I. Bernardino lîalrli, lor.cil., p. lyi
BFRWRDTNO B\T;DT. lUmF.RVAÎ. ET DESCARTFS. l3()
n'est perpétuel. Cette impression aeeideiilelle s'évanouit donc, et tandis qu'elle s'évanouit graduellement, le mouvement du projectile se ralentit et le mobile finit par atteindre l'immobilité absolue. Ajoutons une remarque que beaucoup d'auteurs ne font poini : lanl que la violence prédomine, le mouvement violent est tout semblable au mouvement naturel; il est plus lent à son début; puis, par le fait même du mouvement, il devient plus rapide; ensuile, comme la violence imprimée s'affaiblit peu à peu, il se ralentit; enfin le mouvement s'évanouit en même temps que Vimpetus et le mobile tombe au repos. Aussi rexjK'rience nous enseigne t elle que le coup porté par un projectile devient plus violent à quelque dislance du point de départ de son mouvement; ce coup est nuisible au maximum lorsque le projectile, ayant acquis la plénitude de son mouvement, est animé de sa plus grande vilesse. Voilà pourquoi nous voyons les enfants, instruits par la initure, se placer à quelque distance d'un mur lorsqu'ils veulent biiser des noix ou quelque autre chose en les lançant contre ce mur; si vous leur demandez pourquoi ils s'y prennent de la sorte, ils vous diront qu'à cette distance le coup devient plus vigoureux et plus efficace. »
L'idée que Baldi exprime en ce passage est étrange et peu logique; si l'on peut admettre que la graAité naturelle, qui est un moteur permanent, crée à chaque instant un nouvel impetus, on n'en saurait conclure que la gravité artificielle, c'est-à-dire Vimpetas imprimé au projectile par le moteur, engendre à son tour un impetus de second ordre; visiblement, Baldi s'est laissé entraîner par l'analogie entie la gravité naturelle et la gravité accidentelle jusqu'à des corollaires inacceptables; que nul, avant lui, n'ait formulé ces corollaires, ainsi qu'il le donne à entendre, nous ne saurions nous en étonner.
Mais que cette théorie, assez étrange, porte la marque, très profondément gravée, de Bernardino Baldi. c'est particularité très précieuse pour l'histoiien; elle lui permet en effet de reconnaître, en des écrits plus récents, l'influence qu'ont exercée les doctrines de l'érudit abbé de Guastalla,
l/|0 ÉTUDES Sun LÉONARD DE VINCI
I>EK\ VUDIN!) lÎALDI ET IF P. MeRSENNE.
Los (lochines professées, au sujet de la Dynamique, par Bernardino Bakii ont exercé une très profonde influence sur les recherches des géomètres qui, vers la fin du règne de ï^ouis XIII et au déhut du règne de T^ouis XIV, oui contrihué au progrès de cette science. Mersenne, Roherval, Descaries ont recueilli les idées de Baldi ; quelques-unes de ces idées ont germé en leur esprit et y ont produit d'amples théories.
Que Mersenne ait connu les Exercices composés par Bernardino Baldi sur les Questions mécaniques d'Arisiote, nous le savons par son propre témoignage. Contrairement à un usage trop répandu au xvi*" siècle et au xvii^ siècle, le probe et loyal Minime nomme volontiers les auteurs qu'il a lus et dont il s'est inspiré.
C'est en ses Questions théologiques, physiques, morales et mathématiques, imprimées en i634i, que le P. Mersenne fait mention des Exercices de Bernardino Baldi.
La question IX, examinée par Mersenne, est formulée eu ces termes : Peut-on donner la raison de tout ce qui arrive à ta romaine et aux balances? C'est eu répondant à celte question que le laborieux religieux écrit ^ ces lignes :
(( Il faut donc conclure que les poids peuvent estrc rendus pesans en les éloignant dudit point de la balance, et plus légers en les en approchant; que la capacité, et la puissance qu'ils ont 11 faire plus de chemin ou à descendre plus viste, est cause de leur plus grande pesanteur; que tous les instruments de la Mechanique, dont parle Aristote dans ses Questions, et Balde, Blancan, Monantolius, et Gueuare dans leurs Commentaires, tirent leurs forces de ces raisons. »
1. Les Questions théologiqiies, physiques, morales et mathématiques, oh chacun trouvera du conlcnlcmont, ou do l'oxorcicc. Composées par L. P. M. à Paris, MDCXWIN . Clic/ Henry Guenon, rue sainct Jacques, près les Jacobins, à rimage saitict Bernard.
2, Mersenne, loc. cit., pp. 87-38.
liEll.NAUDlNO BALDl, IIOBEUYAL ET DESCARÏES 1 4 I
Merscnne, d'ailleurs, a lait crassoz larges emprunts aux £;a:ercitationes de Baldi. La Queslion VIII : Quelle esl la ligne de direction (/ui sert aux niée lianiq lies ? eu est pres([ue textuellement extraite. En cette {|uestion, nous apprenons combien il est ulile, j)our rendre compte des diverses attitudes de riiomme, de considérer la verticale issue du centre de gravité. Déjà en 1626, dans son Synopsis malhemalica, Merscnne avait produit des considérations semblables; il les extrayait alors du volumineux ouvrage du P. Villalpand. Il les demande maintenant, on le reconnaît sans peine, non plus au savant Jésuite, mais à l'érudit abbé Guastalla; lun et l'autre, d'ailleurs, lui transmettent, à peine modifiées, les intuitions de Léonard de Vinci.
Parmi les vues de Léonard de Vinci que Berna rdi no Baldi a transmises à Merscnne, il en est que Villalpand n'avait pas recueillies, telle la notion du centre de la gravité accidentelle, au sujet duquel le Minime s'exprime en ces termes ^ :
« D'où il est aisé de conclure que le point, dont les corps sont suspendus, se rencontre toujours dans la ligne de direction. Mais il faut remarquer que cette ligne a 3 sortes de points, à sçavoir le supérieur, l'inférieur, et celui du milieu, qui concurre avec le centre de pesanteur; et que chaque corps peut estre suspendu par l'un de ces 3 points, que l'on appelle pour ce sujet, points de rétention, et de suspension, autour desquels le corps se peut mouvoir. L'on peut encore les nommer centres de violence, ou du mouvement Niolenl, lors qu'on lève un corps pesant, ou qu'on le jclle en haut, ou en bas, car la pierre jetlée en bas est portée par ces 2 centres, ou par un mesme centre, lequel est double en puissance. L'on peut aussi mettre un centre de légèreté dans les corps légers, mais ils ne sont pas dans la puissance de nostre Meclianique, comme est celay de pesanteur. »
Ce passage, que d'évidentes omissions, que des lapsus faciles à corriger rendent quelque peu confus, est presque une traduction des Exercices de Bernardino Baldi. Il nous montre que la notion de centre de violence avait attiré l'attention de Merscnne.
r. Merscnne, loc. cit., p. 34.
l',2 ÉTUDES SLU l-LO.NAKD DL Vl^Cl
Or, altirer rtitleutioii de Meiseime, c'était, par le fait même, attirer l'alleiilion de tous tes géomètres français; tous, en effet, entretenaient un commerce assidu avec l'actif et curieux Minime; celui-ci ne cessait de leur communiquer ce qu'il avait appris par la lecture des savants étrangers et de leur soumettre les problèmes que cette lecture lui suggérait. Nous ne nous étonnerons donc pas de voir les idées de Bernardino Baldi connues de Roberval, qu'une étroile amitié liait à Mersenne, et de Descartes, dont la correspondance avec le Minime était incessante.
Mais ni Roberval ni Descartes n'avaient pris de leur religieuv ami la loyale coutume de citer les auteurs dont ils s'inspiraient; Roberval, en ses écrits, ne nommait guère que les auteurs auxquels il ne devait rien; et si Descartes, en sa correspondance, mentionnait quelque géomètre, c'était le plus souvent pour entamer avec lui une discussion qui prenait bientôt le ton dune querelle ou pour le condamner par un jugement hautain et tranchant.
Ne cherchons donc point dans les écrits de Roberval et de Descartes l'aveu de ce ([u'ils ont pu emprunter à Bernardino Baldi; cherchons plutôt, parmi leurs pensées, celles qui portent la marque, encore reconnaissable, de l'abbé de Guastalla.
Bernardino Baldi et Roberval.
Roberval avait rédigé à l'usage, semble-t-il, des artisans, un petit traité de Mécanique et d'Hydraulique qu'il avait intitulé : Tralclé de Méchaiiujiie et spécialemenl de la vondidtte et élévation deff eaux, par M. de Roberval. Cet ouvrage ne fui jamais imprimé; une copie manuscrite, conservée à la Bibliolhèque Nationale ï avec les copies d'autres ouvrages du même auteur, nous la seule gardé.
1. lUbliollièquc Naliuiiiilc, loiul!? laliii. ms. viijO, fol. 85. roclo, ù lui. ju;. >cr>o.
UERNAKDl-NO lîALDl. KOBr.KNAl, ET DKS(JAlVJi;s l/|3
Ce Irailo de Mécanique nesl pas daté. Il en est de même, d'ailleurs, de plusienrs des pièces avec lesquelles il se trouve; celles de ces pièces dont la date est connue appartiennent à des époques diverses; il en est de 160G, d'autres de i6/i5.
Un passage de ce traité nous donne une indication au sujet de l'époque où il fut composé. Parlant de l'élévation des eaux au moyen du << syphon », Roberval s'exprime en ces termes' :
« Et quoyqlie par ce moyen il senijjle qu'on peut faire passer l'eau par une haute montaigne, touttefois on se souviendra qu'une telle conduitte d'eau est impossible aux lieux plus haults que 3'j pieds de France, et qu'un peu au dessoubs de 32 pieds elle est fort mal asseurée par deux raisons. La première qu'il est fort difficile que le syphon soit si bien soudé que l'air n'y trouve bientost passage, et par ce moyen le syphon s'emplissant d'air l'eau ne coule plus. L'autre raison est qu'en une grande haulteur il faut un syphon trop hault, ainsy il est subject à crever, n
L'expérience de Torricelli a placé en la pression de l'atmosphère la raison véritable des effets que mentionne Roberval. Il est clair que celui-ci n'a encore, à l'époque où il rédige son Traicté de Méchanique, aucune idée de cette expérience célèbre. Or, c'est en i6^i4 qu'au retour d'im voyage en Italie, Mersenne répéta a Paris l'expérience de Torricelli et « la divulgua en France, non sans l'admiration de tous les savans et curieux » ■'■.
Familier de Mersenne, Roberval dut connaître un des premiers l'importante a expérience d'Italie ». Si donc il l'ignore en son Traicté de Méchaniqiie^ c'est apparemment que celui-ci fulTédigé avant i6W
Du Traicté de Méclianiqae de Roberval, une boime part est consacrée à la Dynamique ; la Dynamique qu'enseigne le a pro fesseur en la chaire de Ramus, au Collège de France », c'est, le plus souvent, la Dynamique de Léonard de Vinci; mais, habi