I. Auciariam, tomus I, coll. 260-2G
qu'il a donnée est l'esquisse de celle que nous admettons aujourd'hui, mais encore celle-ci provient de celle-là; de Dominis, que l'on cite souvent comme ayant été, en cette matière, le précurseur de Descartes, ne fut qu'un plagiaire impudent et inintelligent de l'œuvre de Thémon; le vrai précurseur de Descartes, ce n'est pas de Dominis, c'est Thémon; et les Questions sur les quatre livres des Météores^ composées par le vieux maître scolastique, étaient peut-être sous les yeux du grand philosophe lorsqu'il composait ses Météores.
Or, dans le cahier F, 011 Léonard de Vinci jetait, à peine ébauchées, les pensées que suggérait en lui la lecture d'Albert de Saxe ou du traité des Météores qu'il possédait à ce moment, une page entière ' est consacrée à des réflexions sur l'arc enciel. Il est difficile de parcourir cette page sans juger que les idées émises par Léonard se rapprochent étroitement de certains passages écrits par Thémon; et le rapprochement est d'autant plus frappant que certains de ces passages, très caractéristiques des Questions de Thémon, n'ont point leur analogue dans les divers commentaires sur les Météores qu'il nous a été donné de feuilleter.
Thémon se pose, entre autres, la question suivante ^ : «L'iris est-elle une forme réelle imprimée en la nuée, où n'est-elle qu'une forme imaginaire?» Parmi les réponses données à cette question se trouve celle-ci : « L'iris est une forme réelle imprimée en la nuée ou en la pluie; on le prouve : car elle est analogue à Timage qui se forme dans un miroir; or celle-ci est une forme réelle; donc, etc. » Un peu auparavant-^, notre auteur avait écrit : « L'expérience nous montre que nous pouvons voir l'iris naturel dans un miroir. » Ce sont visiblement ces deux passages qui ont inspiré à Léonard décrire ce fragment^' :
(( De l'arc-en-ciel. Si l'arc-en-ciel est engendré par l'œil (c'està-dire sa rondeur) ou par le soleil moyennant le nuage. »
I. Les manuscrits de Léonard de Vinci, publiés par Ch. Ravaisson-Mollien; ms. F de la Bibliothèque de l'Institut, fol. 67, verso.
a. Thimonis Quœstiones in quatuor libros Metheorum ; in librum III qua^stio XII. 3. Thimonis Quœstiones in quatuor libros Metheorum ; in librum III qua^stio XI. '4. Léonard de Vinci, loc. cit.
THÉMON LE FILS DU JUlF ET LEONARD DE VINCI l']3
c( Le miroir ne prend d'espèces que celles des corps visibles, et les espèces ne se produisent pas sans ces corps; donc si cet arc est vu dans le miroir et que les espèces y concourent qui ont pour origine cet arc-en-ciel, il suit que l'arc est engendré par le soleil et par le nuage. »
Si nous poursuivons la lecture de Thémon, nous rencontrons ï le passage suivant :
(( Lorsque apparaît l'iris naturel ou l'arc en ciel, ces quatre points (centre du soleil, centre de l'arc, centre de l'œil et centre du cercle de l'horizon) sont sur une même droite idéale... Il faut bien entendre que cette proposition se rapporte à un œil déterminé et au centre de l'horizon relatif à cet œil; si divers yeux se trouvent en des positions différentes, ils verront des arcs différents; mais pour chacun d'eux, ces quatre points se trouveront toujours en une même ligne droite. »
N'est-ce pas ce passage que Léonard nous présente sous cette forme 2 :
« L'arc-en-ciel est vu dans les pluies fines par les yeux qui ont le soleil derrière et le nuage devant, et toujours une ligne imaginée continuellement droite à partir du centre du soleil, en passant par le centre de l'œil, se terminera au centre de l'arc. Et un tel arc ne sera jamais vu par un des yeux au même endroit que par l'autre œil; il sera vu en autant d'endroits du nuage où il se forme qu'il y a d'yeux qui le voient. Donc cet arc est tout dans le nuage où il s'engendre et tout en chacun des endroits où il peut se trouver, et ainsi il paraîtra plus grand ou plus petit, demi, entier, double, triple. »
Plus tard, au cahier que Venturi a marqué de la lettre E, et dont la rédaction n'est point antérieure à i5i33, Léonard résumait, en ces termes^', les opinions que nous venons de lui voir énoncer :
(( Les couleurs au milieu de l'arc se mêlent entre elles. »
1. Thimonis Qiiœstiones in quatuor libros Metheorûm; in librum III quaestio XX.