L'ÉTUDE DE LA LATITUDE DES FORMES A L'UNIVERSITE DE
Paris, au début du xvie siècle (fia). — Les maîtres espagnols. Jean de Celaya. Louis Coronel.
A l'Université de Paris, les Espagnols et les Portugais faisaient partie de la même nation, la nation berrichonne ; entre eux, les rapports devaient être intimes et fréquents.
Ainsi l'espagnol Jean de Celaya, originaire du Royaume de Valence, est régent à Sainte-Barbe; son plus fidèle disciple est un portugais, Jean Ribeyro, de Lisbonne.
A la fin de Y Exposition de la Physique de Jean de Celaya1, on trouve une lettre que Jean Ribeyro adresse, de Paris, à son frère Gonzalve. Après avoir navigué sur les côtes de l'Ethiopie dans l'espoir de faire fortune, après avoir fort mal réussi dans ses affaires, Jean Ribeyro s'est dirigé vers Paris afin d'y rentrer en grâce auprès des belles-lettres. Là, il s'est attaché aux enseignements de Jean de Gelaya pour lequel il professe une si grande admiration qu'il regrette de ne pas voir son frère parmi les auditeurs d'un tel maître ; l'éloge qu.'il en fait atteint aux plus hauts sommets du dithyrambe.
Jean Ribeyro devait marquer, plus tard, sa piété envers Jean de Celaya en publiant et annotant les Introductions dialectiques, composées par celui-ci2.
L'attachement de Jean Ribeyro pour Jean de Gelaya nous montre quelles intimes relations s'établissaient parfois, à Paris, entre maîtres espagnols et maîtres portugais. Il est permis de croire que le régent espagnol du Collège Sainte- Barbe, Jean de Gelaya, n'était point sans connaître le régent portugais du Collège de Coqueret, Alvarès Thomé; les rapprochements que nous aurons à faire entre les écrits de ces deux maîtres n'auront donc rien que de très naturel.
En ses Expositions sur les Physiques, sur le De Cdclo et
i. Expositio magislri ioannis de Gelaya Valentini in octo libros phisicorum Aristotelis : cum questionibus eiusdem, secundum triplicem viam beati Thome, realium et nominalium. Venundatur Parrhisiis ab Hemundo le Feure in vico sancti Jacobi propeedem sancti Benedicti sub intersignio crescentis lune commorantis. Cum gratiaet Privilegio régis amplissimo. — Colophon : Explicit in libros phisicorum Aristotelis expositio a magistro Joanne de Celaya Hyspano de regno Valentie édita : dumregeret Parisiusin famatissimo dive Barbare gymnasio pro cursu secundo anno a virgineopartu decimoseptimo supra millesimum et quingentesimum VII idus Decembris. diligenter impressa arte Johannis de prato et Jacobi le messier in vico puretarum propecollegium cluniacense commorantium : Sumptibus vero honesti viri Hemundi le feure in vico sancti Jacobi ^rope edem sancti benedicti Sub intersignio crescentis lune moram trahentis. Laus deo.
2. Dialectice introdactiones sive termini Magistri Joannis de celaya Valentini: cum nonnullis (Magistri Johannis ribeyro Ulyxbonensis sui discipuli) additionibus recenter impresse: et per eundem sue integritati restitute. Colophon : Imprime a Caen pour Michel et Girard dietz augier, et Jacquet berthelot libraires Demeurans audict lieu a lenseigne du mont-Sainct Michel Près les Cordeliers. Et a este acheue le. xx viij. iour de juillet MDXXVIJ.
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Mundo, sur Le De generatione ei corruptione, Jean de Celaya suit, en général, oet ordre : Il donne I»' i<'.\i<' d'Aristote, il en expose le commentaire littéral, i>uis, sous ce titre : Sequitur glosa, il discute Les opinions diverses e! formule celle <j«ii lui esi propre, Il agit i<mi autrement au troisième livre des Physiques, après qu'il a commenté ce qu'A ristote, aux trois premiers chapitres de ce livre, dit du mouvement. Le titre : Sequitur tractatus proportionum annonce1, entre le troisième chapitre d'Aristote et le quatrième, L'insertion d'un écrit qui n'a plus rien d'un commentaire à l'œuvre du Stagiritc, et qui ne remplit pas moins de soixante-quatorze feuillets2.
« Gomme nous nous proposons de traiter la triple forme du
mouvement (molus Iriplicitalem rimatari) » C'est en ces
termes que débute le traité des proportions de Jean de Celaya. Ces mots évoquent tout aussitôt, à notre esprit, le titre du Liber de tripllci mola composé par Alvarès Thomé. Et en effet, le traité que le Régent espagnol insère dans son Expos Mo in libros Physicoram suit exactement le même plan que le traité publié, peu d'années auparavant, par son collègue portugais; celui-là ne diffère guère de celui-ci que par une plus grande concision.
La documentation de Jean de Celaya est la même que celle d'Alvarus Thomas. Le nom le plus souvent cité en son traité est celui du Calculateur; il est prononcé un douzaine de fois. Celui de Guillaume Heytesbury est prononcé presque aussi souvent. Jacques de Forli est cité deux fois ; en l'une de ces citations3, on rappelle qu'il voulait caractériser une latitude uniformément difforme, non par son degré moyen, mais par son degré le plus intense.
Le Régent de Sainte-Barbe a lu les commentateurs italiens d'Heytesbury ; ici, à propos d'un sophisme relatif à l'accélération, il cite4 la réplique d'« Angélus Forsempionensis, cornmentator Entisberi » ; là, il rappelle5 comment Gaëtan de Tiène démontre une conclusion d'Heytesbury.
i. Joannis de Celaya Expositio in libros physicorum, fol. 1 xi ij, col. d.
2. Joannis de Celaya Op. laud., fol. lxiij, col. d, à fol. cxvij, col. c.
3. Joannis de Celaya Op. laud., fol. lxxxiij, col. d. k. Joannis de Celaya Op. laud., fol. lxxxv, col. a.