LA TRADITION DE BURIDAN BT LA SCIENCE ITALIENNE LU VTV BIE< LI SOI
pas nécessaire que la (anse efficiente persiste à coexister à son effet. »
Cette forme se fatigue1 et périt avec le temps, pane qu'elle
est hors de la nature des éléments en lesquels (die est Imprimée. Ces doctrines sont communes à un grand nombre de physi ciens du xvie siècle. Mais voici un passage9 <>ù Scaliger marque
clairement, au sujet du mouvement accéléré qu'engendre un moteur constant, l'idée que Piccolomini avait seulement l'ait entrevoir à son lecteur:
« Les corps pesants, une pierre par exemple, n'ont rien qui favorise la mise en mouvement; ils y sont, au contraire, tout à fait opposés. La pierre que l'on met en mouvement sur un plan horizontal ne se meut pas de mouvement naturel... Pourquoi donc la pierre se meut-elle plus aisément après que le mouvement a commencé? Parce que, conformément à ce que nous avons dit ci-dessus au sujet du mouvement des projectiles, la pierre a déjà reçu l'impression du mouvement. A une première part du mouvement en succède une seconde; et, toutefois, la première demeure. En sorte que, bien qu'un seul moteur exerce son action, les mouvements qu'il imprime en cette succession continue sont multiples. Car la première impulsion est gardée par la seconde, et la seconde par la troisième. »
Bien que Scaliger ait fort clairement exposé la théorie parisienne de la chute accélérée des graves, il s'en faut qu'il soit parvenu à la faire communément recevoir en Italie ; il n'a même pas pu convaincre Cardan.
Lorsqu'en i56o, Cardan publie la troisième édition de son De Subtilitate$, il y joint une Apologie contre un calomniateur^, apologie destinée à répondre aux critiques de Scaliger.
i. Julii Caesaris Scaligeri Op. cit., exercitatio LXXVI : Quare sidéra motu non frapguntur. Quare non fatigant motores suos.
■i. Julii CsBsaris Scaligeri Op. cit., exercitatio LXXVI1 : Quamobrem mota rota i'acilius moveatur postea.
3. Hieronymi Gardani Mediolanensis medici de Subtilitate libri XXI. Ab authorc plusquam mille locis illustrati, nonnullis etiam cum additionibus. Addita insuper Apologia advenus calumniatorem, qua vis horum librorum aperitur. Basileae. In fine : Basilea?, ex ofïicina Petrina, anno MDLX. Mense Martio.
'». Hieronymi Gardani Mediolanensis medici In calumniatorem librorum de Subtilitate actio prima ad Francisçum Ahundium, S, Abundii Commendatarium perpetuum. Éd. cit., pp. 13 05 seqtj.
La riposte n'est pas moins vive que l'attaque. Pour affubler Scaliger d'un costume qui soit particulièrement déshonoré aux yeux des Humanistes italiens, Cardan habille son contradicteur non pas en Parisien, mais en Averroïste 1 . « Que direz-vous de son jugement?» s'écrie-t-il. «Toutes les fois qu'il veut disputer de la Philosophie naturelle, il s'appuie aux principes et à l'autorité d'Aristote et d'Averroès ; or, ceux-ci prouvent l'éternité du Monde, supposition qui enlève au Christ sa divinité et, à tous, l'espoir d'une juste rémunération des bonnes et des mauvaises actions. Et après cela, il ose m'accuser d'impiété ! »
Si Cardan accuse Scaliger d'un attachement trop opiniâtre à l'avis d'Aristote et d'Averroès, il se refuse à partager, envers les maîtres de l'École nominaliste, la fervente admiration de son contradicteur2:
« Quel souci un âne peut-il avoir dune lyre, et pourquoi vanter la marjolaine à des pourceaux? Il admire l'extrême subtilité d'Ockam et d'Hentisber3 ; ils les place plus haut que le faîte de l'humanité. Sans doute, ils ont écrit sur tout d'une manière ingénieuse et claire; mais en eux, l'invention est nulle; niez-leur une seule proposition, quinze pages vont vous écraser. Mais comme ces auteurs sont fort bien accommodés aux disputes des écoles, il sourit à cela et le comble d'éloges. Il est clair qu'il ne les comprend pas; mais il loue pour se donner l'air de comprendre. »
Encore qu'il ne partage pas l'avis d'Aristote au sujet du mouvement des projectiles, Cardan n'épargne pas ses sarcasmes à l'expérience par laquelle Scaliger a prétendu réfuter cette théorie4:
« Si soigneusement que cette roue ait été exécutée, il ne voit pas, tant il est stupide, que la manivelle est entraînée par l'air en un mouvement de rotation et, avec la manivelle, la roue elle-même... Il eût mieux fait de la faire tourner sans l'aide de manivelle, avec le doigt qu'il eût soudainement retiré. »
Quant à l'explication du mouvement accéléré que prend une
i. Hieronymi Cardani Apologia; éd. cit., p. 1268.