F. de Mély, Op. cit , p. 18G
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place au doute; pour formuler notre conclusion, il n'est pas besoin d'attendre un second rapprochement du même genre que nous aurons occasion de faire plus loin; le texte édité par M. de Mély fait assurément partie de l'ouvrage qu'Albert le Grand déclarait être d'Avicenne.
Roger Bacon attribue au chapitre en question une origine différente de celle que lui donne Albert le Grand. En ses Communia naturalium l, après un passage où il a cité, à propos des principes de l'Alchimie, les noms d'Aristote et d'Averroès, il poursuit en ces termes : « Silence aux sots qui abusent de l'autorité du passage qu'ils trouvent à la fin de la première traduction des Météores, bien que ce qu'ils soutiennent soit la vérité. Ils disent qu'il est écrit en cet endroit : « Sciant arti- » fices Alkimise species rerum transmutari non posse, » et ils donnent cette phrase comme si elle était parole d'Aristote. Mais rien n'est de lui, à partir du commencement de ce chapitre : « Terra pura lapis non fit; » tout cela a été ajouté par Alveredo. »
Au cours du Moyen-Age, le petit traité sur la formation des pierres continua d'être attribué tantôt à Aristote et tantôt à Avicenne.
Un certain dominicain, du nom de Frère Thomas, chapelain de Robert, fils de Charles II d'Anjou, roi de Naples, a composé un traité De essentiis essentiarum 2 . Les manuscrits, et même les éditions imprimées, ont parfois attribué cet opuscule à saint Thomas d'Aquin. La méprise était grossière. L'écrit de Frère Thomas débute par cette dédicace :
« Magnifico Principi ac Illustrissimo Domino suo Roberto primogenito Régis Hierusalem et Siciliae, Dei gratia Duci Calabriae ac in Regno Siciliae Yicario generali, frater Thomas de ordine Praedicatorum, ejus capellanus, ejusque factura, reverentiam omni humilis devotionis obsequio. »
i. Fratris Rogeri Bacon Communia naturalium, Pars prima, dist. I, cap. II: De numéro et ordine scientiarum naturalium. (Bibliothèque Mazarine, M s. n° 3076, i'oll. 2 et 3.) — Cf. : Emile Charles, Roger Bacon, sa vie, ses ouvrages, ses doctrines: Paris, 1861, p. 372.
2. Nous le citons d'après l'exemplaire manuscrit que l'on trouve, du loi. i5g r" au loi. kj4 r°, dans le manuscrit : Lat., nouv. acq., n* 1715 de la Bibliothèque Nationale.
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Quétif et Échard ont discuté cette dédicace ■ ; ils ont montré qu'elle ne pouvait avoir été écrite avant l'an 1296.
N'eût-on pas cet argument chronologique indiscutable, comment oserait-on attribuer à saint Thomas un écrit dont l'auteur affirme avoir vu un livre d'Alchimie editus par Abel qui fut victime de Gain !
Le très naïf Frère Thomas est grand admirateur de Roger Bacon; il le nomme : « Vir utique sapientissimus in scientiis, atque promptissimus ; » il cite de lui les traités De injluentiis, De speculis comburenlibus, De loco, De sensu.
Frère Thomas s'occupe de la nature des minéraux; étudiant la matière des pierres, il écrit 2 : « La matière de la pierre est l'eau, plus ou moins mélangée d'une substance terrestre, selon la pureté de la pierre; cela est conforme à ce que dit Aristote à la fin du livre des Météores (d'autres disent que ce chapitre est d'Avicenne) : Terra pura lapis non fit. »
A l'époque de la Renaissance et dans les temps modernes, le texte en question a continué d'être pris soit pour un écrit d' Aristote, soit pour un traité d'Avicenne.
Au xvc siècle, Alessandro Achillini le regarde comme un traité De mineralibus qu'il donne pour œuvre d'Aristote3. Au xvne siècle Manget l'attribue à Avicenne et le publie dans sa Bibliotheca chimica; il est imprimé également comme d'Avicenne dans le Gebri régis Arabum opéra.
De nos jours, M. de Mély a pensé retrouver dans ce texte un fragment d'un écrit d'Aristote. Sans doute, il ne pouvait être question de regarder ce traité comme une œuvre authentique et non remaniée du Stagirite : on y rapporte ce que les Arabes pensaient du fer au moyen duquel les Allemands fabriquaient leurs épées. Tout ce qui porte la trace manifeste de l'influence arabe, tout ce qui se montre pénétré d'Alchimie,
1. Quétif et Échard, Scriptores ordinis Prœdicatorum, t. I, p. 344, col. b, et p. 345, col. a (art. S. Thomas ab Aquino).
2. Tractatus fratris Thomœ de essentiis essentiarum. Tractatus sextus : De mineris. Gap : De matcria lapidis. Ms. cit., fol. 174, r°.
3. Aristotelis, philosophorum maximi, Secretum secretorum ad Alexandrum... Ejusdem De mineralibus... Alexandri Achillini De universalibus... Bononiœ, per Benedictum Hectorem, anno Domini i5oi, die 26 Octobris.
Aristotelis Sécréta secretorum... Ejusdem Aristotelis De mineralibus... Alexandri Achillini De universalibus... Lugduni, per A. Blanchard, 1628.
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M. de Mély le regarde comme glose et le retranche. Ce qui reste, une fois ces retranchements opérés, lui paraît digne d'Aristote et lui semble représenter un fragment d'un traité des minéraux composé par le Stagirite.
On peut, croyons-nous, objecter à M. de Mély que les retranchements qu'il propose sont bien étendus et, surtout, bien arbitraires. Il est tel de ces passages retranchés qui se soude fort bien au contexte; s'il est regardé comme glose, c'est uniquement parce qu'il ne saurait être d'Aristote et que l'on convient d'avance d'attribuer le traité au Stagirite.
Encore est-il que les retranchements pratiqués par M. de Mély semblent insuffisants si l'on admet le principe en vertu duquel ils ont été opérés. Est-il vraisemblable, par exemple, que le passage que voici ait été écrit par Aristote? « Alumen autem et sal armoniacum sunt de génère salis, quia pars ignis in sale armoniaco major est quam terra, unde et totum sublimatur, et ipsum est aqua, cui admiscetur fumus, nimium subtilis, multae igneitatis, coagulatum ex siccitate. » Ce passage conservé par M. de Mély, ne renferme-t-il pas à lui seul autant de connaissances alchimiques que tous les passages regardés comme gloses?
Sans doute, les idées sur la génération des minéraux que renferme le texte en question se rattachent aisément aux principes posés par Aristote, au troisième livre des Météores; sans doute, encore, on y trouve un mot que les divers éditeurs ont orthographié optesis> ephtesis, eptesis et qui paraît être un mot grec, le mot I^y;<tiç continuellement employé aux MsTctopoAsYtxa; mais ces remarques prouvent seulement que l'auteur du traité a subi l'influence des écrits aristotéliciens; cette conclusion ne saurait embarrasser ceux qui veulent identifier cet auteur avec Avicenne.
La méthode suivie par M. de Mély conduirait tout aussi bien à attribuer à Aristote le Liber de proprietatibus elementorum et maint autre écrit que tout le monde s'accorde à regarder comme d'origine arabe.
Nous admettrons donc que le traité dont Albert le Grand a fait usage était un traité arabe; rien n'empêche de l'attribuer
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à Avicenne, selon l'exemple donné par l'évêque de Ratisbonne, ou à Alveredo, comme le voulait Roger Bacon.
Or le Traité des minéraux d'Avicenne renferme deux passages qui ont, pour l'histoire de la Géologie, une extrême importance.
Voici le premier de ces passages * ; il concerne la pétrification des animaux et des plantes :
« Les pierres peuvent donc se former, à partir d'une boue visqueuse, par la chaleur du soleil, ou bien à partir de l'eau que coagule une vertu sèche et terrestre ou une cause de chaleur et de sécheresse. De même certains végétaux et certains animaux peuvent être convertis en pierre par une certaine vertu minérale et pétrifiante (virtute quadam minerait lapidificativa) qui se rencontre dans les lieux pierreux... Ce changement de nature des corps animaux ou végétaux est fort analogue à la pétrification des eaux. Il est impossible, en effet, qu'un corps complexe se convertisse en bloc et d'un seul coup en un élément unique, mais les mixtes se peuvent changer l'un en l'autre et passer graduellement à l'élément dominant. »
Le second passage2, plus important encore, forme comme un dernier chapitre qui a pour titre : De causa montium. Le voici :
« Parfois les monts sont produits par une cause essentielle; c'est ce qui a lieu lorsqu'un violent tremblement de terre soulève le sol et engendre une montagne. Parfois, au contraire, ils sont produits accidentellement; ainsi en est- il lorsque le vent ou le cours des eaux creuse profondément le sol; auprès de l'excavation ainsi creusée subsiste une éminence élevée; c'est là la principale cause de la formation des montagnes. Il y a, en effet, des terres qui sont molles et d'autres qui sont dures; les vents et les cours d'eau enlèvent les terres molles tandis que les terres dures subsistent et forment éminence. Les montagnes peuvent aussi être engendrées comme le sont les pierres ; un cours d'eau amène en un certain lieu un dépôt vaseux et visqueux qui, à la longue, se dessèche et se trans-
i. F. de Mély, Op. cit., p. 187.