‹ Études sur Léonard de VinciChapitre 42 sur 127 · Ibid., pp · texte numérisé non relu

Ibid., pp

7. Expositio Magistri ioannis de Celaya Valentini, in quatuor libros de celo et mundo Aristotelis: cum questionibus ejusdem. Venundantur in edibus Hedmundi le Feure in via divi Jacobi prope edem sancti Benedicti sub signo crescentis Lune moram trahentis. Cum Gratia et Privilegio régis amplissimo. Colophon : Explicit expositio Magislri Joannis de Celaya Valentini in quatuor Libros Aristotelis de Celo et Mundo cum questionibus ejusdem, novissime et cum maxima vigilantia in lucem redacta : ac impressa arte ac artificio Joannis du pre et Jacobi le messier. Anno a partu virgineo Millesimo Quingentesimo decimooctavo die vicesimaprima Mensis Junii Surnptibus vero Hedmundi le feure : in vico sancti Jacobi prope edem sancti Benedicti, sub intersignio crescentis Lune moram trahentis. Fol. xv, col. a.

LA TRADITION DE BURUMfl BT LA SCIENCE n m.ii.nm \i KVÏ SIEC1 I 2 35

plusieurs mondes, simultanés ou successifs, concentriques ou excentriques Les uns aux autres. Prouvons cette conclusion : Dieu peut faire tout ce qui n'implique aucune contradiction;

or, l'existence (le plusieurs mondes, simultanés ou successifs, concentriques ou excentriques, n'implique aucune contra diction. Donc, par la puissance surnaturelle de Dieu, il peut exister plusieurs mondes.

» Les raisons du Philosophe n'ont, à rencontre de cette conclusion, aucune valeur. Nous nierons, en effet, que ce Monde-ci contienne toute la matière possihle; cette affirmation est hérétique et jamais le Philosophe ne pourrait la prouver. Il n'est pas non plus nécessaire, en ce cas, que la terre d'un monde se porte vers le centre de l'autre monde, car c'est au centre de son propre monde que résiderait la vertu qui la conserve. Les raisons du Philosophe n'auront donc plus aucune apparence de vérité. »

Au sujet de la pluralité des mondes, l'opinion de Louis Goronel est très semblable à celle de Jean de Gelaya.

« Il nous faut examiner, » dit-il1, « s'il existe une infinité de mondes tels que celui en lequel nous sommes... Mais, direzvous peut être, nous n'avons pas le droit de regarder cette proposition comme douteuse, car nous sommes catholiques, et elle est condamnée comme hérétique2. »

Cette conclusion, Goronel ne la rejette pas, bien qu'il fasse cette remarque : « Gratien n'allègue aucunement le concile ou la lettre décrétale où cette opinion aurait été condamnée. » « Mais, » ajoute-t-il, «je procède ici d'une manière purement naturelle, et selon ce que l'on peut affirmer par la lumière naturelle. »

Qu'est-ce que la raison naturelle va donc dicter à notre régent de Montaigu? Le voici :

u Si, outre ce monde-ci, on admet qu'il en existe un autre, on ne voit pas qu'il en résulte aucun inconvénient; il n'y en a donc pas davantage à admettre deux autres mondes ou trois

i. Ludovici Coronel Physicœ perscrutationes, lib. VIII, pars II: De infinito; éd. cit., fol. gxxxii, col. a, à fol. cxxxni, col. 6. 2. Gratiani Decretum, quœst. XXIV, cap. III.

ou quatre, et ainsi sans fin... En effet, si cette supposition pouvait présenter quelque inconvénient, ce serait surtout celui qu'invoque Aristote, à savoir que la terre d'un monde se porterait au lieu naturel de la terre d'un autre monde; mais cet argument n'est pas convainquant... Car la terre du premier monde trouvant, au lieu qu'elle occupe, les conditions d'une bonne conservation, n'aurait aucune raison pour se mouvoir vers le lieu propre d'une autre terre; de même, lorsqu'une partie de la terre est logée d'une manière convenable et naturelle, elle ne se meut point naturellement vers le lieu qu'occupe une autre partie de terre. »

Notre scolastique pense donc que l'on peut, sans contradiction, admettre l'existence de plusieurs mondes concentriques ou excentriques; il ajoute que celte seconde hypothèse « contient moins d'improbabilité que la première ».

Mais, ces mondes multiples, dont l'existence n'est pas contradictoire, existent-ils en fait? En laissant de côté la condamnation dogmatique contenue au Décret de Gratien, « et en procédant par voie purement naturelle, personne n'a le droit d'affirmer qu'il existe plusieurs mondes, car personne n'a de motif pour formuler cette affirmation ; si quelqu'un possède un tel motif, qu'il l'apporte...

»... La pluralité ne doit jamais être supposée sans nécessité; nous ne devons donc pas admettre l'existence de plusieurs mondes, car rien de ce que l'expérience nous enseigne ne requiert la réalité d'un autre monde...

»... Étant donné que tout ce qui arrive en ce monde-ci peut s'expliquer hors de l'hypothèse d'un autre monde, il semble que Ton n'ait pas à se demander s'il existe un autre monde tant que l'on n'aura pas manifesté, en la nature, quelque inconvénient qu'entraînerait l'absence de ce monde. »

A l'égard de la pluralité des mondes, Goronel observe la même attitude qu'à l'égard de la grandeur infinie de l'Univers; il rejette ces deux hypothèses parce qu'il n'a aucun motif de les admettre; mais il est prêt à les accepter le jour où un semblable motif lui serait fourni.

Gomment les Scolastiqùes de Paris, gardiens de la tradition

i.\ TRADITION DE BUR1DAN ET LA SCIENCE [TA LIE UNE m wi LÉCLE

de Jean Majoris, <lc Louis Coronel ou d<* Jean de Gelaya, se fassent-ils scandalisés de L'enseignement <l<i Giordano Bruno touchant la grandeur Infinie de l'Univers et la multitude

infinie des mondes?

Mais, dira - 1 on peut-être, au temps où Giordano Bruno proposait YAcrotismus Camœracensis, les enseignements de Johannes Majoris et de Jean de Gelaya devaient être oubliés el leurs livres fort peu lus. Que l'on se rassure; les plagiaires travaillaient à conserver et à répandre les enseignements de la Scolastique parisienne.

De ces plagiaires, le plus cynique que l'on ait vu depuis Nicolô Tartaglia est, sans contredit, Francesco Giuntini, de Florence; médecin, astrologue, tour à tour prêtre catholique, puis protestant, puis de nouveau catholique, Giuntini nous apparaît comme le type de ces êtres, dépourvus de tout sens moral, que le temps de la Renaissance a produits avec une si généreuse profusion.

En 1577 et 1578, Francesco Giuntini fit imprimer à Lyon un commentaire à la Sphère de Jean de Sacro-Bosco. La composition de ce commentaire ne lui avait demandé qu'un fort médiocre effort1.

Giuntini, en effet, a formé son ouvrage en copiant de longues pages empruntées à d'autres auteurs. Quand les pages copiées sont des vers du Dante, notre astrologue nomme le poète; il lui eût été difficile de faire prendre ces vers pour son œuvre. Mais il ne se croit plus tenu à semblable probité lorsque les passages qu'il s'approprie ont été écrits par quelque Scolastique parisien. Du nom du propriétaire, alors, il n'est plus question.

C'est ainsi qu'une bonne partie du De Cxlo d'Albert de Saxe a passé, sous le voile de l'anonyme, dans le Commentaire de

1. Fr. Iunctini Florentini, Sacrae Theologiae Doctoris, Commentaria in Sphœram Ioannis de Sacro Bosco accuratissima. Lugduni, apud Philippum Tinghium, MDLXXXVIII. — Fr. Iunctini Florentini, Sacrae Théologies Doctoris, Commentaria in tertium et quartum capitulum Sphserœ Io. de Sacro Bosco accuratissima. Lugduni, apud Philippum Tinghium, MDLXXXV1I. — Les bibliographes pensent en général, en se fiant à ces titres, que le second volume a été imprimé avant le premier; mais cela ne peut être, car il renferme un Index reram où les matières du premier volume sont indiquées ainsi que les pages où ces matières sont traitées.

Giuntini; c'est ainsi que les considérations de notre astrologue sur la nature des excentriques et des épicycles sont empruntées1 textuellement au Commentaire de Pedro Girvelo.

Lorsque Giuntini veut traiter de la pluralité des mondes, il pille un nouvel auteur; c'est YExpositio in libros de Cœlo et Mundo de Jean de Gelaya qui est, cette fois, mise à contribution; le Commentaire de Giuntini reproduit9, de cet ouvrage, tout le chapitre dont nous avons extrait quelques passages. Ce chapitre ne pouvait, dès lors, être oublié au moment où Jean Hennequin soutenait les propositions de Giordano Bruno.

Si donc les thèses du Philosophe de Noie touchant l'infinitude de l'Univers et la pluralité des mondes rencontraient, au Collège de Cambrai, des contradicteurs obstinés, décidés à les rejeter comme contradictoires ou hérétiques, ce n'est point dans les rangs des Nominalistes quelles les pouvaient trouver. Bien plutôt risquaient-elles de heurter les convictions des Humanistes fidèles aux traditions de Lefèvre d'Étaples. Écoutons ce que ce dernier mettait dans la bouche de ses interlocuteurs lorsqu'il écrivait, sous forme de dialogues, son Introduction à la Métaphysique d'Aristote3 :

« Theoreticus : Par là, Eutycherus, tu pourras imaginer pourquoi quelques philosophes, qui ont eu du mystère de l'unité, de l'égalité et de la connexion une intelligence défectueuse, comme Anarque d'Abdère, ont affirmé qu'il existait une infinité de mondes.

» Eutycherus : Pourquoi cela?

» Theoreticus : Afin que l'infinie plénitude de la Bonté divine se communiquât et se propageât à l'infini, pour que d'aucune part ils ne fussent contraints de la déclarer vaine ou oiseuse. Mais le monde a été créé aussi bon qu'il pouvait être;

i. Fr. Junctini Op. cit., pars II, pp. 3oi-3o/i. Ce plagiat était une récidive; Giuntini l'avait déjà commis en sa Sphœra Ioannis de Sacro Bosco emendata dont la première édition, qui fut suivie de beaucoup d'autres, parut en i56£. La Sphœra emendata renfermait d'ailleurs bien des pages textuellement copiées au De Cœlo d'Albert de Saxe.

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