‹ Études sur Léonard de VinciChapitre 20 sur 127 · Louis Vives, loc. cit., pp. U · texte numérisé non relu

Louis Vives, loc. cit., pp. U

LA TRADITION DE BURIDÀH BT LA SCIENCE ITALIENNE ai \vi SIECLE 171

ceux qui les professent, parmi ceux que l'on estime pane qu'ils ont de ces calculs une connaissance approfondie.

» Quant à la science, que peut-elle être «n de tels sujets si

éloignés, si complètement séparés de Dieu, d'une part, <lu sens et de L'esprit, d'autre part? En un domaine OÙ, fondé nulle vide, on voit s'élever un vaste édifice d'assertions et d'avis contradictoires touchant l'accroissement et le décaissement de l'intensité, le dense et le rare, le mouvement uniforme, le mouvement non uniforme, uniformément varié, non uniformément variéP Ils sont innombrables ceux qui, sans mesure, discutent des cas qui n'arrivent jamais, qui ne peuvent même se présenter en la nature; qui parlent de corps infiniment rares ou infiniment denses, qui divisent une heure en parties proportionnelles de telle ou telle raison, qui imaginent, en chacune de ces parties, un mouvement, ou une altération, ou une raréfaction, variant dans un certain rapport... »

Ces exercices logiques, ces calculs, des hommes comme Jacques de Forli les ont introduits jusque dans les études médicales, au désespoir de Louis Vives1 :

« Les chicanes et les vétilles de Jacques de Forli ne sont ni moins épineuses, ni moins inutiles que celles de Suiseth, dont Jean Dullaert nous faisait, en nos exercices de Physique, de fréquentes citations ; elles ne le cèdent aux calculs de Suiseth ni en prolixité, ni en fâcheux ennui. »

Ces exercices de Dialectique ne donnent aux étudiants aucune connaissance positive ; ils ne les habituent nullement à observer les faits concrets; ils ne développent pas en eux les qualités intellectuelles que requiert la pratique :

a Les jeunes gens et les adolescents que l'on a instruits à l'aide de ces discussions captieuses et épineuses ne savent rien des plantes, rien des animaux, rien des éléments ni de la nalure entière; ils ne sont munis d'aucune expérience des choses de la nature, d'aucune connaissance des réalités; aucune prudence ne les soutient; leur jugement et leur conseil sont excessivement faibles, et on les admet à l'accès des honneurs ! »

1. Ludovici Vivis Op. cit., De medicina (Lodovici Vivis Opéra, tomus I, p. 4i5).

Absence de toute connaissance concrète et pratique en l'enseignement de l'Université de Paris, caractère abstrait et idéal des problèmes traités, complication et subtilité des méthodes qui servent à les résoudre, tout cela excite la verve railleuse de Vives; mais ce qui l'irrite au plus haut point, ce qui choque au suprême degré son goût délicat, c'est le langage barbare à l'aide duquel se donne cet enseignement ; c'est à ce « style de Paris » qu'il réserve ses plus fréquentes et ses plus violentes invectives.

« Quelle est donc, je vous prie1, cette langue dont use votre Dialectique? Du Français ou de l'Espagnol? Du Goth ou du Vandale? Car du Latin, ce n'en est assurément pas...

» Ces hommes prétendent parler latin; or, non seulement les latinistes les plus savants ne les comprennent pas, mais il arrive fort souvent qu'ils ne s'entendent pas entre gens de même farine ou plutôt de même son. Bon nombre des mots qu'ils emploient sont inintelligibles pour tout autre que celui qui les a forgés...

» Presque tout ce dont ces professeurs traitent à force de syllogismes, d'oppositions, de conjonctions, de disjonctions, d'explications de propositions, n'est que devinettes comme l'on s'en propose en jouant, entre enfants et bonnes femmes. »

«Cette langue2 d'où barbarismes et solécismcs jaillissent à profusion est la seule, paraît-il, qui se prête aux définitions magistrales des questions théologiques...

» Un ouvrage est-il écrit d'une manière un peu moins inculte? Quel qu'en soit le sujet, ces hommes sont tellement ignorants, tellement stupides qu'ils ne le veulent nommer ni Philosophie, ni Théologie, ni Droit, ni Médecine; ils l'appellent Grammaire. Les Offices, les Paradoxes, les Tusculanes, les Académiques de Cicéron, c'est, disent-ils, de la Grammaire. Seuls, les écrits qu'ils composent, ces écrits qui ne sont pas soumis aux règles de la Grammaire, d'où débordent les trivialités de toutes sortes, ne sont pas, pour eux, de la Grammaire;

1. Jo. Lodovicus Vives In pseudodialecticos (Jo. Lodovici Vivis Opéra, tomus ï, p. 273).

Louis Vives, loc, cit., p. 381 .

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