‹ Études sur Léonard de Vinci (volume 2)Chapitre 43 sur 126 · Léonard de Vinci, loc. cit., fol. 3o, recto · texte numérisé non relu

Léonard de Vinci, loc. cit., fol. 3o, recto

3. Rappelons que Léonard, comme tous ses contemporains, désigne par poids accidentel la même chose que ce qu'il nomme impeto ou forza. — Cf. Léonard de Vinci cl Bernardino Baldi, IV (Éludes sur Léonard de Vinci, première série, p. n4).

La forza donc, et le mouvement violent qu'elle engendre, et le coup en lequel s'épuise ce mouvement violent ne sont, en dernière analyse, que les transformations successives du mouvement naturel du poids :

«Le poids », qui éternellement opère dans la pression qu'il exerce, est de moindre puissance que les trois autres passions qui sont encore lui fche sono lui), c'est-à-dire la forza, le mouvement et le coup. La seconde chose, de seconde permanence, est la forza, plus puissante que le poids, et son office dure moins. La troisième permanence est le mouvement, qui est de plus grande puissance que la forza et est dérivé par génération (degieneralo) de cette même forza. La quatrième chose, de moindre permanence, est le coup, lequel est fils du mouvement et petit-fils de la forza; et tous naissent du poids.»

Sous ces énoncés que l'imagination de l'artiste revêt d'une forme poétique, mais qui n'ont pu atteindre encore la précision du langage mathématique, n'entrevoit- on pas, selon une remarque déjà faite, la première ébauche de ce qui sera le principe de la conservation de l'énergie ?

Si grandioses et si féconds qu'ils nous paraissent, ces énoncés n'épuisent pas encore la richesse des pensées de Léonard.

a La gravité 2, la forza, le mouvement et le coup sont les quatre puissances en lesquelles toutes les œuvres visibles des mortels trouvent leur existence et leur mort. » De ces quatre puissances, le poids, par son mouvement naturel, engendre les trois autres. N'y a-t-il pas lieu de remonter plus haut encore et de chercher comment le poids lui même est engendré?

Un grave, selon l'enseignement d'Albert de Saxe3, n'a pas de pesanteur actuelle lorsqu'il se trouve en son lieu naturel ; pour qu'il acquière une pesanteur actuelle, capable de se manifester par sa chute, s'il est libre, ou par la pression qu'il exerce sur son support, s'il est empêché, il faut qu'il ait été tiré

i. Léonard de Vinci, loc. cit., fol. 35, verso.

2. Léonard de Vinci, vas. IP de la Forster Library, South Kensington Muséum, Londres, fol. 43, recto. — J. P. Richter, Op. cit., t. il, § 1137. — G. Séailles, Op. cit., p. 3i9.

3. Albert de Saxe et Léonard de Vinci, II (Études sur Léonard de Vinci, première série, p. 16).

hors de son lieu naturel, il faut qu'il ait subi une violence; le mouvement naturel a donc pour antécédent nécessaire le mouvement violent.

Léonard fait sienne cette doctrine : « Le mouvement naturel, » dit-il i, «a d'abord été accidentel; ainsi la pierre qui tombe a d'abord été portée ou jetée en haut; on l'a appelé accidentel quand il montait et naturel quand il descendait. »

Si donc toute forza provient d'un mouvement naturel déterminé par une pesanteur actuelle, toute pesanteur actuelle, à son tour, présuppose un mouvement violent produit par une forza. Où placerons-nous, dès lors, l'origine de toute puissance mécanique? Où prendrons -nous un point de départ en cette chaîne où toute forza dérive d'une pesanteur actuelle et où toute pesanteur actuelle dérive d'une forza? La série des actions motrices ne peut sans absurdité être prolongée à l'infini. Il faut, de toute nécessité, que nous posions un premier mouvement naturel, engendré par une première pesanteur actuelle, et à l'origine de cette première pesanteur actuelle, un premier mouvement violent, dû à une première forza. Cette forza elle-même n'a pu naître que d'un mouvement matériel; mais ce mouvement premier, d'où provient-il lui-même? Il n'est pas spontané, car « aucune chose insensible ne pourra se mouvoir par elle-même »2. Il ne peut provenir ni de pesanteur ni de forza; et cependant la pesanteur et la forza sont les deux seuls moteurs qui se trouvent en la matière inanimée : « Aucune chose sans vie3 ne peut pousser ou tirer sans accompagner la chose poussée; ces moteurs ne peuvent être que forza ou pesanteur. » Il faut donc que ce premier mouvement physique ait été produit, sans pesanteur m forza, en un corps vivant; il faut qu'il ait été produit par la détermination d'une volonté, c'est-à-dire par un mouvement purement intellectuel. La première pesanteur actuelle est celle d'une pierre qui avait été jetée en haut, la première forza celle qui a enlevé celte

i. Les manuscrits de Léonard de Vinci, ms. A de la Bibliothèque de l'Institut, fol. 3i, recto.

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