‹ Études sur Léonard de Vinci (volume 3)Chapitre 42 sur 81 · Vide supra: p. 7O · texte numérisé non relu

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Voici une nouvelle remarque qui, plus encore que les trois autres, rend intéressants les notes et les dessins que nous avons reproduits :

Ouvrons le cahier manuscrit formé par les feuilles que Libri avait arrachées aux précieux volumes de la Bibliothèque de l'Institut. Un des feuillets de ce cahier i nous présente exactement les deux dessins que reproduisent les figures i et 2 ; les points où les cordes enroulées sur les tambours du treuil touchent ces tambours ont été marqués des mêmes lettres M, N. Auprès du premier de ces deux dessins se trouve cette réflexion, presque identique à celles que nous avons lues dans le Codice Trivalzio : « La chose qui est plus éloignée de son point d'appui est moins soutenue par lui; étant moins soutenue, elle garde plus de sa liberté, et parce que le poids libre descend toujours, nécessairement l'extrémité du fléau de la balance qui est plus distante de son point d'appui, parce qu'elle est plus pesante, descendra de soi plus vite qu'aucune partie. »

Lorsque Léonard trace ces lignes, il est évidemment préoccupé des mêmes pensées qu'au moment où il jetait ses réflexions sur les feuillets du Codice Trivalzio. Mais, maintenant, il en tire des conclusions dont le Codice Trivalzio ne porte point de traces.

Au feuillet du manuscrit qui provient du fonds Libri, les dessins reproduits par les figures i et 2 se trouvent au-dessous d'un autre croquis; celui-ci, peu différent, d'ailleurs, de notre figure I, est la copie de l'un des dessins qui illustrent le Tractai as de ponderibas de Maître Biaise de Parme. A ce dessin Léonard joint la réflexion que voici :

(( Pelacani dit que le plus grand bras de cette balance tombera plus vite que le plus petit, parce que sa descente décrit son quart de cercle plus droit que ne fait le petit, et parce que, le poids désirant tomber par ligne perpendiculaire, il se ralentira d'autant plus que le cercle se courbera plus. »

I. Les manuscrits de Léonard de Vinci, publiés par Gh. Ravaisson-MoUien. Ms. 2o38 (italien) de la Biljliothèque nationale (Acq. 8070, Libri), fol. 2, verso. Cf. P. Diihem, Les origines de la Statique, t. 1, p. 160-162.

C'est alors que Léonard dessine le lieuil reproduit en la figure 2 et qu'il ajoute ces mots :

(( La figure MN jette à terre cette raison, parce que la descente de ses poids ne va pas par cercle, et, pourtant, le poids du grand bras M s'abaisse. »

Ajoutons qu'un peu jdIus loin, sur le même feuillet, Léonard présente d'une manière fort exacte la notion de moment, dont il fait, à chaque instant, dans ses notes, le plus heureux usage.

Combien sont instructifs les rapprochements que nous venons de faire !

Nous y voyons, tout d'abord, que Léonard avait étudié le Tractatas de ponderihus de Biaise de Parme.

Jordanus avait déclaré qu'un corps était d'autant plus pesant qu'il tendait plus directement au centre commun des graves ou, en d'autres termes, que sa trajectoire était moins oblique. A cette considération de l'obliquité de la trajectoire, féconde en corollaires exacts, le Commentateur péripatéticien avait substitué, par une transposition fâcheuse, la considération de la courbure; Biagio Pelacani avait adopté cette manière de voir.

A l'opinion inacceptable du Commentateur péripatéticien et de Biaise de Parme, Léonard oppose victorieusement l'exemple saisissant que lui offre le treuil. Aux principes dont ces mécaniciens se réclamaient, il substitue des considérations inspirées par les doctrines d'Albert de Saxe. Par là, il prépare la voie aux mécaniciens du xvi^ siècle qui s'insurgeront contre les enseignements de l'École de Jordanus, et particulièrement à Guidobaldo del Monter

Il y a plus, et l'on est en droit de se demander si le marquis del Monte n'empruntait pas à Léonard quelques-uns des arguments par lesquels il combattait l'École de ponderibus. 11 est assez malaisé d'en douter lorsqu'on lit ce passage % si semblable à ceux que nous venons de citer :

Si le bras de la balance OD (fig. U) est plus long que le

1. Cf. p. Duliem, Les origines de la Slalique, cli. X: La réaction contre Jordanus- Guido Ubaldo et Benedetti. T. \, pp. 209 sqq.

2. Guidi Ubaldi e Marchionibus Montis Mechanicorum liber... Pisaurij apud Hieronynium (>oncordiauij MDLXXVJI, De lil)ra, prop. IV.

LÀ SCIËNTIA DE PONDERlBUS ET LÉONARD DE VINCI

bras OC, Lin poids placé en 0 sera plus lourd lorsqu'il pend

à l'extrémité du premier bras qu'à l'extrémité du second, « car

la descente du poids sera plus proche du

mouvement naturel par la circonférence

OH que par la circonférence OG. Si donc

le centre de la balance est placé en D, le

poids sera plus libre et moins lié que si

le centre était placé en G ; partant, il sera

plus lourd. )) Ce passage, toutefois, a pu

être suggéré au marquis del Monte par la

lecture des Questions mécaniques d'Arisioie. Frc. /i.

D'ailleurs, que Guidobaldo ait connu certaines pensées de Léonard de Vinci, il n'y aurait rien là qui nous puisse étonner; Guidobaldo avait Bernardino Baldi pour familier, et nous avons vu que la Mécanique de Baldi s'inspirait sans cesse des idées conçues par Léonard.

Si Léonard a rejeté certaines des opinions qui avaient cours dans l'École de Jordanus, il y a été poussé par la lecture d'un traité dont usait la même École. Déjà, l'étude des feuillets volés par Libri nous avait conduits à cette conclusion ^ : a En même temps que le traité de Biaise de Parme, Léonard avait sous les yeux l'écrit de son Précurseur lorsque l'idée du moment d'une force s'est manifestée à lui. » Combien plus impérieusement cette conclusion va s'imposer à nous lorsque nous aurons achevé l'examen du Codice Trivulzio!

Les réflexions de Léonard sur le quatrième livre DU Tractatus de ponderibus composé par son Précurseur.

Parmi les propositions que le Précurseur de Léonard a formulées au quatrième livre de son traité, il n'en est presque aucune dont les écrits du grand peintre ne nous offrent un

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