‹ Études sur Léonard de Vinci (volume 3)Chapitre 2 sur 81 · PREFACE · texte numérisé non relu

PREFACE

notes ainsi recueillies nous permettraient de comprendre comment l'idée s'est éclaircie peu à peu, depuis le moment oii le génie en a soupçonné la vague silhouette au travers des brumes du doute, jusqu'à l'instant oii il a pu la contempler en pleine évidence, dans la splendeur du vrai.

Or, parmi ceux qui ont initié l'esprit humain à l'intelligence de nouvelles vérités, il en est un qui nous a laissé cette description minutieuse des démarches de sa pensée, qui a rédigé, pour ainsi dire, le journal du voyage de découvertes que fut sa vie ; au fur et à mesure qu'une proposition nouvelle s'offrait à ses méditations, il la notait avec une entière sincérité, sans dissimuler aucune de ses hésitations, aucun de ses tâtonnements, aucun de ses repentirs, car il n'écrivait que pour lui-même, en sorte que ces précieux brouillons nous permettent de suivre, depuis la première esquisse jusqu'au dessin arrêté et détaillé, les formes diverses qu'une invention a prises en la raison géniale de Léonard de Vinci.

Les manuscrits de Léonard de Vinci sont des documents d'un prix inestimable, car ils sont uniques en leur genre ; aucun de ceux dont les méditations ont enrichi la Science ne nous a donné, au sujet de la marche suivie par ses pensées, des indications aussi nombreuses, aussi détaillées, aussi immédiates.

Ce n'est pas que ces documents nous livrent du premier coup et sans un labeur prolongé les renseignements qu'ils recèlent en abondance.

Ces courtes notes écrites de droite à gauche, difficiles à déchiffrer, souvent obscures en leur extrême concision, sont rarement datées; les cahiers qui les gardent ont été remplis tantôt dans le sens de la pagination, tantôt en sens contraire; quelques-uns de ces carnets semblent porter des réflexions qui ont été engendrées à différentes époques de la vie du grand peintre; d'autres, en grand nombre, ont été perdus.

Dii sein de ce chaos, il s'agit d'exhumer les divers fragments qui ont trait à une même découverte, de les ranger dans l'ordre des temps où ils furent conçus, de telle sorte qu'ils marquent les étapes successives de l'idée en progrès; cette

tâche est bien souvent malaisée et les résultats n'en sont point toujours d'une certitude absolue.

Si pénible que soit cette tâche, elle n'est peut-être pas la plus ardue qu'il faille accomplir pour retracer l'histoire d'une invention de Léonard.

Lorsqu'une idée nouvelle naissait dans l'esprit du Vinci, elle ne s'y engendrait pas d'elle-même et sans cause ; elle y était produite par quelque circonstance extérieure, par l'observation d'un phénomène naturel, par la conversation d'un homme, plus souvent encore par la lecture d'un livre.

D'ailleurs, l'esprit oii venait tomber ce germe de pensée n'était point semblable à une terre rase et nue; d'autres pensées, vigoureuses et pressées, l'occupaient déjà; elles y avaient été implantées par les leçons des maîtres que Léonard avait entendus et surtout par les enseignements des écrits qu'il avait médités. Pour germer et grandir, il fallait que la graine nouvelle venue se servît de cette végétation déjà développée ou qu'elle luttât contre elle.

Si l'on veut donc suivre l'évolution d'une idée dans l'intelligence du Vinci, on doit, tout d'abord, répondre à cette question : (( Qu'avait-il lu? » Et la réponse ne se peut donner sans des recherches longues et minutieuses. D'une part, en effet, en rédigeant ses notes hâtives et concises, Léonard a bien rarement nommé l'auteur dont la lecture ou le souvenir lui suggérait telle ou telle proposition. D'autre part, en comparant son œuvre à celle de ses devanciers, on reconnaît bientôt qu'il avait beaucoup lu et qu'il avait étudié bon nombre des traités scientifiques prisés de son temps.

L'un des objets de ces Études est de faire connaître quelques-unes des sources auxquelles Léonard a puisées et de discerner ce que chacune d'elles a versé au courant des pensées du grand inventeur.

Mais pour apprécier exactement le rôle que Léonard a joué comme initiateur, il ne suffit pas de déterminer et d'étudier ceux qu'il a lus; il faut encore découvrir ceux qui Vont lu.

L'idée au progrès de laquelle l'inventeur a travaillé n'acquiert pas sa plénitude et son achèvement en la raison de son

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