VIII PREFACE
ment, cet impetus, disons-nous, Buridan le prend, à vitesse égale, comme proportionnel à la quantité de matière première que le corps renferme; cette quantité, il la conçoit et la décrit en des termes presque identiques à ceux dont usera NeAvton pour définir la masse, A masse égale, Y impetus est d'autant plus grand que la vitesse est plus grande; prudemment, Buridan s'abstient de préciser davantage la relation qui existe entre la grandeur de Yimpetus et celle de la vitesse; plus osés, Galilée et Descartes admettront que cette relation se réduit à la proportionnalité; ils obtiendront ainsi de Yimpeto, de la quantité de mouvement, une évaluation erronée que Leibniz devra rectifier.
Gomme la résistance du milieu, la gravité atténue sans cesse et finit par anéantir Yimpetus d'un mobile que l'on a lancé vers le haut, parce qu'un tel mouvement est contraire à la tendance naturelle de cette gravité; mais dans un mobile qui tombe, le mouvement est conforme à la tendance de la gravité; aussi Yimpetus doit-il aller sans cesse en augmentant et la vitesse, au cours du mouvement, doit croître constamment. Telle est, au gré de Buridan, l'explication de l'accélération que l'on observe en la chute d'un grave, accélération que la science d'Aristote connaissait déjà, mais dont les commentateurs hellènes, arabes ou chrétiens du Stagirite avaient donné d'inacceptables raisons.
Cette Dynamique exposée par Jean Buridan présente d'une manière purement qualitative, mais toujours exacte, les vérités que les notions de force vive et de travail nous permettent de formuler en langage quantitatif.
Le philosophe de Béthune n'est pas seul à professer cette Dynamique; ses disciples les plus brillants, les Albert de Saxe, et les Nicole Oresme, l'adoptent et l'enseignent; les écrits français d'Oresme la font connaître même à ceux qui ne sont pas clercs.
Lorsque aucun milieu résistant, lorsque aucune tendance naturelle analogue à la gravité ne s'oppose au mouvement, Yimpetus garde une intensité invariable ; le mobile auquel on a communiqué un mouvement de translation ou de rotation