L'ÉTUDE DE LA LATITUDE DES FORMES
a l'Université de Paris, au début du xvie siècle. Jean Majoris, Jean Dullaert de Gand.
Nous avons délaissé l'Université de Paris au moment où Marsile d'Inghen la quittait; c'est le moment où les querelles relatives au Grand Schisme vont se substituer aux paisibles discussions de la Logique et de la Physique, et amoindrir le prestige, jusqu'alors incontesté, de Y Aima Mater; c'est aussi le moment où la guerre de Cent ans, où la rivalité des Armagnacs et des Bourguignons, où les épidémies meurtrières vont désoler Paris de la grande pitié qui est en tout le royaume de France. Nous avons passé la mer pour nous initier aux doctrines que l'Université d'Oxford professait au xive siècle; puis nous sommes venus suivre, en Italie, la fortune que les enseignements de France et d'Angleterre y ont rencontrée pendant la durée du Quattrocento. Il est temps de revenir
i. Les Manuscrits de Léonard de Vinci, publiés par Cb» Ravaisson Mollien ; ms. M de la Bibliothèque de l'Institut, fol. 42, verso.
à Paris et de nous enquérir du sort qu'y ont eu les vérités découvertes au xive siècle.
Des débuts du Grand Schisme au commencement du xve siècle, s'écoule une durée plus que séculaire pendant laquelle la vie intellectuelle de l'Université parisienne nous est fort mal connue; les documents peu nombreux que nous avons pu consulter ne nous ont fourni que des renseignements rares et insuffisants.
La moitié du xive siècle était, sans doute, déjà écoulée lorsque Maître Jean Hennon, bachelier en Théologie, composa un traité de Philosophie1 où il exposait successivement les questions traitées dans les ouvrages suivants d'Aristote : Les Physiques, le De Caelo et Mundo, le De generatione et corruptione, les Météores y le De anima, le De sensu et sensato, le De memoria et reminiscentia, le De somno et vigilia, le De causis longitudinis et brevitatis vitœ, enfin les six premiers livres de la Métaphysique.
François Fine, élève du collège de Navarre et de la Faculté des Arts, qui a copié cet écrit et ingénieusement enluminé les titres des diverses parties dont il se compose, a deux fois daté son ouvrage.
A la fin de l'exposition du De anima2, il a écrit : « Explicit liber 3u*de anima per me franc iscum fine die prima octobris anno domini 1U63. »
Au dernier feuillet du texte manuscrit3, on lit : « Completus est presens liber philosophie Aristotelis in aima Parisius universitate conditus ab eximio viro doctissimo magistro Johanne hennon In sacra pagina pro tune baccalaureo formato. Scriptus per me franciscum fine in preclara arcium facultale eo tune sludentem in collegio provincie navarre in monte Sancte genovefe virginis. anno domini nostri Jhesu christi millesimo CCCC0 LXIIP. Die vero prima octobris. In fine cujus laudes extolle terno et uni viventi in secula seculorum amen. »
En tout débat qui relève de la Métaphysique, Jean Hennon
i. Bibl. Nat., fonds latin, ms. n* 6539.