‹ Études sur Léonard de VinciChapitre 38 sur 127 · Jordani Bruni Opéra latina, vol. I, pars 1, p · texte numérisé non relu

Jordani Bruni Opéra latina, vol. I, pars 1, p

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la leur. Mais s'ils écartaient ce vêtement, n*- retrouvaient-iifi pas. en r(»ttc pensée réduite à son essentielle nudité, une foule de (rails apparentés à leurs propres idées? Tirs profondément, la philosophie de Bruno était imprégnée des doctrines de

Nicolas de Gués, et celles-ci, à leur tour, étaient bien souvent pénétrées des enseignements que les Nominalistes parisiens

donnaient au temps du Cardinal Allemand. Bruno, d'ailleurs, n'avait pas su garder à la pensée de l'Éveque de Brixen toute la délicate souplesse avec laquelle celle-ci pénétrait jusqu'au cœur des problèmes métaphysiques; il l'avait simplifiée et, pour ainsi dire, rendue plus massive et plus grossière. Or, cette transformation, en faussant bien souvent les idées de Nicolas de Cues, les avait rapprochées de celles qu'au début du xvie siècle on soutenait à Montaigu ou à Sainte- Barbe. Les Nominalistes parisiens pouvaient relever, dans le cartel de Bruno, bon nombre de propositions qu'ils soutenaient eux aussi, et depuis longtemps, contre le Philosophe et contre le Commentateur.

Suivons, en quelques-uns de ses traits, la comparaison qui s'imposait sans doute à leur esprit.

Nicolas de Cues avait enseigné que le Monde n'est ni fini, ni infini ; sa docte ignorance s'était respectueusement inclinée devant cette antinomie1.

Une si prudente réserve ne saurait convenir à l'impétueux dogmatisme de Giordano Bruno. «Nous disons2 que l'Univers est une substance infinie dans un espace infini, c'est-à-dire dans un infini à la fois vide et plein. L'Univers est un; mais les mondes sont innombrables; chacun des corps du Monde, en effet, est de grandeur finie, mais pris en leur ensemble, ils sont numériquement infinis. » Ces propositions dominent, peut-on dire, toute la philosophie de Giordano Bruno.

Ces propositions, Nicolas de Cues ne les eût point avouées pour siennes; mais les disciples des Nominalistes parisiens ne

i. Nicolas de Cues et Léonard de Vinci, III : Esquisse du système philosophique de Nicolas de Cues (Études sur Léonard de Vinci, ceux qu'il a lus et ceux qui l'ont lu, XI ; seconde série, p. na).

2. Jordani Bruni Nolani Camoeracensis acrotismus, art. L\ (Jordani Bruni Opéra latina, tomus I, pars I, p. 173).

devaient pas se trouver fort éloignés de les accueillir; ce que le Philosophe de Noie, en effet, donnait comme réel, bon nombre d'entre eux l'avaient tenu pour possible.

Duns Scot avait, le premier1, contesté certaines raisons qui niaient la possibilité de l'infiniment grand actuel; son o auditoire », Jean de Bassols2, avait formellement affirmé la possibilité d'un tel infini; Grégoire de Rimini3 et Robert Holkot^ avaient développé avec rigueur l'enseignement de Jean de Bassols.

Cette tradition de Bassols et de Rimini était d'ailleurs bien vivante, en l'Université de Paris, au commencement du xvie siècle. Jean Majoris déclarait avec insistance5 que la réalisation actuelle d'une grandeur infinie n'implique aucune contradiction et qu'elle est au pouvoir de Dieu. Son disciple, le gantois Jean Dullaert0, suivait, en cette question, la doctrine de son maître.

L'éclectique Jean de Celaya partageait, au sujet de l'infiniment grand actuel, les opinions de Johannes Majoris.

En son écrit sur la Physique, lorsqu'il traite de infuiito supranaturaliter loquendo1, Celaya commence par rapporter l'opinion de saint Thomas d'Aquin, qui refuse à Dieu le pouvoir de réaliser l'infiniment grand; il lui préfère « l'opinion de Grégoire de Rimini et d'autres modernes qui magnifient la puissance de Dieu » ; cette opinion implique ces propositions : « Dieu peut produire une multitude infinie d'êtres qui ne constituent pas un tout continu... Dieu peut produire une grandeur infinie... Dieu peut produire une forme d'intensité infinie... » Après avoir longuement discuté les arguments que l'on a opposés à ces propositions, Celaya ajoute : « Quelques-uns ont coutume d'opposer à ces conclu-

i. Études sur Léonard de Vinci, ceux qu'il a lus et ceux qui l'ont lu; seconde série, p. 454-

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