‹ Études sur Léonard de Vinci (volume 3)Chapitre 8 sur 81 · I. Luca Pacioli, Divina proportione, fol. i, Venetiis, iSog · texte numérisé non relu

I. Luca Pacioli, Divina proportione, fol. i, Venetiis, iSog

LÉONARD DE VINCI ET VÏLLALPAND b']

1828, à Bologne. D'autres, livrés de bonne heure à toutes les déprédations, ont été perdus.

Léonard, par exemple, avait achevé la rédaction d'un Traité de perspective ; Gellini, dans l'ouvrage qu'il publia à Florence, en i568, sur le même sujet, dit a plusieurs reprises qu'il s'était rendu acquéreur de ce traité, qu'il l'avait prêté à Sarlio, et que celui-ci en avait tiré ce qu'il y a de mieux dans son ouvrage.

Cardan, qui a fait tant d'emprunts à la Statique et à la Dynamique de Léonard, mentionne dans son De Subtilitate les recherches anatomiques du grand peintre. Biondo, dans V Éloge de la peinture, paru en i549, mentionne également le Traité d'anatomie du peintre de la Joconde.

Ces divers témoignages, en nous marquant à quelles déprédations les écrits de Léonard furent en butte, nous montrent avec quelle facilité ils purent être plagiés.

Il est probable que les idées de Léonard se répandirent aussi par un autre canal ; nous voulons parler de la tradition créée par l'enseignement qu'il donnait à son Académie.

Nous ne savons presque rien de 1' « Accademia Leonardi Vinci » que le grand peintre avait fondée à Milan; son existence même a pu être révoquée en doute par M. Uzielli, sans que ce doute, d'ailleurs, rencontrât créance. Et cependant, comme le dit fort justement M. Eug. Mûntzi, « il serait d'un intérêt capital de connaître l'organisation de l'Académie de Milan, ne fût-ce que pour savoir dans quelle mesure les découvertes de Léonard ont pu se répandre, et si plusieurs d'entre elles ne sont pas venues à la connaissance de ses successeurs immédiats par voie de tradition orale. » D'autant qu'en général^ « on s'accorde à considérer les manuscrits de Léonard comme des fragments de l'enseignement qu'il donna devant l'Académie de Milan. »

Ces quelques considérations font comprendre comment une théorie de Mécanique, composée par Léonard, a pu être reproduite, sous un nom d'emprunt, vers la fin du xvi^ siècle.

I. Eug. Mûntz, Léonard de Vinci, l'artiste, le penseur, le savant, p. aSo.

La THEORIE DE l'ÉQUILIBRE DES MERS SELON ArISTOTE,

Adraste et Théon de Smyrne,

Si nous voulons constater très exactement en quoi la théorie de Léonard de Vinci a été plagiée, il nous faut d'abord marquer avec une entière précision ce qui, en cette théorie, appartenait en propre au grand artiste ; pour cela, il nous faut reconnaître à quelles sources il avait puisé.

Pour retrouver ces sources, il nous faut rétrograder très loin dans le passé, il nous faut remonter jusqu'à Aristote.

Un des plus remarquables chapitres du De Cœlo est assurément ce XIV® chapitre du deuxième livre, où le Stagirite entreprend de prouver la sphéricité de la Terre.

Parmi ses arguments, il y a des raisons a posteriori qui nous donnent la rotondité de la Terre comme un fait; telle la forme de l'ombre de la Terre dans les éclipses de Lune ; telle encore cette observation que le voyageur, s'avançant du Nord au Sud, voit certaines constellations s'abaisser et disparaître, tandis que d'autres, qui lui étaient tout d'abord inconnues, se lèvent devant lui. Cette observation peut même servir à déterminer les dimensions du globe terrestre et Aristote en donne une évaluation qu'il tenait peut-être d'Eudoxei; cette détermination, à coup sûr, est fort erronée; elle n'en est pas moins la plus ancienne qui soit parvenue à notre connaissance.

L'étude de la pesanteur fournit à Aristote un nouvel argument a posteriori en faveur de la sphéricité de la Terre; Aristote admet que tous les graves tendent au même point, le centre du Monde; or la trajectoire de la chute des corps pesants, la verticale, variable en direction d'un point à l'autre de la Terre, est toujours normale à sa surface; celle-ci a donc la forme sphérique.

La considération de la pesanteur fournit à Aristote un argu-

I. Cf. p. Tannery, Recherches sur l'histoire de l'Astronomie ancienne (Mémoires de la Société des Sciences pliysiques et naturelles de Bordeaux, 'y série, t. I, p. i lo; iSgS).

ment d'un autre ordre, un argument a priori, ce que l'on appelait de son temps une preuve physique, ce que l'on appelle aujourd'hui une preuve mécanique; et cette preuve lui paraît si importante qu'il la place au premier rang.

(( 11 faut, » dit Aristote, « que la Terre ait la forme sphérique, car chacune de ses parcelles est douée d'une gravité par laquelle elle tend au centre du Monde; la moins lourde de deux parcelles voisines, poussée par la plus lourde, ne peut se mouvoir tantôt en haut, tantôt en bas ; elle est de plus en plus comprimée et finit par céder à celle qui la presse jusqu'à ce que, de toutes parts, tout grave vienne vers le centre, »

Sous une forme bien sommaire et bien vague encore, ce passage contient le germe d'une grande vérité qui ira se développant à travers les siècles : c'est à la pesanteur que la Terre doit sa figure.

De la pesanteur de la terre ferme, on ne saurait conclure qu'elle soit sphérique, mais seulement qu'elle tend à l'être ; grâce à leur solidité, ses diverses parties s'étayent les unes les autres et se gênent en leurs mouvements. Il n'en est pas de même de l'eau; la fluidité de cet élément supprime tout obstacle au changement de figure; une eau dont les diverses parties tendent au centre du Monde ne saurait être en équilibre que sa surface ne soit une sphère concentrique à l'Univers.

Aristote a fort bien reconnu cette vérité; il a entrepris de démontrer géométriquement la sphéricité de la surface des eaux. Voici en quels termes, trop concis, le De Cœlo nous rapporte ' sa démonstration :

(( Que la surface de l'eau soit sphérique, cela est manifeste si Ton accepte cette hypothèse : la nature de l'eau est de s'écouler vers les lieux les plus bas, et ce lieu est le plus bas qui est le plus voisin du centre. En effet, du centre a menons deux lignes a^ et ay; joignons gy. Si nous abaissons la perpendiculaire ao du centre a sur la ligne ^v, cette ligne sera la plus courte que l'on puisse mener du centre a à la ligne py. Le point B sera donc le plus bas de la ligne |3y, en sorte que l'eau coulera

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