‹ Études sur Léonard de Vinci (volume 3)Chapitre 33 sur 81 · I. Cf. : Del moto e misura deW acqua, libro ï, cap. X · texte numérisé non relu

I. Cf. : Del moto e misura deW acqua, libro ï, cap. X

Gomment l'eau peut sourdre au sommet des montagnes

En renonçant à la supposition qui plaçait le niveau de certaines mers plus haut que le sommet des montagnes, Léonard a rejeté la réponse qu'il donnait tout d'abord à cette question : Gomment l'eau peut-elle sourdre aux cimes les plus élevées? S'il a abandonné sa première solution de ce problème, c'est qu'il en a trouvé une autre qui lui paraît meilleure.

Gette solution, Léonard la justifie par une comparaison; par la comparaison entre le corps de la Terre et le corps de l'homme; à cette comparaison il donne tant d'importance qu'il projette de la mettre en tête du Traité de Veau qu'il a dessein d'écrire :

(( Commencement du Traité de Veau ' . — L'homme est dit par les Anciens un petit monde, et certes cette épithète est bien placée. En effet, l'homme est composé de terre, d'eau, d'air et de feu; le corps de la Terre est de même. Si l'homme a en lui des os qui le soutiennent et une armature de chair, le monde a les roches qui supportent la terre. Si l'homme a en lui le lac du sang, où croît et décroît le poumon dans la respiration, le corps de la Terre a son océan qui, lui aussi, croît et décroît toutes les six heures avec la respiration du monde. Si dudit lac de sang dérivent les veines, qui vont se ramifiant dans le corps humain, de même l'océan remplit le corps de la Terre d'infinies veines d'eau. Il manque au corps de la Terre les nerfs, qui ne s'y trouvent pas, parce que les nerfs sont faits à l'intention du mouvement, et que le monde étant de perpétuelle stabilité, il n'y advient aucun mouvement; aucun mouvement n'y advenant, les nerfs n'y sont pas nécessaires. Mais en toutes choses, l'homme et le monde sont fort semblables. »

I. Les manuscrits de L'îonard de Vinci, publiés par Gli, Ravaisson-Mollien ; ms. A de la Bibliothèque de l'Institut, fol. 55, verso. Cf. : Del moto e misura deW acqua, libro I, cap. XXXIX.

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Suivons cette analogie : l'eau sourd au sommet des montagnes; le sang afflue à la tète de l'homme; ces deux effets semblables se doivent expliquer par des raisons semblables; aussi Léonard poursuit-il en ces termes i :

(( Des veines de Veau au sommet des montagnes. — 11 apparaît clairement que toute la surface de l'océan, quand il ne subit aucune fortune, est également distante du centre de la Terre, et que les cimes des montagnes sont d'autant plus éloignées de ce centre qu'elles s'élèvent davantage au-dessus du centre de la surface de la mer. Donc si le corps de la Terre n'avait pas de ressemblance avec l'homme, il serait impossible que l'eau de la mer, qui est tellement plus basse que les montagnes, pût, par sa nature, monter au sommet de ces montagnes. D'où il est à croire que la raison qui retient le sang au sommet de la tête de l'homme est la même qui retient l'eau au sommet des montagnes. »

L'explication des deux phénomènes offre des difficultés toutes pareilles'; l'un, comme l'autre, semble contredire à la tendance qu'ont tous les liquides, à leur commun désir de s'écouler des lieux élevés vers les lieux bas :

(( 11 semble 2 à première vue que si quelqu'un cassait le haut de la tête de l'homme, il ne devrait sortir que le sang qui se trouve entre les bords de cette cassure; en effet, toute chose pesante désire les lieux bas, le sang a un poids, et il paraît impossible que, de lui-même, il monte comme une chose aérienne et légère. Diras-tu que le poumon se dilate au sein du lac de sang quand ce poumon, dans la respiration, s'emplit d'air; qu'en se dégonflant, il chasse de ce lac le sang qui fuit dans les veines et les fait croître et gonfler ; que c'est ce gonflement qui oblige le sang à s'échapper par la rupture du sommet de la tête? Cette opinion serait vite réfutée. Les veines, en effet, suffisent bien par elles-mêmes à fournir une commode retraite au sang qui afflue; celui-ci n'a pas besoin de déborder par la cassure de la tête, comme s'il manquait de place. »

1. Léonard de Vinci, /oc. cil.CJ. Delmoloc misuradeW acqua,\'\hvo\,CQ-[). XXXVIU.

2. Les manuscrits de Léonard de Vinci, publiés par Ch. Uavaisson-Mollien; ms. A de la Bibliothèque de l'Instilut, fol. 56, verso.

Quelle est donc la cause qui, en dépit de la pesanteur, fait affluer le sang à la tête de l'homme? C'est la chaleur. La chaleur mêle à un corps pesant des parties de feu qui sont légères et dont la légèreté porte vers le haut le mixte ainsi composé :

(( Pourquoi ce sang J ait par le sommet de la téte^. — Les parties spirituelles ont force de se mouvoir et d'associer à leur course les parties matérielles. Nous voyons le feu, moyennant la chaleur spirituelle, envoyer au-dessus de la cheminée, mêlées aux vapeurs et aux fumées, des matières terrestres et pesantes; ainsi en est-il pour la suie, que tu verras se réduire en cendres si tu la brûles. De même la chaleur mêlée au sang, désireuse de retourner à son élément, et trouvant à s'évaporer par la rupture de la tête, emporte en sa compagnie le sang auquel elle est infusée et mêlée... Le feu veut retourner à son élément et emporte avec lui les humeurs réchauffées, comme on le voit en distillant du vif argent dans un alambic; quand cet argent de si grande pesanteur sera mêlé à la chaleur du feu, tu le verras se soulever, monter en fumée, et aller retomber dans un second réceptacle, en reprenant sa première nature. »

On peut d'ailleurs constater que « le chaud rend légers les corps pesants » au moyen de cette « expérience » probante^ :

(( Si deux choses de poids égal sont placées sur la balance, celle qui sera embrasée sera plus légère que l'autre, qui est froide. »

« Tu feras cette épreuve au moyen de deux balles de cuivre attachées aux balances par deux fils de fer; tu mettras l'une des deux au feu que tu attiseras en soufflant; quand le feu l'aura portée au rouge, tu l'en retireras, afin que le poids ne soit pas soulevé par la vapeur chaude qui monte; tu verras alors que cette balle, qui avait même poids que l'autre lorsqu'elle était froide, est devenue plus légère par l'effet de la chaleur. »

C'est donc cette légèreté, effet de la chaleur, qui porte le sang jusqu'au sommet de la tête lorsque l'homme est en

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