Ibid., t. I, pp
k. Ibid., 1. 1, p. 218.
p. ni 11 nu.
l'auteur1, que cet écrit était composé dès i553. Benedetti le fait précéder de cette courte déclaration 2 :
« L'importance et l'autorité d'Aristote sont si grandes qu'il est dangereux et très difficile d'écrire quoi que ce soit contre ce qu'il a enseigné; cela l'est surtout à moi, à qui la sagesse de ce grand homme a toujours paru admirable. Poussé, cependant, par l'étude de la vérité, dont l'amour armerait Àristote contre lui-même s'il vivait encore, je n'ai pas hésité à publier certaines conclusions contraires à l'avis du Philosophe; la philosophie des Mathématiques, en laquelle je m'affermis toujours comme en une base inébranlable, m'a contraint de ne pas partager son sentiment. »
Par ses doctrines contraires à celles d'Aristote, Benedetti se trouvait assurément au nombre des adversaires de la Scolastique italienne, si fermement attachée encore, à cette époque, aux principes péripatéticiens et averroïstes. Ses pensées n'étaient pas en un antagonisme aussi marqué avec les enseignements de la Scolastique parisienne.
Il trouvait3 erronée la doctrine d'Aristote touchant l'infini ; il soutenait, par exemple, qu'un corps infini pourrait actuellement s'étendre hors du ciel; que les parties infiniment nombreuses d'un continu ont une existence actuelle; que la multitude actuellement infinie est concevable tout aussi bien que le nombre fini et constitue, aussi bien que celui-ci, un genre de quantité. Toutes ces affirmations devaient sembler d'effroyables hérésies aux Alexandristes ou aux Averroïstes italiens. Mais en quoi eussent-elles offusqué le moins du monde les Nominalistes parisiens? Ces propositions, ne les avaient-ils pas entendu soutenir, dès le début du xive siècle, par Jean de Bassols, puis, au cours du xive siècle, par Grégoire de Rimini, le subtil et puissant logicien, et par Robert Holkot? En la première moitié du xvic siècle, Jean Majoris et ses élèves
i. Resolutio omnium Euclidis problematum aliorumque ad hoc necessario inventorum una tantummodo circini data apertura, pcr Ioannem Baptistam de Benedictis inventa. Venetiis MDLIII. In fine : Vcnetiis apud Bartholomaîiim Cœsarum. MDL11I. Épître dédicatoire à Gabriel de Guzman, sixième folio non paginé, verso.
3. Io. Baptistœ Benedicti Diversarum speculationum liber, p. 1G8.
3. Io. Baptistae Benedicti Diversarum speculationum liber; Disputaliones de quibusdarn placitis AristoteliS) cap. XXI, p. 181»
LA ïhuhtiun DE BUMDAN ET LA SCIENCE ITALIENNE ai \\i* SIECL1
ne les avaient ils p;is formellement adoptées? A la Sorbônne, rue du Fouarre, à Montaigu, elles eussent rencontré «les partisans et des contradicteurs, mais elles n'eussent effrayé ni
étonné qui que ce fût.
Benedetti, d'ailleurs, se montrait, eu bien des points, disciple des physiciens de Paris. Sa Dynamique avait, avee celle de Jean Buridan et d'Albert de Saxe, une étroite parenté. Il admettait également le principe de Statique formulé par Albert de Saxe; après avoir rappelé les définitions du centre de gravite proposées par Pappus et par Gommandin, il ajoutait1 : « D'autres disent que le centre de gravité de chaque corps particulier est le point au moyen duquel ce corps s'unirait au centre de l'Univers, s'il n'en était pas empêché; et tous s'accordent en ceci que la Terre s'unit au centre proprement dit de l'Univers par l'intermédiaire de «on centre de gravité. »
C'est à la Logique, à la Physique des Parisiens qu'en Italie, les initiateurs de la Science moderne empruntent des armes pour combattre les enseignements surannés du Philosophe et du Commentateur; ceux qui s'efforcent de secouer le joug de la tyrannique routine ont les yeux fixés sur Paris, dont la Scolastique nominaliste est, depuis des siècles, en possession de la liberté intellectuelle.
Des premiers progrès accomplis en la Dynamique
PARISIENNE PAR LES ITALIENS (suite) . GlORDANO BRUNO.
Au moment où Benedetti fait imprimer ses Spéculations diverses, l'adversaire le plus acharné et le plus fameux de la Physique péripatéticienne est, sans doute, Giordano Bruno. Aussi est-ce à Paris, au Collège de France, que Bruno est
i. Consideratione di Gio. Battista Benedetti. Filosofo del Sereniss. S. Duca di Savoia. D'intorno al Discorso délia grandezza délia Terra, et deW Acqua. Del Eccellent. Sig. Antonio Berga Filosofo nella université di Torino. In Torino. Presso gli heredi del Bevilarqua, i57<j, p. 18.
venu enseigner ses doctrines. En i585, alors que paraissent les Diversœ speculationes, il rentre à Paris, après un voyage à Londres. C'est de Paris qu'il adresse à toutes les Universités une sorte de cartel où il formule une longue suite de propositions contraires à celles qu'Aristote enseigne aux huit livres De physico auditu et aux deux livres De Cœlo et Mundo1.
Ce défi, Bruno ne s'attend sans doute pas à le voir chevaleresquement relevé et courtoisement débattu au sein des Universités averroïstes de l'Italie. Mais des Parisiens il escompte un meilleur accueil. « Je ne vous aurais pas proposé la discussion de ces articles, » écrit-il2 en sa lettre au Recteur Jean Filesac, « si j'avais pu croire que vous fussiez prêts à approuver perpétuellement la discipline péripatéticienne comme si elle était plus que vraie, que vous crussiez votre Université plus redevable à Aristote qu'Aristote n'est redevable à cette Université. » Assurément, Giordano connaît des Universités où règne ce respect superstitieux du Péripatétisme ; mais il sait que Paris en est exempt, et c'est pourquoi il fera soutenir ses articles à Paris, et point ailleurs.
Et, en effet, en i586, au moment des fêtes de la Pentecôte, pendant trois jours, Jean Hennequin, nobilis Parisiensis, se tint au Collège de Cambrai, où se donnaient alors les cours du Collège Royal, prêt à défendre contre tout péripatéticien qui affronterait la joute les cent vingt articles du Philosophe de Noie.
Quelle fut, au sujet de ce débat, l'opinion des Scolastiques parisiens? Nous l'ignorons.
Sans doute, en la forme claire et simple jusqu'à la brutalité que Giordano Bruno donnait à son argumentation, ils ne retrouvaient ni la Dialectique compliquée, ni le style hérissé de termes techniques dont ils avaient accoutumé d'user; la pensée du philosophe de Noie était habillée d'une tout autre mode que
i. Jordani Bruni Nolani Camoeracensis Acrotixmus seu Rationes articulorum physicorum advenus Peripateticos Parisiis propositorum... Vitebergae, apud Zachariam Cratonem. Anno i588. — Réimprimé dans: Jordani Bruni Nolani Opéra latine conscripta recensebat F. Fiorentino. Vol. I, pars I. Neapoli, 1879. Nos citations et renvois se rapportent à cette réimpression.