Antonio Favaro, Op. laud., p
h. Cette édition a été décrite au § XII.
5. Nous n'avons pu consulter l'ouvrage de Jacques de Forli ; ce que nous en disons est extrait des Perscrutation.es physicœ de Louis Coroncl; nous avons eu mainte occasion de contrôler l'exactitude parfaite des informations de cet auteur.
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extremum remissius ipsius. » Plus olaire que la définition proposée par Biaise de Parme, elle lui est, au Fond, identique.
Jacques de Forli veut que cette latitude uniformément difforme soit aussi intense que I»1 degré le plus Intense qu'elle contienne ou qui lui serve de terme; «exactement, remarque Louis Coronel1, comme Hentisber tient, en son traité du mouvement local, qu'un mobile se meut avec la même vite que son point le plus rapidement mû ». Le parti auquel se range Jacques de Forli, c'est, comme nous l'avons vu en l'article précédent, celui que Swineshead tenait en son De primo motore. Selon l'observation fort juste de Louis Coronel, ce parti tire sa principale force de cette proposition : La vitesse d'un corps animé d'un mouvement de rotation, c'est la vitesse du point de ce corps qui se meut le plus rapidement. Nous avons vu que cette proposition, formulée par Bradwardine, avait ravi l'adhésion non seulement de toute l'École d'Oxford, mais encore d'Albert de Saxe.
L'influence d'Oxford ne paraît pas s'être exercée seulement sur Jacques de Forli en le pressant d'adhérer à telle ou telle opinion particulière; elle semble lui avoir inspiré, par une action plus générale, un goût immodéré pour les calculât iones.
Jacques de Forli était médecin, et il a beaucoup écrit sur la médecine. On a de lui un commentaire2 des passages où les Canons d'A.vicenne traitent d'embryologie. Mais trois ouvrages ont surtout rendu célèbre le nom de Giacomo délia Torre parmi les médecins, et cela jusqu'au milieu du xvr siècle. Ces trois ouvrages sont: un commentaire, suivi de questions, sur les Aphorismes d'Hippocrate3; un commentaire, suivi de ques-
1. Physicae perscrutationes magistri Ludovici Coronel Hispani Segoviensis; lib.III, cap.: De difformibus. Éd. Parrhisiis, i5ii, fol. LXVI, col. a.
2. Jacobi de Forlivio Expositio in Avicennse capitulum de generationê embrii ac de extensione graduum formationis fœtus in utero. Hain, dans son Repertorium bibliographicum, cite, de cet ouvrage, deux éditions incunables, l'une donnée à Pavie en 1/179, l'autre à Bologne en i485.
3. Jacobi de Forlivio Expositio in aphorismos Hippocratis. Le Repertorium bibliographicurn de Hain cite, comme antérieures à i5oo, une édition sans aucune indication typographique; deux éditions, sans indication de lieu ni d'imprimeur, datées l'une de 1473 et l'autre de 1/477; Pu*s ^es éditions données à Pavie en i485, à Venise en iigo et 1 A95. Celle que nous avons consultée porte le titre suivant : Super aphorismos,
tions, sur le traité de Galien intitulé Mapoil^vY]1; enfin un commentaire et des questions sur le premier livre du Canon d'Avicenne2.
Ces traités médicaux, il est difficile de ne les point juger comme le faisait Louis Vives, et le jugement qu'il en portait est fort dur :
« II faut voir, écrivait-il au sujet de la décadence de la Médecine3, les chicanes et les complications introduites par Jacques de Forli; elles ne sont ni moins épineuses ni moins inutiles que les discussions de Suicet; elles ne le cèdent à celles-ci ni pour la prolixité ni pour l'ennui. »
Les cavillationes, les tricœ dont se plaint Louis Vives sont encore, aux Questions sur les aphorismes d'Hippocrate, contenues en de certaines limites ; elles débordent dans les écrits que Jacques de Forli consacre à Galien; là, les calculationes qui avaient si étrangement envahi et corrompu la Logique, la Physique et la Théologie de l'École d'Oxford commencent à s'emparer de la Médecine italienne. Il nous suffit d'ouvrir YExposition du MutpoféxVYî de Galien pour y lire des raisonnements tels que celui-ci ^ :
« Supposons que Sortes passe de A, qui est le degré extrême de sa santé, à G, qui est le degré extrême de la maladie la
Iacobi Foroliviensis In Hippocratis aphorismos, et Galeni super eisdem commentarios expositio et quaesliones quamendatissimae. Additis Marsilii de Sancta Sophia interpretationibus in eos aphorismos, qui a lacobo expositi non fuerant. Venetiis apud Iuntas MDXLVII.
i. Jacobi de Forlivio Super I, II et III tegni Galeni. Outre une édition qui ne porte aucune indication typographique, et qui fut sans doute donnée à Padoueou à Venise, le Repertorium bibliographicum mentionne trois autres éditions incunables : Venetiis, 1/170; Paduae, 1^175 ; Papiae, 1687. L'édition que nous avons lue est la suivante: Iacobi Foroliviensis Medici Singularis expositio, et quaestiones in artem medicinalem Galeni quae vulgo techni appellatur quamemendatissime (sic). Venetiis apud Iuntas MDXLVII.
3. Jacobi de Forlivio Expositio in primum librum Canonis Avicennœ. Hain énumère les éditions incunables suivantes : édition sans indication typographique donnée à Milan; édition sans date donnée à Pavie; Venise, 1^79; Pavie, i£88; sans indication de lieu, i&g5; Venise, i/igô. Voici le titre de celle que nous avons consultée : Iacobi Foroliviensis Medici Singularis expositio et quaestiones in primum canonem Avicennae adjecta Iacobi de partibus in Vil et VIII cap. Doct. ij. Fen. iij. expositione, ac Ugonis qusestione, de malitia complexionis diversœ. Venetiis apud Iuntas MDXLVII.
3. Joannis Ludovici Vivis De causis corruptarum artium liber Vus. Dejphilosophia naturae, medicina et artibus corruptis. De medicina (Io. Ludovici Vivis Opéra, Basileae, MDLV, p. Zn5).
4. Iacobi Foroliviensis Expositio super libros techni Galeni, lib. I, text. 6; éd. cit., fol. 6, col. d.
DOMINIQUE 80TO R LA SCOLÀSTIQUB PARIfiIBNIf] ^89
plus proche, <i»% la fièvre par exemple; soit V> le degré <'<|ui distant des deux extrêmes A et C. Il est évident qu'avant d'atteindre l>, Sortes atteindra I « t disposition moyenne entre
A et B; il est également évident «pie le degré B une \n\> acquis, il acquerra, avant d'atteindre C, la disposition
moyenne entre \\ et C... »
Voilà bien l'appareil de fausse rigueur, le langage inutilement grimé en style mathématique qui rendent insuppor table la lecture de Swineshead ou de Dumbleton, d'IIeytesbury ou du Calculateur.
Les calculationes ne pourraient s'introduire dans le domaine de la Médecine si les notions propres à cette science n'étaient supposées mesurables, si l'on ne prétendait les exprimer en nombres, si l'on n'attribuait à la santé et à la maladie des latitudes divisibles en degrés; Jacques de Forli leur en attribue donc :
« Voici évidemment1 comment procède l'ordre selon lequel les corps doivent être placés en la latitude de la santé; au premier ordre, se place le corps toujours sain; au second ordre, le corps sain la plupart du temps; au troisième, le corps qui est, la plupart du temps, à l'état neutre ; au quatrième, le corps qui est toujours à l'état neutre; au cinquième, celui qui est malade la plupart du temps; au sixième, le corps toujours malade. »
La santé et la maladie sont donc douées d'une latitude qui peut atteindre divers degrés, comme le sont les autres qualités, le chaud et le froid, le sec et l'humide; le raisonnement arithmétique a prise sur celles-là comme il a prise sur celles-ci; aussi le voit-on s'introduire en mainte question composée sur le MtxpoTs}çvTj de Galien, sur le Canon d'Avicenne.
Ce que, par l'emploi des latitudes, les physiciens de Paris ou d'Oxford ont dit des qualités peut aussi s'étendre à la santé et à la maladie; c'est ce qui amène Jacques de Forli, en une de ses Questions sur le Canon d'Avicenne, à rappeler2 une
1. Iacobi Foroliviensis Quœstiones super libros techni Galeni; liber I, quaestio XI; éd. cit., fol. 91, col. a. — Cf. quaest. XII; éd. cit., fol. 92, col. a.
2. Iacobi Foroliviensis Quxstiones saper duas primas f en primi canonis Abi halyabin sceni, quaest. VI; éd. cit., fol. 190, col. d.
ftgO ÉTUDES SUR LÉONARD DE VINCI
théorie célèbre de Buridan : En un corps inégalement échauffé, le degré le plus intense de chaleur coexiste avec le plus faible degré de froid, le degré moyen de chaleur avec le degré moyen de froid.
Cette théorie, il l'applique à la Physiologie en une de ses Questions sur Galien, ce qui l'amène à citer son propre traité De intensione formarum : « Les membres qui sont immédiatement contigus, » écrit-il1, « peuvent donc réagir les uns sur les autres d'une manière positive suivant les qualités contraires; pour recevoir, à ce sujet, un enseignement plus complet, voyez mon Traité de Vintensité des formes, où j'ai touché de la manière probable de sauver la réaction à l'aide de qualités douées d'intensité. »
Louis Vives accuse Jacques de Forli d'avoir, le premier, introduit en Médecine ces discussions épineuses analogues aux calculationes d'Oxford2. Il semble que ce reproche ne soit pas tout à fait juste. Avant Giacomo délia Torre, les médecins italiens avaient accoutumé de raisonner sur la latitude de la santé et de la maladie; le médecin de Forli n'a fait, sans doute, qu'exagérer la fausse rigueur de ses prédécesseurs et que singer plus complètement la forme du raisonnement mathématique. Le propre témoignage de Jacques de Forli
i. Iacobi Foroliviensis Quœstiones in librum techni Galeni; lib. II, quaest. XXXIII; éd. cit., fol. i ^a, col. c.
2. Parfois, les opinions de Jacques de Forli prêtent à certains rapprochements avec les doctrines qui avaient cours à Oxford; ainsi en est- il des opinions qu'il professe touchant l'horreur du vide: «Le vide ne produit pas d'attraction, si ce n'est dans ce sens... qu'une certaine attraction se produit afin d'empêcher le vide. On pourra argumenter en sens contraire et dire que cette attraction, dont l'effet est positif, doit être UDe certaine qualité positive; et comme elle n'est pas une qualité élémentaire manifeste, elle doit être un principe occulte ou une propriété occulte qu'il faut nommer forme ou vertu spécifique. A cet argument, nous répondrons que tout principe occulte ou toute propriété odculte ne doit pas être nommé forme ou vertu spécifique, car la forme spécifique, telle qu'on l'entend communément, concerne un agent déterminé et un patient déterminé; mais il n'en est pas ainsi de l'attraction qui se produit afin d'empêcher le vide; en effet, elle convient indifféremment à tout corps; bien qu'à cette attraction concoure un principe occulte qu'une vertu céleste a naturellement imprimé à tout être, principe par lequel la nature de cet être est porté à sauver la continuité des parties de l'Univers, car, par cette continuité, est sauvé l'ordre universel des corps qui constituent l'Univers, ce principe, toutefois, ne mérite pas proprement le nom de forme spécifique. » (Jacobi Foroliviensis Expositio super duas primas fen primi canonis Avicennx; Gan. 1, fcn. I, doct. VI; éd. cit., fol. G3, col. a). — C'est exactement la doctrine que Dumbleton expose en sa Summa.
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nous peul renseigner à cet égard. Ici1, il nous apprend que Les « anciens Polonais » distinguaient, pour les disposition naturelles, une distance de latitude el nue distance de nature : « par la première, ils entendaient la distance affectée de degrés dont nous avons parlé ci-dessus, et par la seconde,
la distance en perfection». Là \ nous voyons des COnsidé
rations de même nature attribuées « à Gentilis et aux Padouans ».
Jacques de Forli cite fréquemment l'École de Padoue et, d'une manière incessante, les opinions de Gentilis.
Un certain Gcntile de Foligno était médecin de Jean XXII; un autre Gentile de Foligno, qui était peut être fils du précédent, et qui exerça la médecine à Padoue, mourut à Pérouse le 12 juin i348; c'est de ce dernier que le nom revient si souvent sous la plume de Jacques de Forli.
Ce Gentile de Foligno écrivit abondamment sur les choses de la médecine et ses écrits demeurèrent longtemps célèbres3. On a de lui une Exposition du second livre du canon d'Avicenne, une Exposition, composée en i3^6, de la première fen du quatrième livre du canon d'Avicenne, un écrit Sur le cinquième livre de ce canon, un traité De majoritate morbi qui est daté de 1 344? un Traité sur les proportions selon lesquelles il faut mélanger les médecines, un Traité des bains, un livre Sur les usages de l'eau du bain de Porretta. Il semble que ce fécond écrivain ait été, au moins pour une part, l'introducteur, en Tétude de la médecine, de ces discussions subtiles auxquelles s'est complu Jacques de Forli. Toutefois, les arguties de Gentilis sont infiniment moins compliquées que celles de Giacomo délia Torre et, surtout, elles ne se parent aucunement de la forme mathématique; le goût des calculationes n'avait pas encore passé d'Oxford en Italie.
Si les cavillationes et les iricœ auxquelles se complaît Giacomo délia Torre nous semblent souvent mériter les
i. lacobi Foroliviensis Quœstiones in librum techni Galeni; lib. I, quaest. XII; éd. cit., fol. 92, col. a.
2. lacobi Foroliviensis Op. laud., lib. I, quaest. XVI; éd. cit., fol. g5, col. a.
3. Le Repertorium bibliographicum de Hain énumère les multiples éditions incunables de ces écrits.
sarcasmes dont les accablaient les humanistes et dont Louis Vives s'est armé à leur égard, il s'en faut bien qu'elles aient, à ce point, paru inutiles et fastidieuses aux médecins italiens du xve siècle; elles plurent singulièrement, au contraire, à bon nombre d'entre eux; les opinions auxquelles cet auteur avait donné son adhésion se trouvaient souvent, dans la suite, embrassées par la foule des médecins, « tota medicorum caterva, » selon le mot de Louis Coronel1.
C'est, sans doute, parmi ces médecins, admirateurs de Jacques de Forli, qu'il nous faut ranger Jean de Casai (Johannes de Casali), dont nous ne connaissons rien, sinon une Quœstio subtilis de velocitate motu alterationis qui fut imprimée en i5o52 avec le traité De latitudinibus formarum attribué à Oresme, les Quxstiones composées sur le même sujet par Biaise de Parme, et le Tractatus de sex inconvenientibus.
En dépit des méprisantes critiques de Vives, la faveur avec laquelle les médecins italiens accueillirent les calculationes de Jacques de Forli procédait d'un désir très légitime; ces médecins souhaitaient ardemment de mettre, en leurs discussions, la précision et la rigueur des raisonnements mathématiques; la tentative par laquelle ils se sont efforcés d'y parvenir était assurément prématurée; elle le serait encore aujourd'hui pour la plupart des sujets qu'ils débattaient; du moins, peut-on leur savoir gré d'avoir clairement aperçu cette vérité : toute partie de la Science de la Nature accomplit un progrès considérable au moment où elle devient apte à revêtir la forme mathématique; leur seul tort est d'avoir cru toute proche et tout aisée la réalisation d'un idéal qui nous semble, même aujourd'hui, immensément éloigné.
i. Ludovici Coronel Op. laud., lib. III, cap. : De compossibilitate qualitatum ; éd. cit., fol. LX, col. c.