Bernardino Baldi, loc. cit., pp
p. duhem. 1 '»
mobile; le mouvement coopère à l'action que le moteur exerce sur le mobile. Le mobile augmente en une certaine mesure la puissance du moteur; ce que ce mobile éprouverait de la part du moteur, il le fait de lui-même. »
Ces lignes portent la marque d'une influence autre que celle de Piccolomini; elles rappellent fort exactement, en effet, un passage qu'au sujet de la même question, Cardan avait écrit en son Opus novum de proportionibus l :
« Imaginons, » dit Cardan, « un corps pesant en équilibre, reposant, par exemple, sur le sol; si nous voulons le soulever, il opposera au mouvement violent une certaine résistance ; pourquoi cela? Parce qu'il se meut d'un certain mouvement naturel occulte; la puissance de ce mouvement mesure la force avec laquelle le corps résistera au mouvement contraire.
» On comprend, dès lors, pourquoi les navires et les chars s'émeuvent tout d'abord lentement et difficilement; lorsque ensuite ils ont commencé à se mouvoir, leur mouvement devient plus rapide; ils résistent en effet par le mouvement naturel occulte, et celui-ci avait sa plus grande intensité alors qu'ils étaient en repos, comme l'enseigne Aristote en ses Mécaniques ; ce mouvement occulte est, en effet, un mouvement naturel et contraire au mouvement violent. Lorsque le corps a commencé à éprouver le mouvement violent, il est animé d'un moindre mouvement naturel et il résiste moins. »
Galilée devait un jour accueillir ces pensées de Cardan et de Bernardino Baldi sur la mise en mouvement d'un corps qui se trouve au repos3.
La théorie de la chute accélérée des graves, donnée par l'Abbé de Guastalla, nous présente comme un reflet de la théorie parisienne; mais ce reflet est singulièrement déformé et obscurci. C'est sous une forme autrement claire et nette que nous reconnaissons, dans les écrits de Gianbattista Benedetti, les principes de la Dynamique qu'ont enseignée Jean Buridan et Albert de Saxe.
i. Hieronymi Cardani Opus novum de proportionibus, prop. XXXVIIII, p. 4». 2. Galilei De motu {Le opère di Galileo Galilei, ristampate fedelmente sopra la Eduione nazionale. VoL I. Juvcilia. Firenze» successori Le Monnier, 1890, p. 3 18).
iv TRADITION DE BURIDAM il LA SCIENCE ITALIENNE \v IVÏ SIÈCLE ail
Ces écrits, composés sans doute à des époques diverses el qui ne nous sont point connues, ont été réunis par L'auteur, on [585, sous ce titre : Spéculations diverses de Mathématiques
et de Physique1] c'est en ce recueil que nous relevons de
fréquents emprunts à la Mécanique des Parisiens.
Toujours le mou veinent des projectiles abandonnés par le moteur gui les a lancés y est attribue à une impressio impetus3, à une impression, naturelle, à une impétuosité reçue par le mobile.
Cet impetus meut tout d'abord le corps en ligne droite; puis, lorsqu'il est assez affaibli, la pesanteur commence à exercer son action et à détourner le mobile de la trajectoire rectiligne. « Cet impetus impressus3 décroît peu à peu et conti nuellcment; alors l'inclination de gravité du corps s'insinue en lui, se mêle peu à peu à l'impression acquise; elle ne permet pas que la trajectoire demeure longtemps droite; elle l'oblige à s'incurver; le corps est mû simultanément par deux vertus: d'une part, la violence imprimée; de l'autre, la nature; et cela contre l'opinion de Tartalea qui niait qu'un corps pût être animé à la fois d'un mouvement violent et d'un mouvement naturel. »
L'opinion soutenue ici par Benedetti contredit, en effet, celle que Tartaglia a exposée dans sa Nova scienlia, mais elle concorde avec celle que ce même géomètre a professée en ses Quesiti et inventioni diverse, et qui est celle de Léonard de Vinci, de Piccolomini et de Cardan.
Benedetti a fort clairement affirmé qu'un moteur constant devait engendrer un mouvement accéléré : « Dans les mouvements naturels et rectilignes, » dit-il *, « Y impressio, Yimpetuositas recepta croît continuellement, car le mobile a en luimême la cause mouvante, c'est-à-dire la propension à se
i. Io. Baptistae Benedicti Patritii Veneti Philosophi. Diversarum Speculationum Mathematicarum, et Physicarum Liber. Quarum séries sequens pagina indicabit. Ad Serenissimum Carolum Emmanuelem Allobrogum, et Subalpinorwn Ducem invictissimum. Taurini, Apud Hseredem Nicolai Bevilaquae, MDLXXXV.
2. Benedetti, Op. cit., De Mechanicis, cap. XVII, p. 160. — Disputationes de quibusdam placitis Aristotelisy cap. XXIV, p. i84. — Responsa physica et mathematica , p. 287.