Cardan, loc. cit., p. ^18, verso
3. Hieronymi Cardani Mediolanensis, civisqne Bononiensis, philosophi, medici et mathematici clarissimi, Opus novum de proportionibus namerorum, motuuni, ponderum, sonorum, aliarumque rerum mensurendarum, non solum geometrico more stabilitum, sed etiam variis experimentis et obscrvationihus rernm in natara solerti demonstratione illustratum, ad multipliées usus accomodatum, et in V libros digestum; Basilea*, ex ofRcina Henricpelrina, Anno Salutis MDLXX, mense Martio: lib. V. prop. XXX.
atleigne sa plus grande violence. » C'est donc à l'action accélératrice de l'air ambiant que l'on doit attribuer ^ la vitesse croissante du mouvement naturel par lequel un grave tombe à terre; sur ce point, comme sur tant d'autres, Cardan se range à l'opinion de Léonard de Vinci.
Comme Léonard et Cardan, Tartaglia admet qu'un projectile accélère d'abord sa course et il attribue cette accélération à une action de l'air mis en branle. Cette action lui sert à répondre à une question^ posée par le Signor Gabriel Tadino di Martinengo, chevalier de Rhodes et prieur de Barletta : u Le Prieur : Si l'on tire une même pièce d'artillerie deux fois coup sur coup, avec une même hausse, vers un même but et avec deux charges égales, les deux tirs seront-ils égaux? — Tartaglia: Sans aucun doute, ils seront inégaux ; le second coup portera plus loin que le premier. — P. Pour quelle raison? — T. Pour deux raisons. La première est que, lors du premier tir, le boulet a trouvé l'air en repos, tandis que, lors du second tir, il le trouve non seulement tout ébranlé par le boulet lancé au premier tir, mais encore tendant fortement, courant au lieu vers lequel on tire. Or, il est plus facile de mouvoir et de pénétrer une chose déjà mue et pénétrée qu'une chose qui est en repos et en équilibre. Par conséquent, la balle tirée la seconde fois, rencontrant un moindre obstacle à son mouvement que la première, ira plus loin que celle-ci... »
Tartaglia empruntait peut-être ces raisonnements à quelqu'une des notes laissées par Léonard de Vinci; peut-être aussi les avait-il conçus en lisant le traité de Ponderibus écrit, au XTii'' siècle, par ce mécanicien de l'École de Jordanus que nous avons nommé le Précurseur de Léonard de Vinci. On peut le croire d'autant plus volontiers qu'au septième livre des Quesiti et inventioni diverse, Tartaglia a plagié l'œuvre statique de ce géomètre avec une impudence que Ferrari lui a durement
1. Cardan, Opus novum. de proportionibus, lib. V, prop. XXXI.
2. Qaesili et inventioni diverse di Nicole ïartaloa. Vineoia, Vont. Riiffinelli, ad instantiaetrequisitioneet a propria spsse de Nie. Tarlalca Briscianoautore; MDXLVF. // primo libro delli quesiti et inventioni diverse di JMcolo Tartaglia, sopra gli tiri dette artiglierie, et altri suoi varii accidenti. Libro primo. Quesito quarto. — Cf. Libro .sfirondo. Quesito primo.
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reprochée; on sait égalemenl que le traité de ce géomètre fut publié par Gurtius Trojanus, d'après un manuscrit que lui avait légué Tartaglia.
Autant et plus que Cardan, Bernardino Baldi s'est nourri de la pensée de Léonard de Vinci. Les notes de Léonard de Vinci ne sont cependant pas les seuls écrits dont il se soit inspiré; il en cite, qu'il a lus, et, parmi ceux-ci, il mentionne à plusieurs reprises le commentaire aux Questions mécaniques d'Aristote qui a été composé par Alexandre Piccolomini ^.
Or, en ce qui concerne la cause du mouvement des projectiles, Alexandie Piccolomini se montre disciple très exact d'Albert de Saxe; il attribue à un impetiis communiqué par le moteur non seulement l'entretien du mouvement du projectile après qu'il a quitté ce moteur, mais encore la chute accélérée produite par une gravité permanente.
Cette doctrine, Piccolomini l'expose, en même temps que toute sa théorie du mouvement violent, dans son XXXVIP chapitre, consacré à l'examen de la trente -deuxième question d'Aristote :
(( Il faut remarquer, » dit-il, «qu'il y a deux sortes de gravités ou pesanteurs: l'une qui a sa source dans la nature même du corps; l'autre, superficielle, que les Grecs nomment âriTrôXa'.av. Celle-ci n'est point autre chose qu'un certain impetus non permanent, qui peut ou bien s'acquérir dans le corps même, mû par sa propre tendance (qui vel acquirifnr in re ipsa ex suo natii mota), ou bien être imprimé par un moteur mouvant violemment.
ù En effet, lorsqu'une pieire tend vers le bas, elle devient sans cesse plus rapide, paice que sans cesse, par suite du mouvement, elle acquiert une plus grande pesanteur (j'entends parler de la pesanteur superficielle)... »
Baldi, qui cite avec éloge ^ le passage oii Alexandre Piccolomini a exposé ses idées au sujet de la Dynamique, admet toutes ces idées. Il admet -^ qu'a en un grave qui tombe, il y a deux
1. Alexandri Piccolominei In mechanicas qnrestlones Aristotelis paraphrasis paulo quidem plenior, ad Nicolaum Ardinghellum Cardinalem amplissimum. Excussum Roma^, apud Antoninm Bladum Asulanum, MDXLVII.
2. Bernardini Baldi In mechanica Aristotelis problemata exercitationes, p. 180. .^. Bornardino Baldi, lue. cit., p. iic).
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pesanteurs, savoir la pesanloui- nalurello ol une pesanteui' acquise au mobile par le fait même de sou mouvement. Aussi plus ce mouvement est prolongé, plus tiaut, par exemple, est le lieu d'où tombe le grave, plus est grande cette pesanteur accidentelle engendrée par un plus grand mouvemenl o.
Piccolomini n'a poini parlé du prétendu accroissemeid de vitesse qu'éprouverait une flèche après qu'elle a quitté Tare; en cela, il s'est conformé à une tradition constante dans l'École d'Albert de Saxe; ou bien les physiciens de cette École ne font aucune allusion à celle soi-disant accélération, ou bien même, comme Gaétan de Tiène, ils en nient la réalité.
Baldi rompt avec cette Iradition. Léonard de Vinci, dont il a si fréquemment suivi la pensée, a trop nettement insisté sur la prétendue accélération initiale du projectile séparé de son moteur pour qu'il lui vienne à la pensée de négliger ou de nier cette accélération; et cependant, il ne veut poinl. avec saint Thomas d'Aquin, Léonard et Cardan, l'e\pli(|uer par l'ébranlement du milieu.
Il admettra donc la réalité de cette accélération et il l'interprétera en imitant l'explication qu'Albert de Saxe et Piccolomini ont donnée de la chute accélérée des graves. La gravité accidentelle imprimée par le moteur au projectile est fort analogue à la gravité naturelle; de même que celle-ci produit une chute accélérée, de même celle-là déterminera un mouvement accéléré. Toutefois, une différence sera à signaler : la gravité naturelle est persistante; aussi la chute qu'elle détermine s'accélère-t-elle sans cesse. Au contraire, la gravité accidentelle, née de la violence, est périssable; le mouvement qu'elle régit commencera donc par s'accélérer, mais au bout de quelque temps il se ralenlira cl prendra fin de luimême.
((Les projectiles cesseni de se mouvoir', car l'impression dont la vertu et rimpéluosité les entraîne n'est point nalurelle, mais purement accidentelle et violente; or, rien de ce qui esl accidentel el violeid, rien de ce ({ui est hors nature.