Léonard de Vinci, loc. cit., fol. 21, verso
pierre hors de sa nature ; le mouvement physique qui a infusé cette forza dans la pierre était le mouvement d'une main, et cette main était mue par la volonté d'un homme : « La forza l est engendrée par la disette ou par l'opulence; elle est fille du mouvement matériel, petite -fille du mouvement spirituel et mère et origine du poids. »
De même que la forza, puissance spirituelle de peu de durée, sorte d'âme mortelle, peut être engendrée par une autre forza, grâce à l'intermédiaire du mouvement violent que celle-ci a produit; de même, la première forza qu'il nous faut mettre à l'origine de tout mouvement physique naît d'une âme immortelle par l'intermédiaire du mouvement volontaire d'un corps vivant.
Cette doctrine inspire la pensée suivante 2; la première partie de cette pensée reproduit presque textuellement un passage que Léonard a déjà écrit ailleurs et que nous avons cité il y a un instant :
« La. forza, le mouvement matériel, le poids et la percussion sont les quatre puissances accidentelles par lesquelles toutes les œuvres des mortels ont leur existence et leur mort. »
« La forza tire son origine du mouvement spirituel ; ce mouvement spirituel, coulant par les membres des animaux sensibles, gonfle leurs muscles; ces muscles, en se gonflant, se raccourcissent et tirent les tendons auxquels ils sont joints, et de ces tendons, la forza est causée au sein des membres humains. »
Par cette conclusion, l'analyse philosophique du mouvement, si profondément poussée par Léonard de Vinci, retrouve l'un des principes fondamentaux de la Métaphysique de Nicolas de Gués : tout mouvement procède de l'esprit. La voie même par laquelle elle est ramenée à ce principe lui a été tracée par l'Évêque de Brixen :
« Un grand nombre d'objets, » disait celui-ci3, « participent
i. Léonard de Vinci, ms.Arundel 260 de la Bibliothèque du British Muséum, fol. i5i , recto. — J. P. Richter, Op. cit., t. II, S 85g. — G. Séailles, Op. cit., p. 320.
2. Léonard de Vinci, ms.Arundel 2<}3 de la Bibliothèque du British Muséum, fol. i5i,a. — J. P. Richter, Op. cit., t. II, § 85g.