‹ Études sur Léonard de Vinci (volume 3)Chapitre 14 sur 81 · Bcrnardino Baldi, loc. cit., p. i8i · texte numérisé non relu

Bcrnardino Baldi, loc. cit., p. i8i

Fio. G.

122 ETUDES SI H FJONARD DE TTXCI

quoi la partie la plus lourde d'un corps se tourne-t-elle en bas lorsque le corps tombe, et en avant lorsqu'il est projeté? »

Imaginons une balle hétérogène dont le centre de gravité ne coïncide pas avec le centre de figure; laissons-la tomber en plaçant en liant la partie la plus lourde. Dans sa cliute, la balle pirouettera de telle sorte que la partie la plus lourde devienne la plus basse.

Un effet semblable se produira si on lance la balle latéralement; celle-ci s'orientera de telle manière que la partie qui marche en avant soit celle qui contient le centre de la gravité ex violentidy lequel coïncide précisément avec le centre de gravité naturelle.

Or, dans celle exposition, nous reconnaissons certaines opinions chères à Léonard. D'une pari, en effet, en maint passage de ses notes, Léonard répète cet adage : « Quand un corps tombe, la partie la plus lourde se fait guide de sa chute.» D'autre part, nous lisons dans ses manuscrils': (( Ce qui est le plus loin de celui qui le cause, est ce qui est le plus pesant, attendu que c'est la partie du boulet qui va devant, et qu'elle se trouve sur une ligne passant par l'endroit qui l'a poussé et par le centre du poids et de la fuite; et se trouvant ainsi également au milieu de ces deux puissances, elle en subit une égale action... »

Le centre de lafaife, dont il est ici question, est visiblement ce que Baldi nomme le centre de la violence; pour Léonard de Vinci comme pour Baldi, il coïncide avec le centre du poids ou centre de la gravité naturelle.

Nous pourrions multiplier ces rapprochements entre la Dynamique de Léonard et la Dynamique de Baldi; nous pourrions, en particulier, montrer comment ces deux auteuis analysent d'une manière toute semblable ' le rebondissement d'une balle qui a frappé un mur. Mais ce que nous avons dit suffit, pensons-nous, à prouver cette vérité : Les doctrines

I. Les monnscrits de Léonard do Vinci; ms. A de la Bibliothèque de rinstilul, fol. ^'i/i, recto; cl', fol. ^4, verso.

3. Les manuscrils de Léonard de Vinci; nis. F. de la Bil)liollièqiio de l'Inslitnt, fol. a.i, recto. — Bernardini Baldi //} ineclianica Aristotclis prohlemata c.mrilntiones. p. i83.

I,i:ONARD DE VINCI ET nEIlNARDINO BATJ)I I20

exposées au sujet du mouvement par Bernardino Baldi ont été tirées, en très grande partie, des notes de Léonard de Vinci.

Dans une prochaine étude, nous verrons quelle influence ont oxorcée sur la Dynamique actuelle ces théories du mouve ment empruntées par Baldi à Léonard.

Mais, dès maintenant, les études que nous avons poursuivies jusqu'ici autorisent une première conclusion : L'analyse des théorèmes de Villalpand, des Exerciialiones de Bernardino Baldi nous ont prouvé jusqu'à l'évidence que les intuitions scientifiques de Léonard de Vinci n'étaient nullement demeurées enfouies dans l'oubli jusqu'à l'époque où Venturi les exhuma; les géomètres du xvr siècle en eurent connaissance et, par de nombreux emprunts, trop semblables à des plagiats, ils les lancèrent dans la circulation générale des doctrines scienti fiques.

Déjà, la comparaison entre les écrits d'Albert de Saxo et ceux de Léonard nous avait montré que Léonard n'était nullement l'autodidacte que l'on s'est plu, bieu souvent, à voir en lui ; nous avions reconnu que ses intuitions, même les plus novatrices et les plus audacieuses, avaient été suggérées et guidées par la science du Moyen Age. Léonard ne nous apparaît donc plus comme un génie isolé dans le temps, sans lien avec le passé comme avec l'avenir, sans ancêtres intellectuels comme sans postérité scientifique; nous voyons sa pensée se nourrir des sucs de la science des siècles précédents pour féconder à son tour la science des siècles fulurs; maillon admirablement solide et brillant, il reprend sa place dans la chaîne de la tradition scienlifique.

Page 1