‹ Études sur Léonard de VinciChapitre 40 sur 127 · Ludovici Coronel Op. cit., éd. cit., fol. cxx, col. d · texte numérisé non relu

Ludovici Coronel Op. cit., éd. cit., fol. cxx, col. d

3. Ludovici Coronel Op. cit., éd. cit., fol. cxxim, coll. b et c.

U. Coronel emploie ici la manière de parler introduite par Albert de Saxe; il dit : Infinita est linea girativa et nulla linea girativa est infinita.

finiment grand à l'égard de la puissance divine, Louis Coronel revient à cette question, à la demande, nous dit- il, de Maître Simon Agobert, son élève préféré. Il formule alors ces conclusions, qui semblent contradictoires les unes aux autres1, mais qui ne le sont pas, car, nous dit l'auteur, « le mot infini est pris au sens catégorique dans les premières et au sens syncatégorique dans lés secondes. »

a Même par pouvoir surnaturel, aucun corps de grandeur infinie n'a d'existence actuelle.

» Même par pouvoir surnaturel, il ne peut exister actuellement aucune multitude infinie qui ne constitue pas un tout unique.

)> Même par pouvoir surnaturel, il n'existe actuellement aucun accident corporel d'intensité infinie.

» Pour sauver la vigueur infinie de la Cause première, il n'est pas nécessaire d'accorder quelle puisse produire un effet infini [catégorique].

» Pour sauver la vigueur infinie de la Cause première, il faut accorder qu'elle peut produire un effet infini [syncatégorique].

» Par puissance surnaturelle, une grandeur infinie peut être produite.

» Par puissance surnaturelle, une multitude infinie peut être produite.

» Par puissance surnaturelle, un accident d'intensité infinie peut être produit. »

Ces conclusions, qui s'opposent à celles de Jean de Celaya, sont fort nettes; la discussion, assez diffuse et confuse, par laquelle Louis Coronel les appuie décèle une fermeté moindre en la pensée intime de l'auteur.

Cette incertitude se révèle encore en une sorte de repentir de deux feuillets que l'auteur ajoute à son ouvrage, après le colophon : « Je reviens, » dit-il2, « à la question qui concerne l'infinie vigueur du premier Moteur; c'est à l'égard de cette vigueur infinie que j'ai, ici, traité de l'infini; je dis que l'opinion qui le déclare capable de produire l'infini n'implique

i. Ludovici Coronel Op. cit., éd. cit., fol. cxxxvi, col. d, et fol. cxxxix, col. 6. 2. Ludovici Coronel Op. cil., éd. cit., fol. cl, col. a.

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aucune contradiction, bien que sa vigueur Infinie puisse le manifester autrement. » Il est visible que Coronel n'est point absolument décidé à refuser à Dieu le pouvoir de créer un infini actuel e( catégorique.

Que l'on vienne donc affirmer l'existence, au delà du <iel suprême considéré par les astronomes, d'un espace illimité occupé par des corps ; notre philosophe n'est assurément pas disposé à acquiescer d'emblée à cette affirmation; mais encore moins voudrait- il la rejeter sans plus ample examen; ses intentions, à l'égard d'une telle proposition, il nous les déclare nettement1 :

« Nous devons dire qu'au delà de la sphère ultime il n'y a aucun corps infini, ni même, qui plus est, aucun corps fini ; car aucun mouvement, aucun effet sur les corps inférieurs ne nous fournit la preuve qu'un tel corps se trouve là; celui qui affirmerait, au delà de l'orbe suprême, l'existence d'un tel corps, qu'il nous expose le motif de son opinion ; nous répondrons à ce motif ou bien, s'il nous paraît efficace, nous en approuverons la conclusion.

» En cette circonstance, tenir pour la négative est un parti que justifie l'absence de motif [rationnel] et de révélation; le parti qui consiste à tenir pour l'affirmative requerrait un motif ou une révélation. »

Si Louis Goronel eût pris part à la discussion de la thèse proposée par Giordano Bruno en faveur de l'extension de l'Univers à l'infini, il eût sans doute pesé sans parti pris les arguments du philosophe de Noie.

Le 7 mars 1277, les théologiens de Paris, présidés par l'évêque Etienne Tempier, avaient condamné cet article : « Quod prima causa non posset plares mundos facere. » De ce jour, on compta, en l'École de Paris, de nombreux maîtres qui ne regardèrent plus la pluralité des mondes comme une absurdité. Henri de Gand2 et Richard de Middleton3 furent les

1. Ludovici Coronel Physicœ perscruiationes, lib. VIII, pars II : De infinito. Nullum caelum est infinité magnum; éd. cit., fol. cxxix, col. d, à fol. cxxx, col. c.

2. Études sur Léonard de Vinci, ceux qu'il a lus et ceux qui l'ont lu; seconde série, pp. M7-M8.

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