directio = la verticale
KTIjDES SUU LEONARD OE VINCI
l'autre (fig. 2) représente un treuil par l'intermédiaire duquel
deux poids inégaux se tiennent en équilibre.
Auprès de ces deux figures se trouve la réflexion que voici : « La chose qui, dans la ligne d'égalité, se trouvera plus
éloignée de son support ï, sera d'autant moins soutenue par ce
Fig. 2.
Fig. 3.
support, comme cela est démontré ci-dessous, enMN. »
Cette pensée est reprise par Léonard, en la même page, sous quatre formes peu différentes. Contentons- nous d'en reproduire une, qui est la plus développée. Elle accompagne la figure ffig. 3) d'une règle très inclinée et où se trouvent marquées les distances des deux extrémités à la A^erticale du point de suspension. Elle est ainsi libellée :
(( La partie de ce bâton qui est la plus éloignée de son support est moins soutenue par ce support; étant moins soutenue, elle garde plus de liberté pour observer sa nature ; comme elle est pesante et que la nature des choses pesantes désire descendre, cette partie du bâton descendra plus vite qu'aucune autre partie. »
La page que nous venons de lire suggère bien des remarques.
En premier lieu, les réflexions que nous venons de citer onl été le germe qui a donné naissance à la théorie delà résistance
I. C'est-à-dire : dont la distance à sou support a une projection liorizonlale plus grande.
LA SGIENTIA DE l'ONDERlBUS ET LEONARD DE VINCI 267
des matériaux développée par Léonard ; nous le verrons tout à l'heure.
En second lieu, si Léonard a écrit ces réflexions alors qu'il avait sous les yeux le traité de son Précurseur — et la suite de cette étude ne nous permettra guère d'en doLitei' — ces réflexions n'en sont pas moins conçues dans un esprit qui n'est point celui de la Scientia de ponderibas . Cet esprit procède bien plutôt de celui d'Albert de Saxe ; il semble inspiré par ce passage ^ où Albertutius critique la notion de gravité secandum siturn telle que la présentaient les Auctores de ponderibas :
(( Nous devons déclarer qu'un grave ne désire pas plus descendre par une ligne que par une autre ; s'il descend par telle ligne et non par telle autre, cela tient à ce qu'il est appliqué à telle ou telle résistance...
» Mais, dira-t-on, il semble bien qu'un grave désire plutôt descendre par la perpendiculaire que par une oblique; nous voyons, en eflet, que lorsqu'un grave descend par la perpendiculaire, il est plus difficile de l'arrêter ou d'empêcher sa descente que lorsqu'il descend par une oblique; il paraît bien que ce soit le signe d'un désir plus grand à descendre par la perpendiculaire que par la ligne oblique.
)) Je réponds à cela qu'un grave, en efîet, est plus difficile à arrêter lorsqu'il descend suivant la verticale que lorsqu'il descend obliquement; mais la raison de cet effet n'est point un plus grand désir de descendre par la verticale que par l'oblique; cet effet tient à ce que le corps pesant éprouve une moindre résistance lorsqu'il descend verticalement que lorsqu'il descend obliquement, sur un plan incliné, par exemple; or, il est moins facile d'empêcher le mouvement d'une puissance motrice donnée avec une moindre résistance qu'avec une résistance plus grande. »
La méthode par laquelle les Auctores de ponderibas traitaient la Statique, forme première de notre moderne méthode des travaux virtuels, n'exigeait pas que l'on prît garde à la réaction des appuis sur les poids mobiles ; Albert de Saxe, au
I. Alberti de Sax.onia Sabtilissimœ Qaœstiones in libros de Cœlo el Mundo ; in lihrum ITI quaest. Xf.
contraire, comme plus tard Guidobaldo et Varignon, veut qu'on justifie les lois de la Statique par la considération de cette réaction. Dans les passages que nous venons de citer, nous voyons Léonard confronter, pour ainsi dire, les deux méthodes.
Cette occasion n'est pas la seule où les réflexions du Codice Trivulzio mettent aux prises les enseignements du Précurseur de Léonard avec les doctrines d'Albert de Saxe ; nous en trouverons d'autres.
Mais plus encore que l'influence d'Albert de Saxe, il en est une qui paraît se trahir aux passages que nous venons de citer : c'est l'influence directe des Questions mécaniques d'Aristote. En sa deuxième question, le Stagirite déclare qu'un corps mobile sur un cercle éprouve une résistance (Ixxpouatc) d'autant plus grande que le cercle est plus petit ; il en donne cette raison que « l'extrémité du plus petit rayon est plus voisine du centre Hxq que l'extrémité du plus grand : Kaxi yàp xo lYvuispov £?vai Tou [j.ÉvcvTcç TYjç âXaxTovc^ xo ay.pGV, r^ xo xy]ç; [j.£'ZovC(T. »
Ce principe joue un rôle tout à fait primordial dans les considérations qu'Aristote développe au sujet des diverses machines. Il était donc bien capable d'attirer l'attention de Léonard, pour peu que celui-ci ait eu connaissance des Questions mécaniques.
Or, il serait peu vraisemblable que ce monument de la science grecque lui fût demeuré inconnu, car il attira de bonne heure l'attention des savants de la Renaissance. Nicolas Leoniceni de Tomes, qui enseignait à Padoue à la fin du xv* siècle, est un des premiers érudits qui aient étudié les auteurs grecs dans les textes originaux ; or, le seul de ces textes dont il ait publié ï la traduction et le commentaire est celui des Questions mécaniques. On peut, d'ailleurs, relever, — et nous l'avons fait% — au cours des notes de Léonard, d'autres traces de l'influence exercée par les Questions mécaniques.
1. Nicolai Leonici Thomapi Opuscula nupcr in lucem a?dita, quorum nomina proxima liabonlur pagolla... Conversio mechanicarum quœstionum Arislotelis cumfigiiris et annotationibus qiiibusdam... In fine : Opusculum hoc ex impressione repiwscnlavit Bernardinus Vitalis Venetus anno Domini MCGCCCXX.V, Die XXllI Februarii. Ex Veneliis.