‹ Études sur Léonard de Vinci (volume 2)Chapitre 83 sur 126 · Grégoire de Rimini, loc. cit., fol. i3, col. a · texte numérisé non relu

Grégoire de Rimini, loc. cit., fol. i3, col. a

c'est contre lui que les partisans du seul infini syncatégorique, tels que Jean Buridan et Albert de Saxe, aiguiseront leurs plus subtiles répliques. Grégoire de Rimini en est-il l'inventeur? Nous l'ignorons. Du moins voyons -nous qu'il en use à plusieurs reprises et qu'il l'applique aux infinis les plus variés de nature. Tantôt il montre l comment Dieu peut, de la sorte, réaliser un rectangle de base invariable et de hauteur catégoriquement infinie. Tantôt il prouve 2 que Dieu peut créer in facto une charité infinie; car il admet, avec Guillaume d'OckamS, que toute forme susceptible d'intensités différentes, que la charité aussi bien que la chaleur, atteint ses divers degrés par addition les unes aux autres de parties de même nature.

Ces exemples, où nous voyons Dieu donner à un infini une existence actuelle, ne servent pas seulement à convaincre d'erreur l'opinion selon laquelle l'infini est, par essence, quelque chose d'incomplet, un mélange d'acte de puissance; ils mettent encore à nu la cause de cette erreur.

« Lorsqu'on dit ^ : L'infini est une chose dont le parcours ne peut jamais être consommé, je réponds : Il faut comprendre qu'il en est ainsi si les parties infiniment nombreuses de cette chose sont acquises en des durées égales entre elles; si, par exemple, chacune des parties de cet infini est acquise au bout d'une heure, ou bien d'un moment, ou bien d'une certaine autre quantité de temps bien déterminée. Dans ce cas, en effet, il faudrait que ce temps eût une infinité de parties égales entre elles et, par conséquent, qu'il fut infini. Gomme, d'ailleurs, il est impossible qu'un temps infini dont la première partie est donnée devienne temps passé, un infini ne saurait être, par ce moyen, consommé en totalité ou franchi complètement. Mais cela suppose qu'il existe, en cet infini, une première partie franchie ou acquise...

» Si l'on fait attention à cette remarque, on voit que cette impossibilité cesserait dès là que l'on ne donnerait ni première partie de la durée, ni première partie de l'infini. » Et c'est ce qu'Aristote lui-même est obligé de concéder, comme Jean de Bassols en avait fait la remarque ; si le Monde a existé de toute éternité, une infinité d'hommes ont vécu jusqu'à ce jour et le Ciel a effectué une infinité de révolutions.

*« On dits : L'infini est une chose telle que lorsqu'on en a pris une partie quelconque, il reste encore et toujours une partie à prendre; je

1. Gregorius de Arimino In primo Sententiarum, Distt. X.LII, XLIII, XLIV, quaest. IV, art. II, fol. i55, col. c.

a. Grégoire de Rimini, loc. cit., fol. i55, col. b.

3. Magistri Guilhelmi de Ockam Super quatuor Sententiarum libros annotationes ; Lib. I, dist. XVII, quaest. VII : Utrum in augmentatione charitatis illud quod additur sitejusdem speciei specialissimae cum charitate praecedente separata ab ea.

k. Grégoire de Rimini, loc. cit., fol. 167, col. a.

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