‹ Études sur Léonard de Vinci (volume 3)Chapitre 31 sur 81 · G'est-à-dire : n'est pas horizontale · texte numérisé non relu

G'est-à-dire : n'est pas horizontale

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tage celte opinion' ; quant à Léonard, observateur si eagace de tout ce qui concerne les eaux courantes^ il ne paraît pas, en tout ce qu'il a écrit touchant les sources, qu'il leur ait attribué un seul instant une origine pluviale.

Pline l'Ancien attribuait aux sources une autre origine qu'Aristote; il voulait ^ qu'elles vinssent de la mer : « La mer pénètre dans la terre entière, à l'intérieur, à l'extérieur, à la surface, par les veines et les canaux qui la sillonnent en tous sens; on la voit s'échapper des plus hauts sommets auxquels elle est parvenue comme par un siphon, grâce à l'effort des vents, à la pression produite par le poids des terres; bien loin donc que la mer ne risque de tomber, on en voit l'eau jaillir en tous les sommets, même les plus élevés ; et par là on voit clairement pourquoi l'afflux quotidien d'un si grand nombre de fleuves ne fait pas croître la mer. »

Thémon^ avait fort sagement réfuté les raisonnements que Pline avait tirés d'une Hydrostatique bien mal informée : « L'eau des sources ne monte pas aux orifices des fontaines, du moins en général, par suite de la pression des terres; si la terre était un fluide, ou bien encore si elle était entièrement imprégnée d'eau, elle pourrait comprimer l'eau et la faire monter; mais alors la terre entière descendrait peu à peu et finirait par être submergée... »

«...L'eau peut bien monter naturellement jusqu'au déversoir d'une fontaine, mais jamais elle ne peut monter plus haut que le lieu d'oii elle vient; ce mouvement est simplement un effet de la vertu par laquelle un corps moins grave monte pour céder sa place à un corps plus grave. Cette vérité apparaît clairement par les expériences que nous fournissent les canaux et les aqueducs; jamais on ne peut conduire l'eau d'une source en un lieu plus élevé que son lieu d'origine. »

Léonard de Vinci est trop bon hydraulicien pour méconnaître la valeur des objections de Thémon contre l'hypothèse de Pline; il fonde d'ailleurs toute son Hydrostatique sur ce

1. Thimonis Quiestiones in quatuor libros Melheorum; iii librum I qu.Tstio XI\ (ap. edd. Parisiis i5iG et i5i8), vel quaeslio X.X (ap. éd. Veniliis loaa). 3. C. Plinii Sccundi Naturalis historix liber II. 3. Thémon, loc. cit.

THÉMON LE FILS DU JUIF ET LEONARD DE VINCI l8l

principe : « L'eau ne se meut pas d'elle-même si elle ne descend pas. » Cependant, il est séduit par cette hypothèse ^ qui attribue aux infiltrations des eaux de la mer l'origine des fleuves; il lui faut donc prouver que la mer, ou tout au moins quelqu'une de ses parties, est plus élevée que les sources les plus haut situées, partant que les cimes des plus grandes montagnes.

Il s'imagine, en effet, avoir obtenu de cette proposition une démonstration convaincante et, dans sa joie d'une telle découverte, il célèbre la supériorité de la méthode qui la lui a fournie, de l'observation directe de la nature, sur la lecture des livres qu'il tient de fra Bernardino 2.

(( Si l'eau qui sourd par les hautes cimes des monts vient de la mer, dont le poids la pousse là-haut, afin qu'elle soit plus haute que ces monts, pourquoi une telle particule d'eau a-t-elle ainsi possibilité de s'élever à une si grande hauteur et de ne pénétrer la terre qu'avec tant de difficulté et de temps? Pourquoi n'a-t-il pas été accordé au reste de l'élément de l'eau de faire de même, lequel confine à l'air qui n'est pas pour lui résister, dételle manière que le tout ne s'élève pas à la même hauteur que la susdite partie? A toi qui as trouvé une telle invention, il revient d'apprendre de nouveau par l'observation de la nature; car tu te trouveras bientôt pris de court avec toutes les opinions dont tu as fait grande provision en lisant le fonds du frère, dont tu es possesseur 3. »

Quelle est donc l'invention qui arrache à Léonard ce cri de joie et de triomphe? La voici en substance :

Un courant constant déverse les mers les unes dans les autres; ce courant suppose une pente; par suite de cette dénivellation, le niveau de certaines mers surpasse celui de l'Océan, plus que ce dernier n'est dominé par les plus hautes montagnes; ainsi, l'eau provenant de ces mers peut sourdre aux

1. N'oublions pas que Léonard possédait une Histoire naturelle de Pline parmi les livres dont le Codice atlantico nous a conservé la liste.

2. Les manuscrits de Léonard de Vinci, publiés par Ch. RaYaisson-^k)llien ; ms. F de la Bibliothèque de l'Institut, fol. 7^, verso.

3. La fin de ce passage est peu claire dans le manuscrit de Léonard ; nous l'avons légèrement paraphrasée, en suivant les indications données par M. Charles Ravaisson- Mollien. •

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sommets des monts les plus élevés. Voyons naître cette hypothèse en l'esprit de Léonard ^ :

(( On demande si un fleuve qui passe par un lac altère Vuniformité de la distance au centre du monde que présentait la surface de ce lac, avant que le fleuve passât par le susdit lac.

)) C'est là une belle question; et l'on prouve qu'une telle surface ne garde pas l'uniformité de sa dislance au centre du monde lorsqu'elle donne passage au susdit fleuve, par la quatrième qui montre que l'eau ne se meut pas si elle ne descend pas. Et, ici, il faut entendre que la sortie du lac a une largeur semblable à celle de l'entrée ; s'il en est ainsi, il est nécessaire que l'eau soit de cours uniforme, par la septième, qui montre que le mouvement de tout fleuve en temps égaux donne à toute partie de sa longueur un égal poids d'eau. Maintenant, si le fleuve émettait de l'eau qui voulût une brasse de descente par mille, la largeur de la sortie étant, comme il est dit, égale à la largeur de l'entrée, il est nécessaire que tout le fleuve qui passe par le lac ait, lui aussi, une brasse de. descente par mille ; ainsi donc l'eau d'un tel lac sera, à sa surface, à une distance variée du centre du monde. »

C'est là, selon le mot de Léonard, une belle question; mais la réponse est incomplète; la section du lac surpasse de beaucoup la section du fleuve; les vitesses d'écoulement du lac et du fleuve et, partant, les inclinaisons de leurs surfaces sont en raison inverse de ces sections ; la pente de la surface du lac sera donc insensible. Cette remarque ruine d'avance toute l'argumentation de Léonard; mais n'y insistons pas; Léonard saura bien se corriger lui-même. Pour le moment, contentonsnous de suivre le développement de sa pensée et de reproduire la conséquence qu'il tire des considérations précédentes : « Il suit de là que la mer de Tana^, qui confine au Tanaïs, est la plus haute partie qu'ait la mer Méditerranée ; or elle est éloignée du détroit de Gibraltar de 35oo milles, comme montre la carte à naviguer, ce qui donne une descente de 35oo brasses^

1. Les manuscrils de Léonard de Vinci publiés par Ch. Ravaisson-Mollien; nis. F de la Bibliothèque de l'Institut, fol. 68, verso, et fol. 68, recto. Cf.: Del moto e misura dell' acqua, libro I, cap. XII.

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