Cette édition a été décrite au $ XIX
DOMINIQUE SOTO BT LA SCOLASTIQU1 I'AIUmi.wi. ^(jZ
Gomment les doctiunes de l'école d'Oxi'oiu) se sont répandus |.\ i talib.
Si les tendances d'Oxford ont déjà, peut être, sollicité Jacques de Forli, les doctrines de la grande Université anglaise semblent avoir attendu un peu plus longtemps avant d'entrer de plain-pied dans la Science italienne; leur triomphe se marqua bientôt par la vogue extraordinaire des divers traités dus à Guillaume Heytesbury.
Vers le milieu du xve siècle et dans les années qui remplissent la seconde moitié de ce siècle, un grand nombre de philosophes et de médecins s'attachent à commenter les divers ouvrages du chancelier d'Oxford; malheureusement, la vie de la plupart de ces commentateurs nous est à peu près ou tout à fait inconnue.
C'est ainsi que nous ne savons rien d'un certain Messino qui avait entrepris de commenter le traité De tribus prœdicamentis inséré par Heytesbury en ses Regulœ solvendi sophismata. Messino mourut sans avoir achevé son commentaire ; il le laissa interrompu au milieu du chapitre consacré au mouvement d'altération; Gaétan de Tiène y mit une fin; le traité de Messino, ainsi complété, fut imprimé, en 1I19I11, dans la collection des œuvres d'Hentisberus.
Gaëtan de Tiène qui a terminé le traité que Messino n'avait pu achever, fut, des Universités italiennes, vers le milieu du xvc siècle, l'un des maîtres les plus réputés. Né à Vicence d'une famille illustre, Gaëtan fut, à Padoue, élève de Paul de Venise; il enseigna longtemps avec éclat en' cette même ville de Padoue, où il mourut en i465. Fière du lustre qu'il avait jeté sur elle, la famille de Tiène donna souvent, par la suite, à ceux qui naissaient d'elle, le prénom de Gaëtan;
i. Tractatus Gulielmi Hentisberi de sensu composito et diviso..., Venetiis, i4ç)4; fol. 6a, col. c, à fol. 62, col. d. — Cette édition a été décrite au paragraphe XX.
aussi un autre Gaëtan de Tiène naquit-il en i48o; après avoir fondé l'ordre de Théatins, celui-ci mourut en i547 ; il eut l'honneur de la canonisation.
Le philosophe Gaëtan de Tiène a consacré une bonne part de son inlassable activité à commenter les divers traités de Guillaume Heytesbury.
Non content d'avoir donné une fin à l'opuscule De tribus prœdicamentis qu'avait écrit Messino, Gaëtan a composé, sous le nom de Recollectae, une œuvre étendue où il commente de très près, et souvent phrase par phrase, les Regulx solvendi sophismata du Dialecticien anglais ; ce commentaire a été imprimé avec les Regulœ, en 1/49/1, dans la collection des œuvres de Guillaume Heytesbury1.
Gaëtan de Tiène a également commenté, sophisme par sophisme, les Sophismata d'Hentisberus. Imprimé une première fois à Venise en 1^83, ce commentaire, joint à l'œuvre qu'il se proposait d'éclaircir, fut joint, en ihgh, à l'édition des traités d'Heytesbury2.
Cette édition nous fait connaître, en outre, un certain nombre d'autres commentaires que les écrits du Logicien d'Oxford ont fait éclore en l'Italie du xve siècle.
Nous y voyons3, par exemple, qu'un certain Simon de Lendinara (de Lendenaria) a, comme Gaëtan de Tiène, commenté, article par article, les trente-deux Sophismata du Maître.
Nous y lisons également^ un traité Da mouvement local, composé par un nommé Ange de Fossombrone (Angélus Forsemproniensis) à propos de ce qu'Hentisberus a écrit sur le même sujet.
Ce traité d'Ange de Fossombrone avait déjà été imprimé5;
i. Tractatus Gulielmi Ilentisberi de sensu composito et diviso..., éd. cit., fol. 7, col. b, à fol. 02, col. b.
2. Tractatus Gulielmi Ilentisberi de sensu composito et diviso..., éd. cit., fol. 81, col. b, à fol. 170, col d.
3. Tractatus Gulielmi Ilentisberi de sensu composito et diviso..., éd. cit., fol. 171, col. a, à fol. i83, col. c.
li. Tractatus Gulielmi Ilentisberi de sensu composito et diviso..., éd. cit., fol. 64, col. a, à fol. 73, col. a.
5. Angeli de Fossambruno Tractatus de velocitate motus. Colopbon: Finis secundi tractatus de vellocitate motus augmentationis secundum angelum de fosambruno... s. 1. a et typ. nom. (Pavia, Hieronymus de Durantibus,circa 1 485) (Hain, Repertorium bibliographicum, n* 7309).
D0MIWIQ1 i ' ET LA 8COLÀS1
niiiis, comme nous L'apprend la seconde édition1, cette pre mière édition ajoutait, au ir;iii<; du mouvement local, un second traité sm- le mouvemenl d'augmentation qui avait été purement cl simplement emprunté à l'ouvrage de Messino.
I ii médecin de Florence, morl en l'an r5oo, Bernard Torni ou Tornio, ayant lu ce traité d'Ange <1<* Fossombrone, > découvrit des assertions qui lui semblèrent erronées; afin de corriger ces défauts, il composa, à son tour, <lc> [nnotata sur le traite De motu locali d'Heytesbury; en ces Annotata, il ne se contentait pas de discuter les dires d'Ange de Fossombrone, mais aussi ceux de Jacques de Forli; bien que déjà anciennes, les assertions de ce dernier étaient encore objets d'activés controverses, car Bernard Torni nous parle des discussions qu'il eut, à leur sujet, avec Jean-Pierre Apollinaire de Arculis2 et le célèbre Jean Marliano, que nous retrouverons dans un instant.
Les Annotata de Bernard Torni furent, tout d'abord, imprimés à Pise3, en i484, en même temps qu'un écrit d'un autre florentin, François Raphaël, intitulé : Verificatio universalis in régulas Aristotelis de motu; le traité de François Pvaphaèl était une discussion de la Dynamique qu'Aristote propose au VIIe livre des Physiques.
Les Annotata de Bernard Torni furent imprimés une seconde fois, en i/jg4, dans la collection des œuvres d'Hentisberus-'.
Bien que spécialement consacrés au commentaire des écrits
i. Tractatus Gulielmi Hentisberi de sensu composito et diviso..., fol. 73, col. b.
2. C'est sans doute ce même Apollinaire qui eut, avec Pierre de Mantoue, une controverse touchant l'instant initial et l'état final, et composa, à ce sujet, un écrit daté du 2 décembre il\oo [Illustris philosophi et medici Apolinaris Ojjredi Cremonensis de primo et ultimo instanti in defensionem communis opinionis adversus Petrum Mantuanum. Imprimé à Colle, en 1^78, par Maître Bonus Gallus, et, peut-être à Pavie, en 1482, par un typographe inconnu (Hain, Repertorium bibliographicum, n° 12000, et T. de Marinis, catalogue de Manuscrits, autographes, incunables et livres rares, Florence, 191 1, n" 295 et 296.)!
3. Verificatio universalis in Régulas Aristotelis de motu non recedens a communi malhematicorum doctrina; prœced. : Auctoris Raphaelis Francisci Florentini ad Casparem Elephantucium Patricium Rononiensem scripta epistola — Bernardi ïornij Florentini Medici ac Philosophi in Capitulum de Motu Locali Hentisberi quedam annotata incipiunt. — Colophon : Finis quorundam dictorum supra capitulo de motu locali Hentisberi cum quibusdam conclusionibus per Bernardum Tornium Florentinum pisis impressa anno domini Mcccclxxxiiij.
k- Tractatus Gulielmi Hentisberi de sensu composito et diviso..., éd. cit., fol. 73, col. c, à fol. 77, col. c.
d'Heytesbury, les divers traités que nous venons de citer ont, pour la plupart, éprouvé non seulement l'influence du Chancelier d'Oxford, mais aussi celle du Calculateur; la vogue de celui-ci, en effet, suivit de près la vogue de celui-là; Gaétan de Tiène qui a si grandement contribué à répandre, dans les Universités italiennes, l'étude d'Hentisberus, paraît avoir introduit, en ces Universités, le traité de ce Calculateur que l'on allait confondre avec Swineshead.
« Pênes qixtd habeant intensio et remissio qualitatis attendi? En fonction de quoi faut-il déterminer l'intensité ou la rémission d'une qualité? » C'est par l'examen de cette question que Riccardus de Ghlymi Eshedi inaugurait son traité. Un des chapitres de ce traité avait pour objet l'étude de la réaction des qualités contraires les unes sur les autres, du chaud sur le froid, du sec sur l'humide. Les opinions admises par le Calculateur touchant l'intensité et la rémission d'une part, touchant la réaction, d'autre part, eurent le don d'attirer, avec une singulière force, l'attention des philosophes italiens.
Gaétan de Tiène avait écrit un traité De intensione et remissione Jormarum1, à la fin duquel il abordait également le problème de la réaction entre qualités contraires; il ne paraît pas qu'au moment où il rédigea ce traité, il eût connaissance de l'ouvrage du Calculateur, car il n'y fait aucune allusion; toute son argumentation vise le traité de même titre composé par Jacques de Forli.
Gaétan remarque, au cours de cette argumentation, que Giacomo Fosinfronte a subi l'influence de l'École d'Oxford ; le médecin de Forli ayant soutenu, touchant réchauffement des corps, une opinion compliquée, « c'est, dit Gaétan2, une objection anglaise, — sed hœc oppositio est brilannica. » Pierre Pomponace, d'ailleurs, discutant plus tard certaines opinions de Jacques de Forli, fait également remarquer3 qu'elles s'iden-
1. Nous avons décrit, au S XX, les deux éditions qui sont venues à notre connais^ sance, de ce traité et du traité De reactione.
2. Gaietani de Thienis Tractatus de intensione et remissione formarum ; cap. III; éd. i523, fol. 86, coll. c et d.
3. Pétri Pomponatii Mantuani Tractatus de reactione; sectio 1, cap. II; fol. 21, col. c de l'édition de i525 qui sera décrite plus loin.
DOMINIQUE SOTO B1 i\ COLA I i"i I PARI H 4q7
tificnt avec celles que le Calculateur soutenait sur le même
sujet.
Quelque temps après avoir donné son Tractatus de intérim sione et remissione formaruni) Gaëtan <l<: Tiène composait un
Tractatus de reactione; cette fois, le Philosophe vicentin connaissait l'écrit de lliccardus de Ghlyrni Eshedi : « En la question de la réaction, » écrivait-il au commencement de son opuscule, u les anciens aussi bien que les modernes ont imaginé des thèses diverses. Dernièrement, un certain traité, récemment composé sur cette matière, est venu entre mes mains; après que j'en eus achevé la lecture, il m'a incité à écrire quelque chose touchant ce que je pense de la réaction. En cet opuscule, je n'ai pas l'intention de traiter à fond les opinions de tous les philosophes, critiquant chacune des assertions qu'ils ont émises, comme plusieurs s'efforcent de le faire. Je veux seulement discuter deux opinions: la première est l'opinion qui est affirmée dans le susdit traité; la seconde est celle que j'ai suivie dans les commentaires que j'ai donnés sur le troisième livre des Physiques. »
En son Tractatus de reactione, Gaëtan de Tiène ne donne aucun nom à l'auteur du traité qu'il discute; mais dans les ouvrages qu'il a composés par la suite, il le désigne toujours par le surnom de Calculateur.
La discussion menée contre le Calculateur, en son Tractatus de reactione, par Gaëtan de Tiène allait mettre celui-ci aux prises avec un des plus célèbres médecins de ce temps-là; nous voulons parler de Jean Marliano, qui fut médecin de Jean Galeasz Sforza, et qui mourut à Milan, sa ville natale, en i/i83.
Au Tractatus de reactione de Gaëtan, Marliano opposa — et ce fut le premier écrit du jeune médecin — un traité de même titre; il y tenait certaines des thèses proposées par le Calculateur et combattait la doctrine de Gaëtan de Tiène. Il semble que cet écrit fût le premier où le mystérieux Ricardus de Ghlyrni Eshedi eût reçu le surnom de Calculateur. <a Cet homme, dit Pierre Pomponace1 en parlant de Marliano, avec
i. Pétri Pomponatii Mantuani Tractatus de reactione, sectio I, cap. I; fol. a4, col. b. de l'édition de i525, décrite un peu plus loin.
p, dlhem. 3a
son Calculateur (car c'est ainsi qu'il l'appelle continuellement), tient l'avis suivant:...» Gaëtan riposta par un opuscule où il tentait de défendre sa théorie contre les attaques de Marliano. Celui-ci, à son tour, répliqua1.
Cette polémique entre deux des philosophes les plus célèbres de l'Italie dut attirer très vivement l'attention de tous ceux que préoccupaient les problèmes scolastiques ; elle dut contribuer grandement à répandre parmi eux la renommée de l'ouvrage composé par le Calculateur. D'ailleurs, le débat sur les diverses théories de la réaction se prolongea bien après la mort de Gaëtan de Tiène et de Jean Marliano ; il était encore ardent au xvie siècle. En i5i5, Pierre Pomponace donnait2 un traité De reactione dont l'objet principal était la discussion des doctrines du Calculateur et de Jean Marliano. C^est également contre « un certain philosophe, anglais d'origine, nommé Suiset et surnommé le Calculateur », que le même Pierre Pomponace avait, en i5i4, composé un Tractatus de intensione et remissione Jormarum. Ni Marliano ni Gaëtan n'avaient confondu le Calculateur avec Swineshead. Mais, dès i/i8o, l'imprimerie avait vulgarisé cette confusion.
1. Les deux écrits de Marliano, avec la riposte de Gaëtan de Tiène au premier de ces écrits, sont imprimés en la collection suivante : Clarissimi philosophi et medici Iohannis marliani mediolanensis disputatio cum Magistro Ioanne de Arculis in diversis materiis ad philosophiam et utramque partem medicinœ pertinentibus — Clarissimi philosophi ac medici Iohannis Marliani de reactione subtilissimus tractatus et iuventutis sue opus primum — Clarissimi philosophi Gaietani de tienis tractatus subtilissimus quo conatur improbatam suam in materia de reactione opinionem deffendere — Clarissimi philosophi et medici Iohannis Marliani secundus tractatus in materia de reactione ab eodem editus in Prestantissimi philosophi Gaietani de tienis opinionem in eadem materia maie in precedenti eiusdem tractatu corroboratam esse ostenderet suamque opinionem defensaret. — Difjîcultates quedam misse per subtilissimi (sic) doctorem ac philosophorum monarcham d. M. Io. de Marliano de philippo adjute veneto potentem (sic) ab eo dari responsiones. Golophon : Expliciunt opéra subtilissima Clarissimi artium ac medicine doctoris Iohannis Marliani ducalis phisici primi sue etatis omnium philosophorum principis. Scilicet Questio de proportionibus. De reductione aque calide. Probatio cujusdam consequentie calculatoris in de motu locali. Uterque tractatus de reactione cum tractatu Gaietani. Conclusiones quedam cum responsionibus ac replicationibus domini Philippi adiute. Laus deo. S. 1. a. et typ. n. (Papia3, Damianus Gonfalonierus).
2. Pétri Pomponatii Mantuani Tractatus acutissimi, utilissimi, et mère peripatetici. De intensione et remissione jormarum ac de parvitate et magnitudine. De reactione. De modo agendi primarum qualitatum. De immortalitate anime. Apologie libri très. Contradictoris tractatus doctissimus. Defensoriumautoris. Approbationes rationum defensorii, per Fratrcm Chrysostomum Theologum ordinis predicatorii divinum. De nutritione et augmentât ione. Golophon : Venetiis impressum arte et sumptibus heredum quondam domini Octaviani Scoti, civis ac patritii Modoetiensis : et sociorum. Anno ab incarnationc dominica. MDXXV. calendis Martij.
DOMINIQUE soio ri i\ StiOLA riQUtt PAR] V)9
Si les chapitres consacrés par l<- Calculateur à l'intensité et à la rémission des formes, h La réaction des qualités contraii ont, tout particulièrement, attiré L'attention des maîtres italiens, il ne faudrail |>a> croire que ceux ci eussent délaie les autres chapitres éci ils pur Le môme auteur et, spécialement, celui où il traitait du mouvement local.
A ce chapitre, il est vrai, non plus qu'au reste du livre composé par Kiccardus de Ghlymi Bshedi, on ne trouve aucune allusion dans le traité De {films prxdicamcnlis qu'a écrit Messino ; il est permis de penser que celui-ci n'a pas eu connaissance du Calculateur.
Gaétan de Tiène avait déjà lu cet auteur lorsqu'il commenta les Regulx d'IIeytesbury; en exposant, en effet, le traité intitulé : De incipit et desinit, il invoque x une opinion du Calculateur touchant l'intensité des formes; lorsqu'il traite du mouvement d'augmentation et de diminution, il fait connaître2 certaine opinion du Chancelier d'Oxford et ajoute : « Il faut remarquer que le Calculateur est d'une opinion contraire... Il argumente d'un grand nombre de manières contre l'opinion de Tisberus. » Toutefois, en ce que Gaétan dit du mouvement local, nous ne reconnaissons rien qui soit emprunté à Ricardus de Ghlymi Eshedi.
Jean Marliano s'est grandement intéressé au chapitre consacré par le Calculateur à l'étude du mouvement local. Il en a tiré parti en l'opuscule où il s'est occupé de la relation, objet constant des recherches des mécaniciens de ce temps, entre la puissance qui meut un mobile, la résistance qui le retient et la vitesse du mouvement pris par ce mobile ; imprimé à Pavie en i4823, cet opuscule fut ensuite reproduit dans la collection des écrits de Marliano. Cette collection renferme, d'ailleurs, une autre pièce où le Médecin milanais
t. Tractatus Gulielmi Hentisberi de sensu composilo et diviso..., éd. Venetiis, i^, fol. 29, col. b.
2. Tractatus Gulielmi Hentisberi de sensu composito et diviso..., éd. cit., fol. 5a, col. b.
3. IohannisMarliani sua etate philosophorum et medicorum principis et ducalis physici primi de Proportione motuum in velocitate questio subtilisima incipit... Colophon : Impressum Papiœ per Damianum de comphalonerii de binascho. Die 16 Decembris anni M. 482. Amen. — Cette pièce est intitulée : Questio de proportionibus en la collection des œuvres de Jean Marliano.
s'attache à prouver une proposition que le Calculateur avait avancée en son chapitre De motu locali.
Le nom du Calculateur, pas plus, du reste, qu'aucun autre nom, ne figure au traité De motu locali composé par Ange de Fossombrone; mais cet auteur formule1 toute une suite de règles sur les changements qu'éprouve la vitesse d'un mobile lorsqu'on fait varier soit la puissance, soit la résistance; ces règles sont précisément celles auxquelles Riccardus de Ghlymi Eshedi avait consacré, dans son ouvrage, le chapitre du mouvement local.
Bernard Torni, dans son opuscule De motu locali, cite à plusieurs reprises2 le Calculateur; d'ailleurs, pas plus que Gaëtan de Tiène ni que Jean Marliano, il n'adjoint à ce surnom le nom de Suiseth.
Nous trouvons, au contraire, ce nom et ce surnom unis ensemble en un écrit d'un averroïste célèbre, professeur illustre de l'Université de Padoue, Alessandro Achillini de Bologne (i A63-i5i 2). Cet écrit, intitulé De dislributionibus ac de proportione motuum, fut imprimé à Bologne, par Benedictus Hectoris, en i^h ; sous ce titre : De proportionibus motuumy il fut compris dans les éditions des Alexandri Achillini Opéra que Hieronymus Scotus donna à Venise en i545, i55i et i5683. En cette étude sur la relation qui lie la vitesse du mobile aux grandeurs de la puissance et de la résistance, Achillini cite à plusieurs reprises * le Calculateur; mais en une circonstance5, il le nomme Suiset le Calculateur ; en cette circonstance, il l'associe à Nicole Oresme et fait de tous deux des maîtres soumis à l'influence de Thomas Bradwardine. Très érudit, Achillini joint encore à ces noms ceux de Tisberus6 (Heytesbury) et de Marliano7.
1. Tractatus Gulielmi Hentisberi de sensu composito et diviso..., éd. Venetiis, 1 4g4 T fol. Gg, col. c, à fol. 70, col. d.
2. Tractatus Gulielmi Hentisberi de sensu composito et diviso..., éd. cit., fol. 73, col. d, et fol. 76, col. a.
3. L'édition de ces mêmes Opéra donnée à Venise, sans nom d'éditeur, en i5o8, ne contient pas l'opuscule De proportionibus motuum.
4- Alexandri Achillini Bononiensis philosophi celeberrimi Opéra omnia in unum collecta... Venetijs apud Hieronymum Scotum MDXLV; fol. 190, col. c; fol. 191» col. a; fol. 193, col. b; fol. ig5, col. b.