‹ Études sur Léonard de Vinci (volume 3)Chapitre 43 sur 81 · I. I'. Duhem, Les origines de la Statique, t. I, p. lO'i · texte numérisé non relu

I. I'. Duhem, Les origines de la Statique, t. I, p. lO'i

commentaire ; très souvent ce commentaire se trouve au Codice Trivulzio; lorsqu'il ne s'y trouve pas, nous sommes à peu près sûrs de le rencontrer en quelqu'un des cahiers où Léonard a consigné ses réflexions.

N'insistons pas sur la première proposition énoncée par le Précurseur; elle est ainsi formulée : « Toat milieu gêne le mouvement. » On ne saurait énumérer tous les passages 011 Léonard étudie la résistance que les corps en mouvement éprouvent de la part du milieu qu'ils traversent; mais tant d'auteurs en ont parlé avant lui qu'il serait malaisé de relever en ses réflexions la trace de tel ou tel d'entre eux et, en particulier, de l'auteur du De ponderibus.

Venons de suite à la seconde proposition que donne cet auteur : c Plus est pesant le milieu qui doit être traversé, plus est lente la descente qui se fait au travers de ce milieu. » Cette proposition, à l'appui de laquelle l'auteur cite l'exemple de l'air et de l'eau, est une des traces les plus nettes que l'on puisse relever de l'influence exercée par la Physique péripatéticienne sur la Mécanique du Précurseur. Elle est, en eff'et, l'axiome invoqué par Aristote, au troisième livre de sa Physique, pour démontrer que le vide est impossible, attendu que dans le vide les graves tomberaient avec une vitesse infinie.

Au Codice Trivulzio, nous ne trouvons rien qui concerne cette proposition. Mais nous avons vu certaines réflexions, consignées au Codice Trivulzio, se continuer, pour ainsi dire, sur quelques-uns des feuillets dérobés par Libri, et ces feuillets avaient été arrachés au cahier A ' de la Bibliothèque de l'Institut. Or, si nous ouvrons ce dernier cahier, voici ce que nous y lisons^ :

« Du mouvement dans l'air. — Le mouvement dans l'air est plus rapide que celui de l'eau (quoiqu'il soit causé par une

1. Voir, à cet égard, la note mise par M. Ravaisson-MoUien au bas de la transcription du lolio I, recto, du manuscrit 2o38 (italien) de la Bibliothèque nationale (Les manuscrits de Léonard de Vinci, publiés par Ch. llavaisson-MoUien. Ms. II de la Bibliothèque de l'Institut et mss. Ash. 2o38 et 2087 de la Bibliothèque nationale ; Paris, 1891). M. Ravaisson-Mollien a, d'ailleurSj fait remarquer (Ibid., conclusion, p. 5i) que le manuscrit A de la Bibliothèque de l'Institut et le Codice Trivulzio sont de même format.

2. Les manuscrils de Léonard de Vinci. Ms. A, fol. 3o, verso.

LA SCIENTIA DE PONDÈRIBtJS ET LÉONARD DE VÎNGI 278

force égale), d'autant que l'air est plus subtil que l'eau; tu l'expérimenteras avec une épée. »

Voici la troisième proposition du quatrième livre De ponderibus : « Ce qal a plus de cohésion soutient davantage. »

C'est assurément à cette proposition que se rapporte une réflexion du Codice Trivalzio^; un croquis représente une sphère pesante qui s'enfonce dans la vase; à côté de ce croquis se lisent ces deux phrases : « La terre qui est plus mélangée d'eau résistera moins aux poids posés à sa surface. L'eau qui participera davantage de la terre fera résistance à un plus grand poids. »

Nous arrivons à l'une des plus remarquables propositions qu'ait données notre Aactor de ponderibus, celle qui occupe la quatrième place ; elle est énoncée en ces termes : « La descente est d'autant plus lente en un fluide qu'il est plus profond. » A l'énoncé succède un développement qui mérite d'être reproduit :

(( Soit A B G D (flg. 5) le fluide profond, enfermé en de certaines lignes; soient E F K les parties au travers desquelles se fait la descente, E étant la plus profondément située; les parties situées de part et d'autre de E sont ^^^- *•

B et G. Plus le liquide est profond, plus les parties inférieures sont comprimées; E, par exemple, est comprimé non seulement par les parties du liquide qui se trouvent au-dessus, mais aussi par celles qui se trouvent à côté; en effet, comme les parties B, G, sont liquides et comprimées par ce qui se trouve au-dessus d'elles, elles sont poussées à s'échapper de tous côtés ; elles font donc effort sur E de telle sorte que si F venait à céder, la partie E sortirait du lieu qu'elle occupe pour prendre une position plus élevée ; il est donc clair que non seulement la partie E supporte la partie F, mais encore qu'elle fait effort contre elle, et F en repousse d'autant plus fortement K. F repousserait moins

Page 1