne croie pas, cependant, que le poids de ce grave a été détruit au moment où le mouvement s'est arrêté; le poids demeure indestructible, mais ne pouvant plus produire de mouvement, il produit une pression sur les obstacles qui le supportent et s'opposent à ce mouvement. Tel est l'enseignement formel d'Albert de Saxe1. Cet enseignement, Léonard le médite sans cesse, en ce cahier A où il fonde la théorie de la résistance des matériaux; et, en même temps, il en mêle l'idée essentielle avec d'autres idées empruntées à Nicolas de Gués, afin d'en composer sa Métaphysique du mouvement.

i. Alberti de Saxonia Quœstiones in libros de Cœlo et Mundo; libri I quaestio X et libri III quaestio III. Cf. : Albert de Saxe et Léonard de Vinci, II (Études sur Léonard de Vinci, première série, p. 16).

Nous la retrouvons, cette idée, dans le passage suivant1 :

g Le poids presse toujours son soutien ; il pénètre et passe, par nature, des supports à leurs bases; il est tout dans tout le support, tout dans toute la base de ce support, et tout dans tout le soutien de la base; il pénètre de support en support jusqu'au centre du Monde. »

« Le poids presse toujours son soutien; la forza vient à manquer dans le corps même où elle naît; le mouvement s'affaiblit et se consume dans sa course; le coup meurt aussitôt qu'il naît. »

A l'éternité du poids s'oppose la durée éphémère de la forza; mais la forza n'est pas la seule puissance mortelle; le mouvement violent qu'elle engendre est, lui aussi, de courte durée; et de durée plus courte encore est le choc, que produit le mouvement violent. En revanche, si chacune de ces puissances est de plus courte vie que celle dont elle dérive, elle est aussi de plus énergique violence.

Cette gradation des diverses puissances est une des pensées auxquelles Léonard revient le plus volontiers :

« La violence, » dit-il2, « se compose de quatre choses, c'est-à-dire de poids, forza, mouvement et coup. Et quelquesuns disent que la forza est composée de trois puissances, c'est-à-dire forza, mouvement et coup. Et celle qui est la plus puissante est celle qui a le moins de vie, c'est-à-dire le coup; la seconde est la forza; la troisième pour la faiblesse serait le mouvement3; et si l'on acceptait le poids dans ce compte, il est plus faible et plus éternel qu'aucune des autres susdites. »

uLe coup4 est le terme du mouvement rapide, causé par la forza et engendré par les corps sur les objets résistants; de lui dérivent les sons, de lui les ruptures, et aucune chose n'est de plus prompte action ni de plus grande puissance ; ses

i. Les manuscrits de Léonard de Vinci, ms. A. de la Bibliothèque de l'Institut, fol. 35, verso.

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