Fr. Junctini, Op. cit., lib. I, cap. I, pp
3. Jacobi Fabri Stapulensis In introductionein metaphysicorum Aristotelis commentarii per dialogos digesti. Dialogus tertius. (In hoc opère continentur totius phylosoplu.r naturalis paraphrases... Dialogi quatuor ad Metaphysicorum intelligentiam introductorii} Parrhisiis, Henricus Stephanus, i5i a, fol, 337.)
l.K TRADITION DB m RIDAIS BT LA SCIENCE I i m.ii.nm; ai x\ i' mi m i
et il était meilleur qu'il fût un, afin de ressembler davantage à son Artisan divin; par son unité, en effet, le monde est l'émule de L'unité suprême de Celui qui l'a fait, comme il est, par sa bonté, l'émule de la bonté du Créateur. Ce monde existe, il est un, bon, vrai et plein dans la limite où sa nature a pu être capable d'existence, d'unité, de bonté, de vérité et de plénitude. Ceux donc qui ont affirmé l'existence de plusieurs mondes ne te semblent-ils pas l'avoir fait à tort?
» Eutycherus : Ils l'ont fait à tort.
» Theoheticus : Et l'avis de ceux qui ont affirmé l'existence d'une infinité de mondes n'offrait-il pas, avec la vérité, un bien plus grand désaccord?
» Eutycherus : Un plus grand désaccord, assurément, car rien n'est plus opposé à la souveraine unité...
» Theoreticus : D'autres, en grand nombre, ont admis que ce monde corporel était unique; mais ils se sont efforcés de prouver qu'il était infini.
)> Eutycherus : C'est, je pense, pour la même raison.
» Theorericus : Pour la même raison; savoir, pour que la bonté suprême se pût répandre et propager à l'infini. Mais cette opinion n'est pas sensée. Tandis, en effet, que cette masse corporelle met obstacle à la plénitude de la perfection, ils ne voient pas qu'ils la font égale à la souveraine plénitude; bien plus, qu'ils égalent l'entité totale de ce monde infini à l'entité infinie de Dieu, et l'unité du monde à l'unité de Dieu. Sinon la suprême entité, la suprême unité et la suprême bonté ne se répandraient pas et ne se communiqueraient pas à l'infini, comme ils le veulent. Mais leurs suppositions et celles des philosophes précédents se heurtent à des difficultés qu'Aristote a signalées. »
Contre les thèses de Bruno, les disciples de Lefèvre d'ÉtapIes affermissaient la Physique d'Aristote à l'aide de la Métaphysique de Nicolas de Cues; pour soutenir cette même Physique, les disciples de Mélanchthon invoquaient les textes de l'Écriture.
Pour démontrer que le monde est fini, Mélanchthon résume brièvement quelques-uns des plus faibles arguments d'Aristote1.
i. Initia doctrinœ physicx, Dictata ia Academia Vuitebergensi. Philip. Melanth. Iterum édita, Wittergre, per Iohannem LufFt. i55o. Lib. I. Gap. intitul. : Est ne
2/jO ÉTUDES SUR LEONARD DE VINCI
(( Cette démonstration manifeste,» dit-il, « convainc à la fois les yeux et l'esprit de toute personne saine et la contraint d'avouer que le monde est fini. »
Contre la pluralité des mondes, Mélanchthon rappelle1, d'une manière très concise, quelques arguments péripatéticiens : « Ces conséquences absurdes, » dit -il, « suivraient l'affirmation de celui qui imaginerait plusieurs mondes; il en résulte donc qu'il existe seulement un monde unique... »
« Mais pour nous, qui sommes dans l'Église, nous avons une preuve plus facile et plus certaine pour affirmer l'existence d'un monde unique. La science céleste, en effet, nous affirme que ce monde en lequel Dieu s'est manifesté, en lequel il a livré sa doctrine aux hommes, en lequel il a envoyé son Fils au genre humain, a été fondé par Dieu. Ensuite, elle ajoute expressément que Dieu s'est arrêté et qu'il n'a créé ni d'autres corps ni d'autres êtres animés. En effet, au second chapitre du premier livre de Moïse, il est dit : Cessavit ab omni opère suo, ce que l'on doit comprendre ainsi : Il n'a pas créé d'autres mondes, ni d'autres êtres animés, ni aucune espèce nouvelle. Il est donc nécessaire qu'il y ait un monde unique et qu'il n'existe pas plusieurs mondes. »
Mélanchthon n'a point, contre la Philosophie d'Aristote, la bouillante hostilité qui anime Pierre La Ramée, plus connu sous le nom de Petrus Ramus. On sait que les violentes attaques de Ramus contre le Stagirite lui avaient valu une condamnation de l'Université avant que son fanatisme huguenot ne le fit chasser de cette même Université. Réfugié en Allemagne, il continuait à combattre avec acharnement les doctrines péripatéticiennes. En i562, ses Scholx physicx entreprenaient tout particulièrement de réformer ce qu'Aristote avait enseigné au sujet de l'infini; mais la réforme proposée par Ramus ne ressemblait pas, tant s'en faut, à celle que Giordano Bruno allait proclamer. Ramus veut que la notion d'infiniment grand et celle d'infiniment petit n'aient aucune place hors des
mundus finitus an infinitus? — La première édition de cet ouvrage, qui en eut un grand nombre, est de i54g; nous n'avons pu la consulter. — Éd. cit. fol. 38.
i. Philippi Melanchthonis Op. cit., lib. 1, cap. intitul. : Quomodo confirmari potest unum esse mundum, et non plures; éd. cit., foll. 1*9. et /«3.
LA TBADIT10N DE BU RIDA H ET LA SCIENCE ITALIEN* H Al \\i BIECL1 3 'i I
Mathématiques. En la réalité physique, tout est essentielle ment fini « Non seulement en la nature des choses, il n\ ;i nul Infini en acte"...; mais il n'y a pas davantage d'infini en puissance; rien de physique, rien de sensible n'esl infini ; tout ce qui est physique et sensible est fini cl n'est susceptible que de division finie... Et toutefois, Àrislole mérite une éternelle reconnaissance, car s'il a conçu le mal, il a aussi montré le remède de ce mal à ceux qui savent regarder avec attention. Ce mal, en effet, avait fait irruption dans nos écoles en même temps que cette peste du sophisme, la plus mortelle qui fût jamais pour la religion chrétienne. Mais j'aborde les autres parties de la Physique d'Aristote l'âme remplie d'une grande joie et d'une vive gaîté ; maintenant que nous avons émoussé, ou plutôt radicalement écrasé cette corne de l'infini, on dirait que le reste n'est plus que jeux et badinages auprès de ce monstre sans pareil produit par l'impiété. »
Humanistes catholiques et Humanistes réformés étaient donc fort peu disposés à souscrire aux thèses de Giordano Bruno sur l'infinie grandeur de l'Univers ou sur la pluralité des mondes; leur sentiment à l'égard de ces propositions ne différait guère, sans doute, de l'opinion des Averroïstes les plus endurcis; seuls, les Scotistes et les Nominalistes devaient écouter ces affirmations sans effroi et les discuter sans parti pris.
L'hypothèse de la multiplicité des Mondes entraîne le rejet de la théorie de la gravité proposée par Aristote ; les corps graves qui se trouvent en ces divers mondes ne peuvent tendre tous vers un même point.
Jean de Bassols écrit donc2 : « Il n'est pas nécessaire que la terre de l'un de ces deux mondes se porte naturellement vers la terre de l'autre monde, ni même qu'elle puisse se mouvoir ainsi vers l'autre terre; la tendance d'une terre vers le centre
i. P. Rami Schollarum physicorum libri octo, in totidem acroamaticos libros Aristotelis. Recens emendati per Joannem Piscatorem Argent. Francofurti, apud haeredes Andréas Wecheli, MDLXXXIII. Lib III in tertium physicum, in cap. VIII ; pp. 97-98.
a. Études sur Léonard de Vinci, ceux qu'il a lus et ceux qui l'ont lu, seconde série, pp. 4 16-4 17.
P. DUHFM. 16
ne dépasserait pas, en effet, les bornes de son propre monde... Si vous me dites qu'en ce cas, la terre de l'autre monde ne serait pas de même espèce que cette terre-ci,-je réponds qu'il n'est pas nécessaire qu'elle soit de même espèce. Mais en admettant que cette seconde terre fût de même espèce que la notre, la terre de chacun de ces deux mondes ne se mouvrait pas vers le centre de l'autre monde, mais seulement vers le centre du monde dont elle fait partie, en sorte que l'appétit naturel de cette terre ne s'étendrait pas au delà du tout auquel elle appartient. »
« Un grave, placé en l'un des deux mondes, » écrit à son tour Robert Holkot1, « se mouvrait naturellement vers le centre de ce inonde au sein duquel il se trouve; un autre grave, placé en l'autre monde, tendrait vers le centre de ce dernier monde. »
Enfin, il y a un instant, nous avons entendu Jean de Celaya : « Il n'est pas nécessaire que la terre d'un monde se porte vers le centre de l'autre monde, car c'est au centre de son propre monde que résiderait la vertu qui la conserve. »
Louis Goronel corrige d'une manière différente et, dirai-je* plus moderne, la théorie péripatéticienne de la gravité; selon lui, une masse de terre, placée hors des centres des divers mondes, se dirigerait vers le centre le plus voisin; c'est, du moins, l'opinion que l'on conclura bien aisément de ce que Coronel dit2 au sujet du mouvement du feu :
« A supposer qu'il existât plusieurs mondes, on pourrait poser la question suivante : Le lieu naturel au feu de l'un de ces mondes conviendrait-il également au feu d'un autre monde? Si l'on répond affirmativement, il faudrait dire aussi, semble-t-il, que le feu de l'un des mondes se doit mouvoir vers le feu de l'autre monde ou vers le lieu de ce feu. C'est ainsi, d'ailleurs, qu'argumente Àristote au premier livre Du Ciel... Il semble qu'on ne saurait nier cette proposition > puisqu'aux lieux semblables, pris en des mondes différents,
i. Études sur Léonard de Vinci, ceux qu'il a lus et ceux qui l'ont lu, seconde série, p. Z,Kj.
2. Ludovici Coronel Physicx perscrutationes, lib. IV, pars prima quai est de loco; éd. cit., fol. LXXX1V, col. c.
LA TRADITION m m m h an i i i v Bi tl m.i. 1 1 ILIENlfE ai xvi' in.n
se trouveraient Les mêmes qualités de conservation... M
dans le cas présent, il faut dire que les êtres naturels s'efforcent d'acquérir ec qui leur convient, < i qu'ils s'efforcent
de l'acquérir par le moyen qui leur es1 le plus faeile dans le coneours de eireonslances où ils se trouvent; c'est pour cela qu'un grave, en l'absence de tout empêchement, descend par la ligne droite, et non par la ligne courbe qui est plus longue; de même, s'il existait un autre monde, la concavité de l'orbe lunaire de cet autre monde serait un lieu convenable pour le feu de notre monde; ce feu-ci, cependant, ne se mouvrait pas vers ce lieu-là, car il lui serait plus facile de se loger en l'orbe lunaire de notre monde. »
Les disciples de Jean de Bassols, de Robert Holkot, de Jean de Gelaya n'étaient-ils pas tout disposés à accueillir favorablement les pensées suivantes, que Giordano Bruno conçoit' sous l'inspiration de Copernic?
« Elles sont dénuées de sens et bien éloignées de la contemplation de la nature, ces paroles d'Aristote : Si quelqu'un transportait la Terre là où la Lune se trouve à présent, chacune des parties de la Terre se porterait non pas vers celle-ci, mais vers son lieu propre. Bien mieux! Nous disons que les parties d'une terre n'ont pas plus le pouvoir de devenir parties d'une autre terre, que les parties d'un certain animal n'ont le pouvoir de devenir les parties d'un autre animal. »
Bruno poursuit en ces termes : « Le mouvement rectiligne n'est naturel à aucune des sphères ; il est seulement naturel à une partie d'une sphère lorsque cette partie est située hors de sa région propre ; lorsque cette partie se trouve au sein même de sa sphère, elle ne se meut plus de mouvement rectiligne » et dirigé vers le centre.
Comment le Philosophe de Noie confirme-t-il2 cette pensée?
« Les diverses parties de la terre », dit- il, « ont un mouvement circulaire. . . Il y a continuellement, en la terre, un flux divergent
i. Jordani Bruni Nolani Camœracensis acrotismus, art. LXXIV (Jordani Bruni Opéra latina, tomus I, pars I, p. 186). 2. Giordano Bruno, loc. cit.
et un flux convergent des diverses parties, semblablement à ce qui a lieu pour les particules des animaux. Aussi, les parties qui se trouvaient au centre finissent-elles par arriver à la circonférence, pour retourner ensuite de la circonférence au centre ou à quelque lieu différent. De là un changement continuel en la face de la terre ; tantôt on voit la mer occuper les régions où se trouvait la terre ferme, tantôt des montagnes apparaissent là où des vallées se creusaient... En tous ces changements, je ne saurais accorder qu'il y ait rien de violent; je n'y reconnais qu'un mouvement absolument naturel ; je n'appelle violent, en effet, que ce qui est étranger ou contraire à l'œuvre de la nature et à la fin à laquelle elle tend. Il est donc contre nature que toutes les parties de la terre ne viennent pas, à tour de rôle, en occuper le centre, qu'elles ne se trouvent pas toutes, à un moment ou à un autre, à la surface... La nature veut que tout ce qui est né pour se mouvoir d'un mouvement centrifuge soit également né pour se porter vers le centre. On ne voit pas les particules de la terre demeurer en repos, non plus que les parties d'un animal. »
En cet argument que Bruno semble avoir développé avec une sorte de prédilection, ne reconnaissons -nous pas la théorie d'Albert de Saxe touchant les mouvements incessants de la terre, cette théorie dont Léonard de Vinci avait tiré toute sa Géologie?
N'allons pas nous imaginer, d'ailleurs, qu'il s'agisse là d'une théorie oubliée depuis le xive siècle et que Bruno ressuscite; jamais cette théorie n'a cessé d'être étudiée dans les écoles de Paris; acceptée ou rejetée, elle y était sans cesse discutée.
Jean de Gelaya, par exemple, nous donne, en son écrit sur le De Cœlo, un exposé très clair1 des principes sur lesquels repose cette théorie; en des termes qui sont presque textuellement empruntés à Albert de Saxe, il distingue, en la terre, le centre de gravité du centre de grandeur; il enseigne que le centre de gravité est au milieu du Monde, tandis que le centre de grandeur est excentrique au Monde ; il en conclut qu'une
i. Joannis de Celaya Expositio in libros de Cela et Mundo, lib. II, cap. XIII, fol. xli, col. d et fol. xlii, col. a.
LA TRADITION DE BURIDAN El LA SCIBNC1 mmiiwi ai wi'micii
partie de La terre, que la chaleur du soleil et de l'air maintien 1 plus légère, émerge de la sphère des eaux, dont le (-entre est au centre; du Monde; il rejette, en effet, et par les mêmes raisons qu'Albert de Saxe, l'opinion qui place au centre du Monde le centre de gravité commun de la terre et de l'eau.
C'est de ces principes qu'Albertutius avait conclu aux mouvements incessants de la terre; par deux fois, Jean de Celaya fait emprunt à ce qu'il en avait dit.
En son Exposition à la Physique, il écrit1 : « Il peut se faire que, continuellement, l'excès de la pesanteur de l'une des parties de la terre sur la pesanteur de l'autre partie soit si grand que le poids de la première moitié surpasse le poids de la seconde moitié augmenté de la résistance de l'air qui recouvre cette dernière ; s'il en était ainsi, la terre se mouvrait continuellement. »
A cette remarque, il répond : « Il n'est pas nécessaire que la terre soit en continuel mouvement; bien plus, peut-être ne se meut- elle pas actuellement. Cette conclusion est évidente; en effet, alors même qu'une moitié de la terre serait plus pesante que l'autre moitié, il n'en résulterait pas nécessairement que la première repousse la seconde vers le haut, et cela, à cause de la résistance de l'air qui entoure la moitié la moins grave. »
Ce doute avait également fait hésiter Albert de Saxe qui, cependant, avait fini par le rejeter; Celaya, lui aussi, en son écrit sur le De Cxlo, nous donne une conclusion plus ferme2 :
« Il est vraisemblable que la terre, selon certaines de ses parties, se meut de mouvement rectiligne; cette conclusion est évidente; en effet, de cette terre élémentaire, en la région qui n'est pas couverte par les eaux, continuellement des parties sont entraînées par les fleuves jusqu'au fond de la mer; la terre s'accroît ainsi en la partie couverte par les eaux tandis qu'elle décroît en la partie émergée; elle se meut donc sans cesse, par ses parties, d'un mouvement rectiligne. »
i. Joannis de Celaya Expositio in libros phisicorum, lib. VIII, cap. V, fol. cltxxvii, coll. c et d.
a. Joannis de Celaya Expositio in libros de Celo et Mundo, lib. II, cap. XIV, fol. xli, col. 6,
Ce transport des terres par les eaux pluviales est, en effet, selon Albert de Saxe, auquel les lignes précédentes sont textuellement empruntées, la cause qui alourdit sans cesse une moitié du globe aux dépens de l'autre, qui force la partie allégée à s'éloigner du milieu du Monde, qui finit par amener à la surface les parties terrestres qui se trouvaient au centre ; Jean de Celaya enseignait, à Sainte -Barbe, tous les principes de cette doctrine qui devait si puissamment solliciter l'attention de Léonard, et dont Giordano Bruno devait se faire une arme contre la théorie péripatéticienne de la gravité.
Selon la doctrine d'Albert de Saxe, on devait distinguer en la terre deux régions : l'une, plus légère, émergée en sa plus grande partie; l'autre, plus lourde, presque entièrement submergée. Les grandes découvertes géographiques, en montrant que la constitution des terres et des mers n'avait pas une semblable régularité, amenèrent les physiciens à modifier cette opinion ; ils pensèrent que le centre de gravité de la terre était peu distant de son centre de grandeur; cette manière de voir fut, en particulier, celle de Copernic.
A Paris, certains adversaires de la Philosophie d'Albert de Saxe et des Modernes profitèrent de ce changement pour contester les mouvements incessants que les Nominalistes avaient attribués à la masse terrestre. De ce nombre fut Jean Fernel, premier médecin d'Henri II. En un écrit publié en 1628, Jean Fernel opposa1 cette quasi-identité des deux centres de la terre à la théorie en faveur parmi les philosophi juniores; selon lui, la terre, ainsi disposée, demeure absolument immobile; par là se trouve rejetée l'opinion de nos philosophes « selon laquelle, contrairement à la doctrine d'Aristote, la terre pouvait se mouvoir hors du centre ».
Ainsi préparée par la discussion de la théorie d'Albert de
1. Joannis Fernelii Ambianatis Cosmotheoria, libros duas complexa. — Prior, mundi totius et formant et compositionem : ejus subinde partium (qux elementa et cœlestia sunt corpora) situs et magnitudines : orbium tandem motus quosvis solerter référât. — Posterior ex motibus, siderum loco et passiones disquirit : interspersis documentis haud pxnitendum aditum ad astronomicas tabulas suppeditantibus. Hxcque seiunctim tandem expedite prœbet Planethodium. — Cuique capiti, perbrevia, demonstrationum loco, adiecta sunt scholia. Parisiis, in aedibus Simonis Golini, i5a8. Cosmotheoriae liber primus, et elemen torum, et cœlestium corporum magnitudines, situs, motusque universim aperiens. — De omnimoda terrae et maris dispositione, cap. I.
LA TRADITION DE BURIDAN ET LA SCIBHC1 inmwi 11 KVl* SlfeCLI :\-
Saxe, La Scolastique parisienne ne devait poinl s'étonner outre mesure que Copernic <>.sài attribuer à la terre des mouvements varies cl que Giordano Bruno acceptai ces hypothèse
Ce n'est pas à dire que le système de Copernic comptât <'n Il niversité de Paris, au xw" siècle, des adeptes notoires; loin de là; le système de Ptolémée régnait sans conteste en Va/t/ui Parisiorum Academia; on y admettait donc que la Terre est immobile, que le Ciel suprême tourne d'un mouvement de rotation uniforme qui est le mouvement diurne ; mais à ces hypothèses, on attribuait une valeur et un sens tout différents de la valeur et du sens que leur reconnaissaient les Péripatéticiens1.
Pour Aristote, le Ciel suprême est contraint, par sa nature propre, de se mouvoir en une rotation uniforme et éternelle; la possibilité même de cette rotation exige que le point autour duquel elle s'effectue appartienne à un corps fixe par essence. Nier le mouvement de rotation uniforme du Ciel, nier l'immobilité de la Terre, c'était formuler deux propositions frappées d'absurdité métaphysique, de contradiction logique; le premier moteur lui-même était incapable d'arrêter le Ciel ou d'en modifier le mouvement ; et, en son écrit Sur le mouvement des animaux, le Stagirite faisait sienne l'affirmation contenue en ce vers d'Homère : Tous les dieux et toutes les déesses, en réunissant leurs efforts, ne pourraient ébranler la Terre. Le Commentateur avait accru encore la rigueur de ces enseignements du Philosophe, et les Péripatéticiens averroïstes avaient renchéri sur le dogmatisme absolu des maîtres auxquels ils attribuaient une infaillible omniscience.
L'orthodoxie catholique ne pouvait admettre que de telles limitations fussent imposées par la Physique péripatéticienne à la toute-puissance de Dieu. En 1277, l'évêque de Paris,
1. Nous nous bornons à résumer ici en quelques lignes un chapitre d'histoire de la Physique que nous avons complètement traité ailleurs; le lecteur désireux de connaître les textes qui étayent nos assertions les trouvera dans l'étude intitulée : Le mouvement absolu et le mouvement relatif, essai historique, qu'a bien voulu publier la Bévue de Philosophie, en ses numéros qui portent les dates suivantes : i" septembre 1907» 1" octobre 1907, 1" décembre 1907, 1" février 1908, 1" mars 1908, 1" avril 1908» 1" mai 1908, 1" juin 1908, 1" août 1908, 1" septembre 1908, 1" novembre 1908, 1" décembre 1908, i,r février 1909, 1" mars 1909, 1" avril 1909, 1" mai 1909.
Etienne Tempier, et les théologiens de l'Université mirent au nombre des articles qu'ils condamnaient les deux propositions suivantes :
Dieu ne pourrait donner au Ciel un mouvement de translation.
Les théologiens se trompent lorsqu'ils prétendent que le Ciel peut s'arrêter.
Il est difficile de mesurer l'importance qu'eut cette décision et le changement qui en résulta en l'opinion des philosophes touchant les mouvements célestes. A Paris, à Oxford, en toutes les Universités qui prenaient le mot d'ordre de ces deux illustres académies, on continua de penser que le Ciel se mouvait d'un mouvement de rotation uniforme, que la Terre était immobile; mais on cessa de regarder ces deux propositions comme des vérités nécessaires, de nécessité métaphysique ou logique; on les regarda comme des vérités de fait, purement contingentes; on admit qu'il était possible de les nier sans contradiction ; il fut permis de les discuter sans passer pour fou.
Après 1277, les Parisiens crurent encore au repos de la Terre, mais ils y crurent en vertu d'une expérience1 : une pierre, jetée verticalement en l'air, retombe exactement au lieu d'où elle a été lancée; ils ne savaient comment concilier le résultat de cette expérience avec l'hypothèse du mouvement de la Terre. Ils crurent surtout à l'immobilité de la Terre parce que cette immobilité était un des postulats du système de Ptolémée et que ce système était le seul qui permît de décrire et de calculer les mouvements des astres, le seul qui sauvât les phénomènes célestes2.
Mais, en leurs discussions sur la nature du mouvement local, les Scotistes et les Nominalistes parisiens n'hésitent point
1. Au sujet de cette expérience, voir: Nicolas de Cues et Léonard de Vinci, XIII : La Mécanique de Xicolas de Cues et la Mécanique de Léonard de Vinci. L'hygromètre, le sulcomètre et le mouvement de la terre (Études sur Léonard de Vinci, ceux qu'il a lus et ceux qui l'ont lu, XI; seconde série, pp. 267-250).
2. A ce sujet, nous renverrons le lecteur à l'étude que nous avons publiée sous ce titre : EoôÇeiv xk çatvotxeva. Essai sur la notion de théorie physique de Platon à Galilér (Annales de Philosophie chrétienne, mai 1908, juin 1908, juillet 1908, août 1908, septembre 1908, et Paris, A. Hermann, 1908).
LA. TRADITION DE BURIDAN ET LA SCIENCE ITALIENNE M \u" SIÈCU i'i<|
à étudier des hypothèses où Dieu aurail imprimé à la Terre ou au Ciel des mouvements différents de ceux que leur attribuait la Physique péripatéticienne. Richard de Middleton examine le cas où Dieu donnerail au Ciel un mouvement de translation; Jean île Duns Scot traite de l'hypothèse où l'Univers sérail réduit à une sphère homogène douée de rotation ; Guillaume d'Oekam, Jean Buridan, Albert de Saxe admettent que la Terre aurait pu être animée d'un mouvement de rotation, identique ou non à celui qu'ils attribuent au Ciel.
Ce n'est pas seulement à titre d'hypothèse philosophique et pour discuter de la nature du mouvement local que les Parisiens du xive siècle admettaient le mouvement de la Terre ou le repos du Ciel; il s'en trouvait qui n'eussent point répugné à prendre cette supposition comme fondement d'un système astronomique.
« Un de mes maîtres, écrit Albert de Saxe1, semble vouloir soutenir cette opinion: On ne saurait démontrer que l'hypothèse du mouvement de la Terre et du repos du Ciel ne s'accorde pas avec les faits ; mais, sauf le respect que je lui dois, c'est le contraire qui me semble vrai, et cela pour la raison suivante: En supposant que le Ciel est immobile et que la Terre se meut, nous ne pourrions aucunement sauver les conjonctions et les oppositions des planètes, non plus que les éclipses de Lune et de Soleil. Il est vrai que mon maître ne pose ni ne résout cette objection, bien qu'il pose et résolve plusieurs autres arguments destinés à prouver que la Terre est immobile et que le Ciel se meut. »
Le maître dont parle Albert de Saxe attribuait sans doute à la Terre un simple mouvement de rotation diurne ; assurément, une telle supposition ne suffisait pas à sauver tous les phénomènes célestes ; n'est-il pas bien remarquable, cependant, qu'à la Faculté des Arts de l'Université de Paris, en la première moitié du xi\' siècle, on ait pu regarder cette supposition comme une hypothèse astronomique défendable?
Albert de Saxe, d'ailleurs, a éprouvé quelque velléité d'attri
i. Alberti de Saxonia Subtilissimœ quœstiones in libros de Cselo et Mundo; lib. If, quaest. XXVI.
aÔO ÉTUDES SUR LÉONARD DE VINCI
buer le phénomène de la précession des équinoxes non plus à un mouvement d'une sphère céleste spéciale, mais à un déplacement lent de la Terre.
« On peut soutenir, a dit-il1, a qu'il n'existe que huit orbes... et que, cependant, la huitième sphère ne se meut pas de plusieurs mouvements ; si cette sphère semble se mouvoir de plusieurs mouvements, cela provient de la combinaison suivante : Tandis que la huitième sphère tourne d'orient en occident sur les pôles du Monde, la Terre elle-même tourne d'occident en orient autour d'une ligne imaginaire que terminent les pôles du zodiaque ; et ce mouvement est tel qu'en cent ans, la Terre ait tourné d'un degré.
» Comment, dira-t-on peut-être, sauverez-vous le mouvement d'accès et de recès de la huitième sphère, mouvement que Thâbit a imaginé? Je répondrai que ce phénomène pourrait, lui aussi, être sauvé en attribuant à la Terre un autre mouvement à l'image de celui que Thâbit attribue à la huitième sphère. On déclarerait ainsi que, par ce double mouvement de la Terre, la huitième sphère semble animée, outre le mouvement diurne, de deux autres mouvements, savoir, d'un mou vement par lequel elle semble tourner, d'occident en orient, d'un degré en cent ans, et du mouvement que Thâbit nomme mouvement d'accès et de recès; la huitième sphère, cependant, se mouvrait d'une seule rotation uniforme d'orient en occident.
» Cette théorie ne semble pas absolument sûre ; en effet, ce qui fait ainsi mouvoir la Terre n'apparaît pas à première vue; toutefois, si quelqu'un consacrait ses efforts à défendre cette opinion, peut-être concevrait-il aisément un moyen d'éviter cette difficulté et trouverait-il plusieurs raisons capables de donner à cette théorie une forte teinte de vérité. »
Cela s'écrivait « en la Faculté des Arts de l'Université de Paris et en la MCCCLXVIIP année du Seigneur ».
Ces enseignements, d'ailleurs, non plus que le livre où ils étaient consignés, n'étaient oubliés à Paris, au début du xvie siècle; c'est à ce livre, par exemple, que Jean de Celaya
*** r. Alberti de Saxonia Op. cit., lib. II, quaest. VI.
i.\ TRADITION DE BU B IDA H il LA SCIBNC1 ITALIEN!* B M w f SIK4 Ll 3 M
empruntait presque textuellement les passages dont nous
pallions il \ a un instant.
De oe que l'on pensait communément à Paris, quelque temps ayant VAcrotismus Camœracensis: du système astrono mique d'Aristarque et de Copernic, Duhamel nous fournit un
précieux témoignage.
Duhamel était « mathématicien royal », c'est à dire professeur de mathématiques au Collège royal, où Giordano Bruno devait enseigner quelques années après lui. En i.'joy, Duhamel donna1 un commentaire à VArénaire d'Archimède. C'est en cet ouvrage que le grand Syracusain nous fait connaître le système astronomique d'Aristarque de Samos, première ébauche du système de Copernic; les calculs de VArénaire sont conduits comme si le lecteur admettait l'exactitude de ce système.
Ce système, Duhamel ne le croit pas recevable : « Que la Terre, » dit-il % « soit privée de tout mouvement d'ensemble, qu'elle se trouve au centre du Monde, que le Soleil soit doué d'un double mouvement, que les étoiles fixes et la sphère qui les porte embrassent le reste de l'Univers, on peut, par des démonstrations très claires, le prouver et réfuter les hypothèses contraires, comme je l'ai montré en un autre ouvrage. Je crois donc qu'une seule tâche me reste et convient à mon présent objet; c'est d'exposer comment nous déduirons la même grandeur pour le Monde, comment nous conclurons des apparences fort peu différentes, que nous ayons adopté l'une ou l'autre supposition ; soit que, conformément à ce qui est, nous regardions la Terre comme immobile et située au centre du Monde, soit que nous attribuions ces propriétés au Soleil et que nous transférions à la Terre la sphère et les mouvements qui sont ceux du Soleil. »
Ces paroles sont celles d'un adversaire du système de Copernic. Duhamel pensait avoir de bonnes preuves à opposer à ce système; il ne songeait nullement à le traiter comme une
i. Paschasii Hamellii Begii mathematici Commentarius in Archimedis Syracusani prœclari Mathematici librum de numéro arenœ, multis locis per eundem Hamellium emendatum. Lutetiae Apud Gulielmum Cavellat, sub pingui Gallina, ex adverse» collegii Cameracensis, 1567.